Les mutations que vivent un grand nombre de sociétés se répercutent à divers niveaux des modalités « de création et d'interprétation des traditions et des patrimoines musicaux. Élargissement des champs conceptuels, nouveaux terrains d'enquêtes (milieu touristique, scène musicale), éclatement des frontières, nouveaux espaces médiatiques, renouveau des musiques traditionnelles (Folk Revival), tous ces phénomènes obligent désormais les chercheurs àrevoir les méthodes et les outils d'enquête. L'ethnomusicologie, à l'instar des sociétés qu'elle rencontre et étudie, se trouve ainsi àune croisée de chemins. La rapidité avec laquelle tous ces changements s'opèrent a incité àfaire un bilan des activités contemporaines de recherche dans le cadre de ce colloque international organisé conjointement par le Laboratoire de recherche sur les musiques du monde (LRMM), l'Observatoire international de création et des cultures musicales (OICCM) et la Société canadienne pour les traditions musicales (SCTM).
Quatre thèmes sont proposés :
1. Mise en scène de la culture musicale : le tourisme comme enjeu identitaire
2. Territorialité et nomadisme
3. Formes, performances, construction identitaire
4. Patrimonialisation musicale : enjeux culturels et sociaux
1. Mise en scène de la culture musicale : le tourisme comme enjeu identitaire
Espace singulier de mise en spectacle des traditions, l'espace touristique interpelle au premier champ les patrimoines vivants, comme la musique et les contes. Plus que jamais, cet espace risque de jouer un rôle important dans le positionnement des identités culturelles et sociales. En effet, la diversité des moyens de communication, l'accès de plus en plus aisé à la culture de l'Autre par les moyens de diffusion tels que le disque, les médias ou Internet, l'accroissement de la mobilité personnelle, tous ces éléments ont favorisé le désir de chacun d'aller a la rencontre de l'Autre. De plus, certains pays en voie de développement considèrent que le tourisme constitue une manne économique non négligeable et que, à ce titre, il est dans leur intérêt de penser à une mise en valeur de leur patrimoine culturel. Le patrimoine musical est particulièrement concerné dans la mesure où il accompagne le plus souvent des danses, des sorties de masques ou autres formes de représentations visuelles que le public, notamment dans la sphère touristique, aime à contempler. Le choix des pratiques musicales et la façon dont elles vont être données à regarder ou à entendre ne sont pas neutres. Qui choisit ce qui est montré au public touristique ? Au nom de quoi ces sélections sont-elles effectuées ? Le programme du patrimoine culturel immatériel (PCI) de l'UNESCO, avec sa « liste de sauvegarde urgente » et sa « proclamation des chefs-d'œuvre », joue maintenant un rôle déterminant dans ce processus. Outre les aspects spectaculaires que leur valorisation va engendrer, leur caractère emblématique et les enjeux identitaires qu'ils vont nécessairement recouvrir connaîtront de multiples conséquences. On peut alors se demander si la mise en tourisme contribue à l'érosion culturelle des sociétés traditionnelles déjà fragilisées par de nombreux facteurs économiques et politiques engendrés de la mondialisation ou si, au contraire, elle constitue une solution culturellement satisfaisante pour y résister.
2. Territorialité et nomadisme
Le processus d'identification culturelle est inséparable du rapport que les détenteurs des traditions entretiennent avec leur territoire. Dans notre discipline, cette relation se nomme territorialité musicale. Toutefois, bon nombre de traditions ne répondent pas à des pratiques enclavées dans des territoires précis. C'est le cas notamment du jazz ou des musiques créoles où le territoire est éclaté tout comme avec le tango (Pelinski 2005), entre autres. Ce thème peut rejoindre la problématique des musiques en diaspora et de leur dynamisme. Comment, en effet, penser le rôle des pratiques musicales en perpétuelle mouvance dans les mécanismes de construction identitaire ?
