Appel – Journée d'étude « Dans les pas de l’œuvre : du critique d’art comme artiste »

Journée d'étude
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Journée d'étude « Dans les pas de l’œuvre : du critique d’art comme artiste »
20 septembre 2018
Université Laval

« Celui qui regarde un tableau doit avoir aussi la faculté d'imiter »

Philostrate l'Aîné

Cette journée d’étude, organisée en collaboration avec le Laboratoire de philosophie continentale et le Département des sciences historiques dans le cadre du cycle de conférences « Ekphrasis : écrire sur l’art », se donne pour objectif de réfléchir à la pratique de la critique d’art et, plus précisément, aux relations entre l’œuvre et le geste d’écriture que cette pratique implique. La critique d’art est communément définie comme l’évaluation de la production artistique qui lui est contemporaine. Cette activité d’évaluation, qui se double le plus souvent d’un travail d’interprétation, permet de distinguer nettement l’artiste du critique, ce dernier se situant dans une position d’extériorité par rapport à la création des œuvres. L’activité du critique consiste à légitimer certaines pratiques, en les rendant intelligibles aux yeux du public et en faisant valoir leur qualité esthétique, expressive ou conceptuelle, ou encore leur charge symbolique ou éthique.

Or, comme le remarque James Elkins en 2003, en se référant à un sondage mené en 2002 auprès de plusieurs critiques d’art, à cette finalité de juger de la production artistique semble s’être substituées celles de décrire les œuvres d’art, de les contextualiser et surtout, selon lui, de produire des textes dotés de valeur littéraire1. S’il est possible de considérer cette mutation comme liée à la fragilisation des critères de jugement artistiques et à la difficulté d’inscrire chaque œuvre dans une histoire de l’art unifiée (dotée d’idéaux esthétiques univoques et englobants), on peut aussi y voir la trace d’une autre conception de la critique d’art, selon laquelle le critique n’est pas en position d’extériorité par rapport à la production artistique. Au contraire, le critique prolongerait le travail créateur de l’artiste, à travers son propre médium, le langage ou la pensée ; la démarche de décrire l’œuvre et ses effets (esthétiques ou cognitifs) sur le spectateur soulèverait l’exigence de manier le verbe avec art, de forger des images évocatrices et de bouleverser les structures traditionnelles du texte journalistique ou savant ou encore, dans une autre optique, celle de poursuivre de façon discursive les déplacements conceptuels opérés par l’œuvre ou la réflexion dont elle est porteuse. Dans ce cadre, le texte cesse d’être le moyen de transmettre des informations et des jugements à propos de l’œuvre à un lecteur, il devient lui-même un matériau devant être façonné pour en prolonger l’effet. Par suite, la sensibilité artistique du critique, sa capacité à transcrire en mots son expérience de l’oeuvre et à susciter une expérience qui transforme le lecteur priment sur sa capacité à formuler et défendre un jugement sur une œuvre donnée.

Loin d’être propre à la critique « post-moderniste », ce rapprochement intime entre l’activité du critique et celle de l’artiste ponctue l’histoire de la critique d’art. Sans remonter aux pratiques anciennes de l’ekphrasis, on peut penser à la théorie de la critique littéraire des préromantiques (Schlegel, Novalis), aux écrits d’Apollinaire, de Reverdy ou de Breton, ou encore au dialogue fertile entre texte et image qu’a pu initier un mouvement comme le symbolisme. Pareillement, des pratiques critiques, comportant des visées évaluatives claires, comme celle de Diderot, peut-être réenvisagée à la lumière de l’idée selon laquelle l’activité du critique poursuit celle de l’artiste.

Nous entendons, à l’occasion de cette journée d’étude, dégager les enjeux liés à cette conception du critique comme artiste. En examinant différentes manifestations historiques et contemporaines de ce rapprochement entre le travail de l’artiste et du critique, il s’agira de mieux cerner les conceptions de l’œuvre d’art et de sa réception qu’un tel rapprochement sous-tend. Les interventions pourront s’inspirer des questions suivantes :

  • Quel type de savoir est généré par le critique lorsqu’il poursuit le travail de l’artiste ? Quelles en sont les manifestations sur l’usage de la langue par le critique et la forme de ses textes ? Quelle place occupe dans ce cadre l’expérience de l’œuvre par le critique ?
  • Quel rapport au lecteur s’institue par une telle pratique de la critique comme forme d’art ? À quelle expérience de lecture conduit-elle ? Peut-on considérer les écrits de poètes ou de romanciers comme une forme de critique d’art, en ce sens élargi ? Quelles sont les fins que le critique vise en proposant de tels textes au public ? Quelle influence la lecture de ces textes peut-elle avoir en retour sur l’expérience de l’œuvre ?
  • Comment le critique peut-il inscrire les oeuvres singulières qu’il décrit dans l’histoire de l’art ? Dans quelle mesure une pratique de la critique prolongeant le geste de l’artiste peut rendre compte de l’historicité de l’œuvre d’art ?
  • Faut-il voir dans une telle pratique de la critique d’art un abandon de la volonté de maîtriser l’œuvre par un discours qui serait en surplomb par rapport à elle ou au contraire, un abandon de l’oeuvre, sa disparition ?

Modalités de soumission

Nous accueillons les propositions des chercheurs, des étudiants gradués, ou de tout auteur ayant une pratique de critique d’art. Les interventions ne devront pas excéder 30 minutes et seront suivies d’une période de questions. Les propositions de communications devront comporter un résumé de 300 à 500 mots ainsi qu’un titre provisoire, et être soumises au plus tard le 20 juin 2018 à l’adresse électronique suivante : mathilde.bois.1@ulaval.ca. Les candidats seront informés de l’acceptation ou du refus des propositions le 30 juin 2018.

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1. James Elkins,  What Happened to Art Criticism, Chicago, Prickly Paradigm Press, 2003, p. 12-16.

 

 

Publié le 30 avril 2018 par Isabelle Tousignant

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