Colloque étudiant « Les littératures amérindiennes et inuites »

Étudiants
Colloque
Université du Québec à Montréal

Ce colloque s'inscrit dans le cadre du cycle de conférences organisé par Daniel Chartier, titulaire de la Chaire de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique (CRILCQ à l'UQAM).

Programme

Local PK-1140, Pavillon Président-Kennedy

Jeudi 20 avril 2017 

9 h 00 Accueil

  • 9 h 10 Mot du comité organisateur Cassandre Henry, Rémi Chiasson-Villeneuve, Myriam St-Gelais et Maxime Leblond
  • 9 h 20 Mot d'ouverture
    Daniel Chartier
    « Les littératures amérindiennes et inuites transforment notre compréhension et notre interprétation de la littérature »

Président de séance : Patrice Viau

  • Myriam ST-GELAIS
    « Je suis une maudite Sauvagesse / Eukuan nin matshimanitu innu-iskueu d’An Antane Kapesh : conditions de production, de diffusion et de réception d’un texte pionnier encore méconnu »

  • An Antane Kapesh naît, en 1926, sur la Côte-Nord et vit le mode de vie nomade des Innus jusqu’en 1953. En 1976, elle écrit un essai autobiographique intitulé Je suis une maudite Sauvagesse / Eukuan nin matshimanitu innu-iskueu, dans lequel elle revendique la spécificité de sa culture et propose une perspective innue sur l’histoire coloniale. Ce premier texte littéraire innu à avoir été publié marque l’émergence d’une littérature amérindienne écrite au Québec, et plus particulièrement d’une littérature innue qui, à ce jour, forme un corpus diversifié. Afin de mettre en lumière les contextes particuliers de production et de développement de ce texte pionnier, je ferai le récit de sa genèse et j’examinerai, à travers ses quarante années d’existence, son parcours éditorial et sa réception critique, tout en tâchant de souligner sa postérité chez quelques auteurs innus contemporains.

  • Myriam St-Gelais est une étudiante à la maîtrise en études littéraires profil recherche. Elle a complété ses études de premier cycle à l’Université de Montréal en philosophie et littératures de langue française. Elle travaille maintenant à son projet de recherche sur l’émergence de la littérature innue sous la direction de Daniel Chartier. 
  • Maxime LEBLOND,
    « Assemblage culturel : une esthétique de la survie moderne dans Wings of Mercy de Markoosie Patsauq »

  • Markoosie est réputé avoir écrit le premier roman inuit au Canada, intitulé le Harpon du Chasseur, qui met en scène la survie traditionnelle sur le territoire arctique. Le texte, parce qu’il permet une incursion directe dans le monde inuit, a reçu un accueil positif. Au contraire, le deuxième roman de Markoosie, Wings of Mercy, ne connaît pas la même fortune et passe presque inaperçu. C’est l’histoire d’un sauvetage à haut risque qui requiert la coopération d’un aviateur canadien, de la GRC, et d’un groupe de chasseurs inuits. Pas assez authentique ? Pas assez traditionnel ? Aujourd’hui encore, la critique a tendance à négliger les sources qui expriment l’hybridité ou le mélange des cultures. Cependant, Wings of Mercy possède de vraies qualités littéraires et plaide pour une coopération culturelle digne d’intérêt. En exposant les modalités d’une survie contemporaine, ce roman milite pour le droit à la modernité. Il importe donc de l’étudier pour ses qualités propres, et non en regard de nos seules attentes. On découvrira alors un roman palpitant qui lutte pour la survie autant qu’il la raconte.

  • Maxime Leblond commence cette année un doctorat à l’UQAM en études littéraires, sous la direction de Lucie Desjardins. Issu de l’Université de Genève, en Suisse, il se passionne aujourd’hui pour ce côté-ci de l’Océan, depuis les textes de la Nouvelle-France jusqu’à l’émergence contemporaine des littératures amérindiennes et inuites.
  • Anne-Sophie BEAULIEU
    « Communauté et transmission chez Joséphine Bacon et Natasha Kanapé Fontaine »

  • Pour Joséphine Bacon et Natasha Kanapé Fontaine, le poème est un moyen de transmettre l a mémoire de la communauté innue et de la partager avec d’autres. Bien qu’elles aient des vécus assez différents en tant que femmes, en tant qu’artistes, en tant qu’Innues, elles partagent de nombreux points communs. Pour elles, le poème est aussi guérison, éveil et conscientisation des communautés à plusieurs problématiques (environnementales, coloniales, racistes, sexistes, etc.), célébration de la vie et des traditions innues, et transmission de leur culture. Dans une entrevue accordée à Nathalie Collard de La Presse, Natasha Kanapé Fontaine se prononce sur sa démarche d’écriture : « Je n’ai jamais parlé pour moi, dit-elle. Dans mes deux derniers recueils, j’ai écrit au “je”, mais je dis “je” pour dire “les autres”, afin que nous soyons, que nous devenions, nous les autochtones, une collectivité plus forte. » L’idée du partage et de la transmission est très importante pour Joséphine Bacon. Pour elle aussi, la poésie est l’occasion d’une prise de position politique. Dans une entrevue à Radio-Canada, elle affirme : « Au lieu d’aller dans les rues ou à Standing Rock, je vais écrire de la poésie. »

  • Anne-Sophie Beaulieu est étudiante à la maîtrise en études littéraires, concentration en études féministes, à l’UQAM. Elle travaille sur un mémoire qui s’intitule « À l’est des raffineries : femmes aliénées et “lyrisme de banlieue” chez Carole David » sous la direction de Lori Saint-Martin.