Un autre facteur qui favorise la circulation et les situations de contacts entre patrimoines musicaux d'horizons différents est relatif à l'accélération et à l'augmentation des flux mondiaux. Il importe donc aussi de s'interroger sur l'impact, à plusieurs niveaux, du phénomène de globalisation, à savoir l'éventuelle standardisation des canons culturels de référence et, corollairement, la fragilisation de la diversité des cultures.
3. Formes, performances, construction identitaire
Toutes les problématiques que nous venons de poser impliquent nécessairement la question de l'identité et de son incarnation àtravers les expressions musicales, leurs formes, leurs performances. Ici, le terme « performance » revêt une portée ontologique qui renvoie d'abord à un niveau précis de l'expérience, celui de la pratique musicale (Lacasse 2006, Desroches 2008). Il peut aussi s'agir d'une prestation scénique (concert, spectacle), questionnant dans ce sens la part de « représentation » dans les musiques interprétées. Le terme se rapporte parfois à une « pratique » observée et enregistrée en direct et qui comporte des procédés performanciels spécifiques, dont l'interaction avec le public. Dans cette perspective, il vient interroger les éléments d'observation et d'analyse (Desroches 2008). Quel défi la prise en compte de la performance pose-t-elle à l'analyse ? Les paramètres habituels de la partition (rythme, mélodie, dynamique, échelles. . .) sont-ils suffisants pour illustrer la signature stylistique et esthétique d'une pratique musicale ? Il ne s'agit donc pas seulement de se demander comment les musiciens font de la musique un objet qui les représente et permet de les identifier ou de les situer culturellement, mais aussi comment les auditeurs influencent, par leurs conduites d'écoute, l'élaboration des performances. Ainsi, nombre de paramètres formels peuvent ou non être privilégiés.
4. Patrimonialisation musicale : enjeux culturels et sociaux
Ce thème renvoie aux procédés de « revivalisme musical » ou au « culte patrimonial ». Il s'agit de voir et d'examiner les continuités et les changements des expressions musicales (forme, instrumentarium, modalités expressives. . .) dans divers espaces d'interprétation musicale, et de voir notamment quels types de patrimoines musicaux sont mis de l'avant par les revivalistes. Assiste-t-on à une cristallisation de la musique ou au contraire à sa revitalisation ? Comment le phénomène de patrimonialisation contribue-t-il à l'édification de l'identité culturelle ?
Soumission des propositions
Le comité accepte toute proposition de communication, d'atelier ou autre forme de présentation. Le résumé, d'une longueur de 300 mots, doit clairement identifier la problématique ou les questions posées dès le premier paragraphe. La proposition doit être suivie de cinq mots-clés définissant le sujet de la conférence. Chaque résumé doit être suivi d'une courte notice biographique (100 mots) de l'auteur (ou des deux premiers auteurs s'il y en a plus de deux) incluant l'affiliation et l'adresse électronique. Les résumés, en français ou en anglais (selon la langue choisie pour la présentation au colloque), doivent être soumis par courriel, en pièce jointe (format Word), au plus tard le 2 février 2009 à l'adresse suivante : marie-helene.pichette@umontreal.ca
Le comité limitera les communications à 20 minutes alors que les autres formes de présentations ne doivent pas dépasser 60 minutes. Tout participant doit être membre de la Société canadienne pour les traditions musicales pour participer au colloque. Pour devenir membre, consultez le site Internet de la société : www.yorku.ca/cstm/memberships.htm
Les participants retenus recevront une réponse le 11 mars 2009.
Comité scientifique :
Monique Desroches, professeure titulaire, Faculté de musique - Université de Montréal
Directrice du LRMM
Nathalie Fernando, professeure agrégée, Faculté de musique - Université de Montréal
Chaire d'ethnomusicologie
Judith Cohen, professeure auxiliaire, Département de musique - York University
Regula Qureshi, professeure émérite, Département de musique - University of Alberta
Directrice du Canadian Centre for Ethnomusicology
Pour tout renseignement communiquez avec :
Marie-Hélène Pichette
Coordonnatrice du colloque
Laboratoire de recherche sur les musiques du monde
Faculté de musique, Université de Montréal
C.P. 6128, succ. Centre-ville
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