Colloque annuel de l'Association étudiante des cycles supérieurs en études littéraires (AECSEL) de l'UQAM

Appel de communication

COLLOQUE ANNUEL DE L’AECSEL 

« Être en phase avec son temps ? Anachronisme et anachronie dans la littérature »

Dès son apparition dans le dictionnaire de l’Académie, l’anachronisme désigne « une erreur », une « faute contre la chronologie ». Parallèlement, cette notion renvoie à une pratique volontaire par laquelle l’auteur.trice place délibérément « un fait, un usage, un personnage (etc.) dans une époque autre que l'époque à laquelle ils appartiennent ou conviennent réellement ». Ce geste s’inscrirait alors dans une tradition et répondrait à des motivations esthétiques, idéologiques ou rhétoriques, que l’œuvre assume et légitime.

L’anachronie, quant à elle, se définit sur deux plans : sur le plan psychologique, il s’agirait de « [l’]inadaptation d'une personne à une époque », faisant référence au décalage que certain.e.s auteur.trice.s cultivent ou que la critique leur attribue. Sur le plan poétique, elle désigne plutôt « des événements, des notions, des significations qui prennent le temps à rebours, qui font circuler du sens d'une manière qui échappe à toute contemporanéité, à toute identité du temps avec ‘‘lui-même’’. Une anachronie, c'est un mot, un événement, une séquence signifiante sortis de ‘‘leur’’ temps, doués du même coup de la capacité de définir des aiguillages temporels inédits, d'assurer le saut ou la connexion d'une ligne de temporalité à une autre. » (Rancière, 1996, p. 67-68) L’anachronie, n’étant plus entendue comme le « résultat d’une action », passe alors d’une visée rétrospective à une visée prospective et acquiert une valeur positive. Genette souligne par ailleurs que « les anachronies narratives » sont  « les différentes formes de discordances entre l’ordre de l’histoire et celui du récit. » (Genette, 1972, p. 79) Si l’idée de discordance temporelle est maintenue, elle ne s’inscrit plus dans une mais dans deux temporalités. La notion d’anachronie, plus riche sur le plan sémantique que celle d'anachronisme, peut ainsi qualifier tant un état de discordance qu’une action narrative assumée.

Ces questions ont fait l’objet, en 2011, d’un atelier Fabula intitulé « Anachronies - textes anciens et théories modernes », ce qui nous permet de bénéficier de la  « mise au point sur les notions d’anachronisme et d’anachronie » de Frédérique Fleck (Fleck, 2011), à qui nous empruntons les remarques précédentes, et auxquelles nous voulons donner une suite. Devant la palpable accélération du temps qui caractérise notre époque, et compte tenu des nombreux mouvements de pensée (sociologie, ethnologie, psychanalyse, féminisme, etc.) qui nous amènent à changer notre regard sur le passé, ce colloque propose de prolonger la réflexion à la lumière des recherches entreprises aujourd’hui. Les chercheur.euse.s sont ainsi invité.e.s à s’interroger sur la notion de décalage entre les productions littéraires et le temps dans lequel elles s’inscrivent. Plusieurs axes peuvent être privilégiés (liste non exhaustive) :

1.     Axe narratologique :

Sous un angle formaliste, la question de l’anachronisme interroge le rapport entre le temps de la narration et le temps de l’histoire, postulant  « implicitement l'existence d'une sorte de degré zéro qui serait un état de parfaite coïncidence temporelle entre récit et histoire » (Genette, 1972, p. 79) On pourra ainsi questionner la prise de distance d’une œuvre avec le temps historique : comment l’écart se traduit-il au niveau linguistique, narratif, générique ou formel ? Comment se maintient la cohésion et la cohérence de l’œuvre ? Quels régimes temporels sont inventés par la littérature ?

2. Axe idéologique et rhétorique :

Dans une perspective plus thématique, les communications pourront s’intéresser à la notion d’héritage. Dans la mesure où le temps chronologique est reconstitué par un discours (celui de l’histoire, de la politique, de la presse etc.), on peut s’interroger sur la charge idéologique qui accompagne une prise de distance avec ce temps officiel. Le réinvestissement d’un bagage culturel ancien génère-t-il un décalage entre l’œuvre et son contexte ? Comment certaines œuvres se distancient-elles d’un héritage littéraire, idéologique ou historique ? Quelle place tiennent les oeuvres d’anticipation au sein de leur époque ?

3. Axe théorique :

L’anachronie et l’anachronisme amènent encore à interroger le rapport que la critique entretient avec ses sources. Quelle est la validité des lectures rétrospectives d’une œuvre ? Comment concilier le déterminisme littéraire avec l’intemporalité des œuvres ? Sous quelles conditions les théories peuvent-elles remonter le temps et éclairer des époques antérieures?      

Ce colloque s’adresse à tous.tes les jeunes chercheurs et chercheuses en études littéraires (cursus recherche aussi bien que création), quel que soit le siècle dans lequel ils.elles se spécialisent.

L’événement se tiendra à l’Université du Québec à Montréal le mardi 23 avril 2019. Les communications devront être inédites et en français. La durée variera entre 15 et 20 minutes en fonction du nombre de propositions retenues.

Les propositions de communication (titre et résumé de 250 mots, avec une courte bio-bibliographie (mentionnant l'université d’attache, le sujet des recherches et les publications, s’il y a lieu) devront être envoyées avant le 21 janvier 2019 (à minuit) à Emmanuelle Dorion à l’adresse suivante : colloqueaecsel@gmail.com. Merci d’indiquer en objet : Nom, prénom, titre de la proposition. 

Association des Étudiant.es de Cycles Supérieurs en Études Littéraires (AECSEL)

Alexandra Boilard-Lefebvre, UQàM

Emmanuelle Dorion, UQàM

Maxime Leblond, UQàM

Savannah Kocevar, UQàM et Université de Lorraine

Tiffany Premand, UQàM et Université de Fribourg (CH)

  

Bibliographie et sources : 

Fleck, F., « Anachroni(sm)e : mise au point sur les notions d’anachronisme et d’anachronie », in Fabula, Atelier littéraire : « Anachronies - textes anciens et théories modernes », 2011, en ligne,         http://www.fabula.org/atelier.php?Anachronisme_et_anachronie, consulté le 01.12.18.

Genette,  G., Figures III, Seuil, Paris, 1972, op. cit. in Frédérique F., « Anachroni(sm)e : mise au point sur les notions d’anachronisme et d’anachronie », in Fabula, Atelier littéraire : « Anachronies - textes anciens et théories modernes », 2011, en ligne,

http://www.fabula.org/atelier.php?Anachronisme_et_anachronie, consulté le 01.12.18.

Rancière, J., « Le Concept d’anachronisme et la vérité de l’historien », in L’Inactuel 6, 1996, p. 53-68, op. cit. in Frédérique F., « Anachroni(sm)e : mise au point sur les notions d’anachronisme et d’anachronie », in Fabula, Atelier littéraire : « Anachronies - textes anciens et théories modernes », 2011, en ligne, http://www.fabula.org/atelier.php?Anachronisme_et_anachronie, consulté le 01.12.18. 

Illustration, The Midult, “Girl with pearl earring, painting, spoof, selfie, portrait, profile picture, en ligne, http://themidult.com/what-profile-picture-says/girl-with-pearl-earring-selfie/.

Publié le 4 décembre 2018 par Audrey-Ann Gascon

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