Appel d'articles : Pour le collectif « Loranger soudain »

Appel de textes

À la suite du colloque Loranger soudain, tenu les 20 et 21 septembre 2007 à l’Université Laval, l’idée de publier un collectif sur l’œuvre de Loranger s’est imposée d’elle-même. Profitant de l’élan du colloque, le temps nous paraît idéal pour réunir des articles afin de créer un premier ouvrage consacré à cet écrivain.

En épigraphe au premier livre de Loranger (Les atmosphères, 1920), se trouve une phrase de Jules Romains : « Quelque chose s’est mis à exister soudain ». Bien entendu, cette phrase doit être comprise dans le contexte stratégique du recueil. Elle prépare le lecteur à ce qui va suivre en l’enjoignant à lire sous un mode particulier, qui est peut-être celui de la littérature. Mais quel est le statut de ce qui « se met à exister soudain », sinon celui d’une singularité ? C’est à partir de cette idée de singularité, qui reste à déployer, que ce collectif souhaite revenir à l’œuvre de Loranger d’abord et à sa place dans notre littérature ensuite, en essayant de dégager l’œuvre elle-même de sa récupération aux fins du nécessaire récit de notre histoire littéraire.

Qu’est-ce qui, dans les textes de Loranger, « se met à exister soudain » ? Une forme de rapport au monde qui suppose une fascination immobile pour les départs ou pour l’étrange ? Une alternative entre la posture du « passeur », qui choisit de rester au milieu des choses, au plus près de sa mort, et la posture du « vagabond », qui accepte de vivre en société moyennant beaucoup d’hypocrisie ? En interrogeant la part de singularité des textes, qui restera irrécupérable, leur véritable portée se découvrira, au-delà des procédés, des influences, de l’inscription dans un contexte plus global, voire des éventuelles maladresses d’écriture. De plus, les textes de Loranger ne sont pas seulement eux-mêmes de l’ordre de ce qui « se met à exister soudain ». Ils viennent aussi après cette singularité mystérieuse, pour en témoigner, pour la dépeindre. La littérature répond au réel de l’existence, qu’elle invente du même coup.

L’histoire de la réception et de la diffusion de l’œuvre, qui est bien entendu encore en train de se faire, mérite elle aussi d’être abordée dans la perspective de la singularité. Car la figure de l’écrivain se met bel et bien à exister, non pas soudainement, mais plutôt tranquillement, comme si Loranger était de ceux qui ne se laissent pas facilement cerner, et qui finissent justement par s’imposer parce qu’ils échappent à toutes les catégories. Dans cette histoire, plusieurs faits paraissent marquants : la « redécouverte » de Loranger au début des années 70, un Loranger qui était du même coup posé comme « oublié » et « inconnu » ; les rééditions relativement récentes des poèmes de Loranger (1992, 2001, 2004), qui témoignent non seulement d’un intérêt de plus en plus soutenu pour cette œuvre dans les milieux littéraires et scolaires, mais également de prises de position spécifiques au regard du sens présumé de l’œuvre ; la mise à l’écart de ses contes, étiquetés peu originaux, au profit de ses poèmes, qui sont de plus en plus posés comme étant les premiers jalons d’une poésie libérée des contraintes formelles et idéologiques d’une autre ère.

L’heure semble d’ailleurs propice à relire les contes afin de dégager leur signification en regard de l’œuvre lorangienne : l’ironie et l’humour qu’ils déploient ne sont-ils pas la conséquence du désenchantement qu’exprime les poèmes ? De là, une autre question se pose : les contes ne sont-ils qu’une réaction contre une certaine « impossibilité » de la poésie ? N’explorent-ils pas une voie qui leur est propre ? Les contes ont ceci de rusé qu’ils critiquent de manière acerbe l’idéologie régionaliste par l’emprunt d’une forme, de thèmes et d’images qui peuvent être associés au régionalisme. Comme avec l’unanimisme, comme avec l’orientalisme, Loranger opère un dépassement par l’intérieur des influences qui le mobilisent. Loranger conteur (ou nouvelliste) n’adopte-t-il pas une posture singulière, voire un style, qui l’inscrit non pas à contre-courant, mais en dehors du courant ? Si les poèmes de Loranger sont perçus comme étant encore « contemporains », c’est qu’ils s’inscrivent dans une conception de la poésie qui est encore actuelle. Si ses textes narratifs brefs reçoivent un accueil plus mitigé, n’est-ce pas parce qu’ils nous renvoient à un possible qui est assez peu exploré, ou valorisé, dans nos conceptions actuelles de la littérature ?

Ainsi, à un moment où l’œuvre et la figure de Loranger s’imposent de plus en plus dans le paysage littéraire québécois, il apparaît essentiel de questionner les enjeux de l’une et de l’autre.

Les propositions d’articles, d’une longueur maximale de 250 mots, devront être transmises d’ici le 1er janvier 2008 aux responsables du collectif :

Jean-Sébastien Trudel – Jean-Sebastien.Trudel@lit.ulaval.ca

Thomas Mainguy – Thomas.Mainguy.1@ulaval.ca

Les articles, qui ne dépasseront pas 8000 mots, seront à remettre pour le 1er juillet 2008 au plus tard. Les propositions d’articles ainsi que les textes reçus seront soumis à un comité de lecture pour approbation.

 

Publié le 30 novembre 2007

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