Appel – Journée d’études « La commémoration au Québec : carrefour mémoriel et identitaire »

Appel de communication
Journée d'étude
Université du Québec à Montréal

Journée d’études « La commémoration au Québec : carrefour mémoriel et identitaire »

Occupant les espaces politique, médiatique et intellectuel (Cottret et Henneton, 2010, p. 12), la commémoration est un phénomène de grande échelle constituant désormais un objet d’étude à part entière pour les chercheurs de différents domaines s’intéressant aux enjeux de la mémoire, à sa mise en récit et aux lieux de son expression. Spectacularisation de l’histoire, la commémoration peut s’envisager selon plusieurs perspectives complémentaires. L’une d’entre elles est bien entendu l’analyse des productions culturelles qui mettent en scène la mémoire : pageants historiques, œuvres de fictions, et ouvrages historiques sont en effet autant de regards portés sur le passé qui traduisent le rapport à la mémoire d’une époque donnée. Un autre point de vue, supposant un certain recul historique, est de considérer le phénomène commémoratif lui-même comme l’un des espaces où se donnent à voir, à travers l’intervention d’acteurs issus de divers horizons, les enjeux de l’histoire contemporaine (Nelles, 1999, p.12). Suivant ces deux approches, il apparait clair que la commémoration se situe au carrefour de multiples considérations qui peuvent être autant d’ordre économique, qu’esthétique, politique, commerciales, identitaire ou même personnel. C’est cette nature particulière des phénomènes commémoratifs que cette journée d’étude veut mettre en lumière, en s’intéressant à la commémoration en contexte québécois.

Les communications pourront relever de toutes les approches à même de contribuer à une meilleure connaissance de ce domaine. Parmi les avenues qui pourront être empruntées, soulignons :

  • Des analyses des rapports entre commémoration et politique, mettant par exemple en relation des visions concurrentes d’un même fait. Les fêtes de 2008 célébrant la fondation de Québec ont ainsi mobilisé des instances municipales, provinciales et fédérales, accordant chacune à l’évènement une portée différente : l’histoire de la ville y servit d’écran sur lequel furent projetés tour à tour les récits de genèse des identités québécoises et canadiennes. L’année 2012 fut le moment d’un phénomène du même genre, lorsque le gouvernement de l’époque fit une tentative, plutôt mal reçue au Québec, de faire de la guerre de 1812 un chapitre « marquant de l’histoire du Canada en tant que nation[1] ». De tels épisodes sont autant de signes de projets politiques et identitaires qui, immanquablement, contribuent largement à façonner la mémoire.
  • Des études d’œuvres produites dans le cadre de commémorations. Dans les dernières années, le numérique est devenu une plateforme incontournable pour le discours commémoratif : qu’on pense aux expositions virtuelles – par exemple celle sur 1759, inaugurée par le gouvernement fédéral en 2005 pour le 246e anniversaire de la bataille des plaines d’Abraham – à des projets comme Lost stories, mis en place à l’université Concordia notamment grâce à une subvention pour le 150e anniversaire de la confédération, ou à la programmation spéciale de l’ONF pour ce même  évènement. Le domaine de l’imprimé n’est généralement pas en reste, et l’on constate que des publications diverses, comme des livres souvenirs, des dossiers de presse, ou encore des histoires et des biographies paraissent en marge des cérémonies officielles. Depuis le début du XXe siècle, les arts de la scène font également partie intégrante des célébrations historiques, comme le montre H.V. Nelles dans son étude du pageant historique de 1908 à Québec.
  • En outre, on pourrait s’interroger sur la manière dont la commémoration traduit le besoin de construire des histoires locales, concernant des communautés, des groupes ou des régions spécifiques. Il existe assurément une tension entre ces histoires, qui sont souvent l’œuvre d’historiens amateurs ou encore résultants d’une implication et d’une mobilisation citoyennes, et les récits « scolaires », écrites dans un cadre académique (Fabre, 2001, p. 19). Comment ces mémoires s’inscrivent-elles dans le champ plus large des représentations du passé ? Que disent-elles du contexte dans lequel elles ont été produites ? 

La journée aura lieu le 22 mai 2019, à l’Université du Québec à Montréal. Les propositions, de 500 mots au plus, accompagnées d’une brève notice biographique, sont à envoyer à bouchard.pierre-olivier@courrier.uqam.ca, au plus tard le 1er septembre 2018.

Bibliographie indicative

BAUSSANT, Michèle, [dir.], Du vrai au juste : la mémoire, l’histoire et l’oubli, Québec, Presses de l’Université Laval (Collection Intercultures), 2006, 199 p.

BENSA, Alban, FABRE, Daniel, [dir.], Une histoire à soi, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme (Collection Ethnologie de la France, Cahier 18), 2001, 298 p. 

COTTRET, Bertrand, HENNETON, Laurie, [dir.], Du bon usage des commémorations : histoire, mémoire et identité XVIe-XXIe, Rennes, Presses Universitaires de Rennes (Histoire), 2010, 231 p.

DESBIENS, Marie-Frédérique, « Le centenaire des rébellions. “Des Patriotes au goût du jour” », dans Yvan LAMONDE et Denis SAINT-JACQUES [dir.], 1937 : un tournant culturel, Québec, Presses de l’Université Laval (Cultures québécoises), 2009, p. 121-136.

MALACK, Dominique-Valérie, « Identités, mémoires et constructions nationales ; la commémoration extérieure à Québec, 1889-2001 », thèse de doctorat, Université Laval, 2003, 223 f.

NELLES, H.V., The art of nation building: Pageantry and Spectacle at Québec’s Tercentenary, Toronto, Buffalo, London, University of Toronto Press, 1999, 397 p.

NORA, Pierre, « L’ère de la commémoration », dans Lieux de mémoire III, Paris, Gallimard, 1992, p. 977-1012.                                                                                                                                 

RICŒUR, La mémoire, l’histoire et l’oubli, Paris, Seuil, 2000, 689 p.

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[1] https://www.tbs-sct.gc.ca/hidb-bdih/initiative-fra.aspx?Hi=123, en ligne, site consulté le 26 février 2018.

Publié le 10 mars 2018 par Isabelle Tousignant

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