11 h 00 Dîner libre

13 h 00 La question du silence

Président de séance : Rémi Chiasson-Villeneuve 

  • Cassandre HENRY
    « “Tu m’enveloppes / Sans absence” : le paysage sonore dans la poésie de Joséphine Bacon»

  • « Mon peuple est rare, mon peuple est précieux comme un poème sans écriture » — Joséphine Bacon. Les univers sonores créés par Joséphine Bacon dans ses recueils sont multiples, improbables. Dans son œuvre, la parole est associée à la musique traditionnelle innue, à savoir les battements du teueikan, du tambour. Il semble que sa poésie tente de créer une brèche dans l'écriture poétique par l’entremise du motif sonore, tout comme le tambour, dans la culture innue, permet de passer du monde réel au monde du rêve. Ce travail poursuivra l'intuition suivante : l'insistance sur les sons, la musique et le tambour participerait à « l'oralité » de ses textes. L'importance de la voix, de la musique et du silence dans les recueils de Bacon supplanterait en quelque sorte la poésie, en dirigerait son économie.

  • Cassandre Henry a terminé en avril un baccalauréat en littératures de langue française à l'Université de Montréal. Elle entame cet hiver sa première session de maîtrise à la même université et s'intéresse à la poésie de Danielle Cohen-Levinas. Elle ne se souvient plus de la première fois qu'elle a touché à un piano.
  • Myriam GROULX, « Dire l’indicible dans Kuessipan de Naomi Fontaine »

  • Dès le début du roman, la narratrice avertit le lecteur : elle a mis un voile sur ce qui est sale. Elle a menti, elle a embelli la réalité. La narratrice fait un usage volontaire du silence pour témoigner de l’indicible. Elle a de la difficulté à parler, pourtant elle le fait quand même. Le silence semble permettre à la narratrice de raconter le quotidien d'une réserve sans pour autant tout dire. Il rendrait donc possible l’acte de parole. Le silence est omniprésent dans Kuessipan, autant dans le contenu (par la nature et les gens), que dans la forme, dans la façon dont la narratrice s’exprime. Par ailleurs, tout ce silence provoque des espaces blancs dans la narration, ce qui nous amène à nous questionner sur le travail du lecteur devant un texte comme celui-là.

  • Myriam Groulx a décidé de quitter son village des Laurentides afin de poursuivre ses études en littérature à Montréal. Elle a donc complété son baccalauréat (profil études québécoises) à l’UQAM. Elle commence présentement sa maîtrise, sous la direction de Daniel Chartier. Pour son mémoire, elle souhaite étudier le phénomène de l’immigration de province dans l’œuvre de Lise Tremblay. 
  • Jennyfer CHAPDELAINE
     « Interroger le silence : entre roman et blog chez Naomi Fontaine »

Dans Kuessipan, Noami Fontaine ne dit pas tout : « Bien sûr que j’ai menti, que j’ai mis un voile blanc sur ce qui est sale. » Le silence est, dans les terres du Nord, une façon puissante de communiquer. Ce qu’on ne dit pas devient langage. Dans son blog, Fontaine semble dire plus, du moins elle le fait plus crûment, sans voile blanc cette fois-ci. Je propose donc d’interroger la forme et la fonction de ces deux genres littéraires distincts afin de démontrer qu’ils font partie d’une seule et même œuvre.

  • Jennyfer Chapdelaine m’intéresse en particulier à la perte de notre identité métissée au Québec et aux conséquences culturelles qui découlent de cette fracture identitaire. Cette amnésie collective me fascine grandement, et j’œuvre, à travers mon projet de maîtrise en recherche-création, à réhabiliter une partie de cette mémoire dépeuplée.

14 h 30 Pause

14 h 45 Repenser l'histoire

Présidente de séance : Elizabeth Caron

  • Rémi CHIASSON-VILLENEUVE,
    « Pour une autohistoire de la conquête de Mexico par Yves Sioui Durand »

  • Dans sa pièce de théâtre La conquête de Mexico, Yves Sioui Durand nous offre une nouvelle version de la conquête de Mexico par Hernán Cortés et ses hommes. Il repense l’épisode historique à partir du point de vue des Aztèques pour témoigner de la souffrance qu’a causée la colonisation à leur peuple et plus largement à tous les Amérindiens d’Amérique. Pour ce faire, il donne une tribune à ceux qui n’en ont pas eu ; il se base sur le Codex de Florence et les récits aztèques de la Conquête pour donner la parole à ceux qui ont souffert. Par son geste, il se place dans une position politique qui vise à nous montrer l'autre côté de la médaille : nous ne pouvons demeurer impassible face à la violence qu’a engendrée la colonisation espagnole, ou la colonisation au sens large.

