Appel de communications: De « La Revue moderne » à « Châtelaine » : 100 ans de magazines au Québec

Appel de communication
Université du Québec à Montréal

Selon Denis Saint-Jacques et Marie-José des Rivières, « le magazine représente un de ces médias de masse mis au point en Amérique et qui tombent sous le coup des critiques de l’École de Francfort » (Saint-Jacques et des Rivières, 2013). En d’autres termes, la presse magazine, à l’instar de la télévision ou de la chanson populaire, ne méritait, il n’y a pas si longtemps encore, qu’une lecture d’ordre idéologique, souvent biaisée, et où la notion d’ « industrie culturelle » rimait avec aliénation. L’analyse du processus historique de naissance et de développement du magazine au Québec ne pouvait toutefois se satisfaire d’un tel primat, d’autant plus que le vent des cultural studies, à la fin du siècle dernier, invitait à renverser les canons et à s’approprier les corpus marginalisés et, forcément, tenus pour illégitimes par l’institution universitaire. Dorénavant, on peut difficilement adhérer à l’image unidimensionnelle du magazine en diable, sorte de support manipulateur qui pousserait les lecteurs et lectrices vers une consommation facile, à moindre coût et s’accommodant fort bien avec l’hégémonie. À bien y regarder, ces périodiques illustrés et souvent adressés aux femmes représentent des ensembles discursifs et pratiques plus complexes, tiraillés entre, d’un côté, des enjeux économiques et idéologiques évidents, et de l’autre côté, le souci de se distinguer de la masse médiatique et, surtout, des périodiques mensuels américains de même calibre.

La fondation, l’évolution et l’action médiatique de La Revue moderne (1919-1960), puis de sa successeure Châtelaine(publié depuis 1960) marquent cet essor des magazines au Québec, depuis le tournant du xxe siècle jusqu’aux années 2000. Tel est, en tout cas, le constat qui émerge d’une observation de la vaste littérature critique publiée au sujet des deux périodiques. En effet, par leur longévité, leurs tirages et leur relatif succès, La Revue moderne et Châtelaine ont suscité l’intérêt de plusieurs chercheurs et chercheuses en leur qualité de document historique d’abord, puis de vecteur de changement dans la vie littéraire, intellectuelle et culturelle et enfin, dans la perspective de l’histoire littéraire et culturelle de la presse, en tant qu’ensemble de pratiques, lieu de production de discours et support matériel.

C’est en tenant compte de ces perspectives, et dans une volonté de célébrer le centenaire du premier numéro de La Revue moderne (novembre 1919), que l’Association québécoise pour l’étude de l’imprimé (AQÉI) invite les chercheurs et les chercheuses à réfléchir autour de l’histoire du magazine au Québec, depuis le début du XXe siècle jusqu’à nos jours. Ouvert à toutes les approches disciplinaires pertinentes (études littéraires et culturelles, histoire, communication, sociologie, etc.), l’événement sera l’occasion d’échanger collectivement autour d’un type de périodique populaire, le magazine, et de plusieurs titres significatifs de son évolution dans l’histoire des médias. Nous sollicitons entre autres des propositions portant sur les collections intégrales de périodiques rendues accessibles gratuitement par Bibliothèque et Archives nationales du Québec à l’adresse suivante : http://numerique.banq.qc.ca/ressources/details/RJQ.

Sans constituer une liste exhaustive, les éléments suivants pourront fournir des pistes de réflexion :

- Dans la foulée des réflexions de François Ricard (1991) et de Faye Hammill et Michelle Smith (2015), on pourra se pencher sur les rapports qu’entretiennent le populaire et le savant au sein des magazines. Comment cette tension facilite-t-elle l’émergence d’une position moyenne (au sens de middlebrow) dans le régime médiatique moderne ? 

- De par sa périodicité, le magazine conditionne un ancrage spécifique de la publication dans le réel. Quels choix opère-t-il dans son traitement de l’actualité ? Quels genres médiatiques mobilise-t-il pour informer ? Finalement, quelle expérience du temps propose-t-il ?

- En tenant compte des récents travaux sur la presse et la vie culturelle (Cambron et al. (dir.), 2018), en quoi les magazines peuvent-ils constituer une caisse de résonance de la culture littéraire et artistique au Québec ? Comment ont-ils contribué aux transformations et à la stratification de la culture aux XXe et XXe siècles ? Dans un même ordre d’idées, on portera une attention particulière aux rapports qu’entretiennent les périodiques mensuels avec l’histoire de la culture visuelle (iconographie, recours à la photographie, identité graphique).

- Dans la perspective d’une histoire du genre (gender) et des médias, il sera possible d’interroger la partition du magazine à la lumière de l’axe masculin/féminin et de ce que cela suppose en termes de représentations de la différence sexuelle. 

- Enfin, on pourra réfléchir aux rapports qu’entretient le magazine avec l’engagement sur la place publique, dans la foulée des travaux de Marie-José des Rivières sur le féminisme de Châtelaine (1992); il sera aussi pertinent de questionner les liens qui existent entre la forme du magazine et celle de la revue.

Les propositions de communications (d’une durée de 20 minutes) devront comprendre un titre, un résumé (max. 300 mots) et une courte notice biobibliographique, et devront parvenir au plus tard le lundi 15 juillet 2019 à l’adresse suivante : adrien.rannaud@gmail.com.

Les participants et participantes devront être membres de l’AQÉI avant la journée scientifique. Veuillez consulter le site internet de l’AQÉI pour toute information concernant le processus d’adhésion ou d’inscription.

 Organisateur : Adrien Rannaud (CRILCQ, Université du Québec à Montréal)

Publié le 23 avril 2019 par Caroline Villemure

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