Appel – Conférence « Matter(s) of Fact – Matière(s) des Faits »

Communauté
Appel de communication

Université de Western Ontario
15 au 17 mars 2018

Cette année marque le 20e anniversaire de cette conférence interdisciplinaire annuelle, organisée conjointement par des étudiants de cycle supérieure du Centre d'étude de la théorie et criticisme ('Centre for the Study of Theory and Criticism'), et des programmes de littérature comparée et d'études hispaniques dans le département de langues et littératures modernes, à Western.

Nous invitons des articles sur les recherches littéraires, historiques et théoriques sur les récits, l'herméneutique et les mythes des faits et des vérités, qui examinent d'une manière ou d'une autre le thème de « post factualité ». La date limite de soumission des propositions est le 3 janvier 2018.

« Ce qui convainc les masses ne sont pas des faits, pas même des faits inventés, mais seulement la consistance du système dont ils font effectivement partie. »

– Hannah Arendt, Origines du totalitarisme

Dans son traité de Rhétorique, Aristote détaille trois moyens principaux par lesquels un orateur peut tenter de persuader un auditoire : en faisant appel à la crédibilité et à l’autorité (ethos), en engageant les émotions des spectateurs (pathos) et en déployant la logique et le fait (logos). Alors qu’Aristote croit que la présentation d’un solide corpus de preuves est le moyen le plus efficace de persuasion, étant donné qu’il est l’inclination naturelle de l’humanité vers la vérité (Rhétorique I.1, 1355a15f.), il admet aussi que ceux qui maîtrisent la rhétorique peuvent utiliser leurs compétences pour susciter des émotions incendiaires, détourner l’attention du sujet et passer outre la rationalité d’un auditoire donné. En attirant l’attention sur la manipulabilité problématique des perceptions de la vérité, Aristote nous invite à considérer l’affinité épistémologique entre la croyance et l’expérience, ainsi que les implications éthiques de toutes formes de communication.

Coïncidant avec des phénomènes aussi divers que la croissance de la culture numérique, du populisme politique, et l’hyper-technologisation de la vie moderne, les récits concurrents de factualité et de vérité ont acquis une visibilité de première importance dans nos vies quotidiennes. Les discussions entourant les vérités et les faits ont même inspiré l’Oxford English Dictionary à déclarer « post-truth » (post-vérité) comme mot de l’année en 2016 – un adjectif défini comme « relatif à, ou dénotant, des circonstances dans lesquelles les faits objectifs influent moins sur l’opinion publique que l’émotion et la croyance personnelle. » Cela correspond, d’une manière ironique, à l’épigraphe fabriqué avec lequel Jean Baudrillard ouvre son Simulacre et simulation – une intuition qui résonne fort dans cette ère de numérique accélérée : « Le simulacre n’est jamais ce qui cache la vérité – c’est la vérité qui cache le fait qu’il n’y en a pas. Le simulacre est vrai. » Dans l’ère de l’intelligence artificielle, des médias sociaux et de la téléréalité, les notions de simulacre et de créations de récits touchent de plus en plus de strates et mettent en évidence des questions telles que : Qu’est-ce que la « réalité » dans l’ère de la post-vérité, et comment cela se traduit-elle dans la production culturelle ? La postmodernité, étant donné son interrogation constante des réalités et des vérités, est-elle la manière la plus productive de nous aider à comprendre les épistémès changeantes? Quelles sont les responsabilités et les défis qui surgissent avec lesnouvelles façons dont la connaissance – et peut-être par extension, la vérité – est produite et communiquée ? Sommes-nous actuellement dans une ère de “post-vérité” ? Avons-nous, effectivement, fini avec les faits ?

De plus, dans le domaine du récit et de la production matérielle, on se posent des questionsde littéralité et de fiction : si la fiction est inévitablement imprégnée d’un certain degré de réalité, peut-elle à son tour modifier le réel ? Comment les faits sont-ils intégrés dans la fiction, et que se passe-t-il lorsque la fiction s’interpénètre avec les faits ? De quelle manière pouvons-nous parler de littérarité en tant que régime post-factuel ? Quelles ont été certaines des stratégies littéraires déployées pour la fictionalisation des faits, de la vérité ou des épistémès ? D’un autre côté, de quelle manière la fiction a-t-elle été historicisée en tant que fait, vrait ou « réel » ? Comment ces stratégies polyvalentes ont-elles évolués, si du tout, au fil du temps ?

Cette conférence invite des articles sur les recherches littéraires, historiques et théoriques sur les récits, l’herméneutique et les mythes des faits et des vérités. Les sujets de discussion peuvent inclure, mais ne sont pas limités à :

  • Mythes et récits : intersections littéraires / historiques / théoriques de la mythification; postmodernisme et vérités ; hyperréalité ; simulacra-as-truth ; rhétorique ; « post-vérité » ; l’herméneutique du soupçon ; populisme et propagande ; l’émotion contre la logique ; démagogie et xénophobie ; récits opportunistes ; la trans / dépréciation des faits en tant que vérités et vérités en tant que fait s; valeur de vérité ; philosophie du langage ; trans-humain, post-humain, écologies alternatives.
  • Wikileaks et la dénonciation dans l’ère numérique : les humanités numériques ; l’éthique dans le monde numérique ; la vérité à l’ère numérique ; le piratage ; IA ; récits d’IA et de paranoïa.
  • Critique des institutions : (post-) facultés ; idéologie, institutions et institutionnalisation ; écrits sur l’histoire de l’art et l’histoire littéraire ; approches de l’écriture de l’histoire ; musées et histoire de l’art ; capitalisme ; théorie d’avantgarde ; l’industrie de la culture et l’école de Francfort.
  • Culture matérielle dans l’ère de la post-vérité : objets virtuels ; des artéfacts mythiques et / ou « réels » et / ou virtuels ; culture matérielle et virtualité ; artéfacts et leurs facultés ; falsification d’art ; faits et choses ; représentation d’objets, objets en tant que représentation ; le surréalisme et ses héritages.

Les domaines d’intérêt peuvent inclure, mais ne sont pas limités à : Littérature comparée et théorie littéraire, Théorie critique, Études anglais, français et espagnoles, Sociologie, Anthropologie et Science politique, Queer theory et études de genre, Arts de studio, Études interdisciplinaires, Études culturelles et Humanités numériques, Linguistique, Histoire, Philosophie, Études cinématographiques et médiatiques, etc.

Nous demandons aux personnes intéressées à livrer une présentation de 15 à 20 minutes
de soumettre un résumé de 300 mots maximum à : themattersoffact@gmail.comavant le 3 janvier 2018. Veuillez inclure votre nom, vos mots clés abstraits, votre affiliation institutionnelle, vos exigences techniques s’il y en a, et une biographie de 50 mots dans votre courriel. Les résumés et présentations en anglais, espagnol et français sont les bienvenus.

Des versions agrandies de présentations sélects seront considérés pour publication dans
The Scattered Pelican, la revue du département de littérature comparée à Western University.

Publié le 21 novembre 2017 par Isabelle Tousignant

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