Appel : Colloque « Les enjeux du contemporain dans la poésie québécoise »

Université du Québec à Montréal
Appel de communication

Colloque « Les enjeux du contemporain dans la poésie québécoise »

15 et 16 mai 2017

Université du Québec à Montréal, Pavillon Athanase-David, D-R200 (Cette salle est accessible aux personnes à mobilité réduite) 

La poésie québécoise est en pleine effervescence depuis les années 2000, ses formes marginales se multiplient et s’imposent dans le paysage culturel. Des initiatives non-subventionnées comme l’Expozine (2002), l’Off-Festival de poésie de Trois-Rivières (2006), Les Éditions de l’Écrou (2009), Fermaille (2012), Les Éditions de la Tournure – Coopérative de solidarité (2012), La Coopérative en Jachère (2012), Les Éditions Fond’Tonne (2012), le festival Dans ta tête (2013), La Balconnière (2014), l’Académie de la vie littéraire (2008), des soirées de poésie à micro-ouvert (Solovox, 2000 ; Bistro Ouvert, 2013 ; Vaincre la Nuit, 2015), Filles Missiles (2015), et des lieux comme La Passe (2013) et La Flèche Rouge (2015) font leur apparition et rendent visible une poésie souvent tue par le milieu littéraire officiel. La contemporanéité poétique s’inscrit dans une pluralisation des espaces publics, une déhiérarchisation des structures et la création de nouveaux réseaux.

La notion de littérature a fortement changé depuis le début du second millénaire, à ce point où, comme le souligne Yves Citton, « il vaudrait peut-être mieux consacrer le mot “littérature” à la période 1800-2000 – et se mettre en quête d’un autre terme pour désigner le “quelque chose” qui pourra (peut-être) s’y substituer – de façon non hégémonique – dans les années qui viennent » (Citton, 2012). Le mot littérature, du latin litteratura signifiant écriture, grammaire et philologie, révèle et encourage un rapport au texte basé sur le savoir et la productivité sémantique. Ce qui apparait dans le paysage littéraire contemporain tend plutôt à contredire ce sens en présentant des expériences poétiques qui s’axent sur l’amour, la communauté, la solidarité, l’agitation et le désordre. La querelle autour du nobélisé Bob Dylan met en lumière cette opposition entre des conceptions moderne et contemporaine de la littérature. En offrant ces honneurs à un chanteur, l’Académie suédoise ne brouille pas seulement la frontière entre les champs musical et littéraire, elle remet en question l’idéal de la littérature (érudite, silencieuse, originale) portée jusqu’alors par les institutions. Lionel Ruffel note à cet effet une transformation de la représentation, qui passe « d’un imaginaire du littéraire centré sur un objet-support : le livre, à un imaginaire du littéraire centré sur une action et une pratique : la publication. » (Ruffel, 2016, p. 107) Cette « publication » reprend son acception originelle : « rendre public, passer de l’expression privée destinée à des correspondants précis à l’expression pour des publics de plus en plus divers. La publication de la littérature ne s’est historiquement pas limitée à celle des livres. Les publics de la littérature ne se limitent pas aux lecteurs. Il existe autant de littératures que de possibilités de publication : livres, performances, lectures, salons, groupes, espaces numériques divers. Chacune de ces littératures crée un espace public spécifique. » (Ruffel, 2016, p. 107)

Afin d’offrir une vue d’ensemble sur les différentes initiatives poétiques et les tensions qu’elles soulèvent, nous suggérons de proposer des communications abordant, sans s’y limiter, les axes suivants :

  1. Les supports (papier, numérique, scène, CD, vidéo)
  2. Les terminologies (spoken-word, slam, poésie action, poésie-performance, poésie)
  3. Les organisations (festival, plateforme web, collectif, coopérative)
  4. Les lieux (bar, bibliothèque, non-lieu, galerie, librairie, appartement)
  5. Les thématiques (culture populaire, ville, campagne, quotidien)
  6. Les formes d’interaction (communauté, réception, militantisme, multitude, amour)

Ce colloque a pour objectif de construire un lieu de réflexion et de promotion pour la poésie actuelle, un point de rencontres et d’échanges entre la pensée critique et la création. Il ne s’agira pas de suggérer de nouveaux canons à une poésie qui en est déjà assez alourdie, mais bien de s’interroger sur ce qui modifie nos rapports à la poésie et à la « littérature » depuis le début du millénaire. La réflexion devra passer par la multitude; des lectures, des écritures, des voix, des organisations (subventionnées ou non), des évènements. Une multitude qui, comme l’affirment Negri et Hardt, inclura des « différences de culture, de couleur, d’ethnicité, de genre et de sexualité, mais aussi différentes formes de travail, différentes façons de vivre, différentes visions du monde, différents désirs » (Negri & Hardt, 2004, p. 8).

Les communications proposées pourront envisager de nouvelles figures de prou et les relations qu’elles entretiennent – d’opposition et de connivence – avec le milieu littéraire officiel et ses espaces marginaux. Il sera également possible d’aborder l’apparition de collectifs et d’organisations (festival, maison d’édition, librairie), les échanges entre la poésie et d’autres disciplines, l’utilisation des réseaux sociaux, le retour vers les techniques traditionnelles d’impression et la culture DIY.

Nous encourageons les participant-es à se situer à la croisée de différentes approches – les théories de la lecture, les études culturelles, la sociocritique, la sémiotique, la rhétorique, la recherche création et la géopoétique notamment. Les poètes et les acteur-ices du milieu de la poésie sont aussi invité-es à venir parler de leur propre pratique et de la façon dont elle s’inscrit ou non dans les mouvements contemporains, que ce soit sous la forme d’une communication traditionnelle, d’une performance, ou encore d’une exposition (photographies, illustrations, affiches).

Ce colloque s’inscrit dans le cadre des activités du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture – CRILCQ et de Figura, le centre de recherche sur le texte et l’imaginaire. Il se composera autant de communications (20 minutes suivies d’une période réservée aux questions et échanges de 10 minutes) que de performances (maximum 10 minutes) et croisera les approches disciplinaires (histoire, sociocritique, sémiotique, recherche-création, etc.). Vous pouvez proposer des panels déjà structurés ou des communications individuelles, qui seront alors sélectionnées par le comité pour composer les panels. Les propositions de communication, de performance ou d’exposition compteront environ 300 mots et seront accompagnées d’une brève notice biobibliographique. Les propositions de performance peuvent aussi être accompagnées de photographies, vidéos ou tout ce qui pourrait servir leur présentation.

Elles doivent être obligatoirement envoyées au plus tard le 20 janvier 2017 à roussel.stephanie@courrier.uqam.ca et à beaulieu-april.joseane@courrier.uqam.ca.

Comité d’organisation

Stéphanie Roussel (CRILCQ – UQAM) : roussel.stephanie@courrier.uqam.ca
Joséane Beaulieu-April (FIGURA – UQAM) : beaulieu-april.joseane@courrier.uqam.ca

Comité scientifique

Joséane Beaulieu-April (FIGURA – UQAM)
Jules Gagnon-Hamelin (chercheur indépendant)
Laurance Ouellet Tremblay (chercheuse indépendante)
Michel Lacroix (CRILCQUQAM)
Stéphanie Roussel (CRILCQ – UQAM)
Yan St-Onge (FIGURA  – UQAM)

Publié le 31 octobre 2016 par Isabelle Tousignant

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