  • Étudiant à la maîtrise en études littéraires à l’UQAM et récemment impliqué au Bloc québécois et à Option nationale, Rémi Chiasson-Villeneuve s’intéresse aux liens qui existent entre la politique et la littérature. Pour son projet de mémoire, il travaillera notamment sur la construction de l’ennemi dans les romans policiers hispano-américains ; ce qui fait qu’il ne pouvait pas passer à côté d’un sujet comme la réécriture de la conquête de Mexico.
  • Alexandre SIROIS
    « Pour une autodétermination amérindienne chez Gord Hill : entre réappropriation historique et résistance politique »

  • Dans sa globalité, l’œuvre artistique de Gord Hill se trouve portée par l’engagement et la résistance politique. Ses bandes dessinées, noyau de son œuvre (The 500 Years of Resistance, The Anticapitalist Resistance), représentent un acte hautement symbolique pour l’autodétermination amérindienne. Sans équivoque, la réécriture de l’histoire amérindienne chez l’auteur s’effectue au prisme d’un militantisme anticolonial et anticapitaliste. Dans son essence, la forme graphique employée constitue une intervention visant à renverser une histoire ayant toujours été écrite par le colonisateur européen. La réécriture historique dans 500 YOR reste un défi de taille puisqu’elle demeure avant tout graphique et couvre une période de plus de cinq siècles sur la vaste étendue territoriale des Amériques. La mémoire graphique, chez Hill, est bien sûr sélective. Elle cherche à restituer une vérité historique souvent ignorée ou mise sous silence par l’enseignement historique proprement eurocentriste. Il s’agira de voir comment la démarche de l’auteur cherche à contrebalancer une écriture historique dominée par les colonisateurs européens depuis leur arrivée sur le continent. De cette manière, les représentations graphiques de Hill contrecarrent tout stéréotype et mettent en lumière l’agentivité des Premières Nations par le truchement d’événements historiques de résistance amérindienne. En ce sens, l’auteur cherche à déconstruire certains mythes et idées reçues en s’engageant dans un processus de dévictimisation. Son travail met à l’avant-plan une résistance « guerrière » en refusant toute passivité politique à travers l’histoire passée et celle à venir.

  • Candidat à la maîtrise en études littéraires à l’UQAM, Alexandre Sirois se penche sur l’étude de l’ironie à travers La vie littéraire de Mathieu Arsenault (2014) pour son projet de mémoire. En outre, il s’intéresse depuis toujours aux cultures amérindiennes, à leur histoire et à leur représentation dans la culture populaire.
  • Jérémy BLANCHETTE-FLEURQUIN,
    « L’autochtonie dans l’espace vidéoludique : vers une démocratisation des cultures autochtones dans la culture populaire »

  • Les artistes autochtones utilisent de plus en plus les nouvelles technologies pour diffuser leur art. Certains utilisent les réseaux sociaux, les blogues… en fait, tous les moyens sont bons pour rejoindre le public. À l’intérieur de cette sphère technologique se glisse le jeu vidéo. Ce médium permet au joueur de prendre place à l’intérieur de la narration, comme aucune autre forme d’art ne peut le faire. Never Alone (Kisima Ingitchuna) est un jeu vidéo sorti en novembre 2014 sur PC, MAC et consoles de salon. Conçu par les développeurs d’Upper One Games, en collaboration avec des raconteurs et des aînés du peuple iñupiaq, Never Alone est le premier jeu vidéo développé par une équipe entièrement autochtone. Le jeu nous plonge dans une aventure originale, fortement inspirée par les mythes iñupiat et, dans certains cas, de faits vécus par des membres de la communauté. Le joueur contrôle une jeune fille du nom de Nuna et son compagnon Fox, un petit renard polaire. Never Alone, par sa forme vidéoludique, facilite l’échange culturel vers le public allochtone en plus de préserver et de diffuser la culture orale du peuple iñupiaq. De plus, en faisant appel aux théories psychosociales sur l’identification du sujet, il sera possible de montrer comment la fusion identitaire entre le protagoniste et le joueur sensibilise ce dernier à la cause autochtone.

  • Jérémy Blanchette-Fleurquin est étudiant à la maîtrise en études littéraires à l’UQAM. Suivant le cours donné par Daniel Chartier au baccalauréat sur les littératures nordiques à l’automne 2015, il s’est découvert une passion pour les littératures autochtones. Son mémoire, sous la direction de Daniel Chartier, portera sur le genre fantastique dans les littératures autochtones.

16 h 15 Fin de la journée du colloque


17 h 30 Lancement collectif du CRILCQ

Coquetel et lancement collectif organisé par le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ) pour l’ensemble des publications de ses membres

Les participants du colloque sont les bienvenus, à la Librairie Le Port de tête, située au 262, avenue du Mont-Royal Est.

VENDREDI 21 AVRIL 2017

Salle J-4425, pavillon Judith-Jasmin de l'UQAM

9 h 30 Accueil

10 h 00 La problématique de l'identité

Présidente de séance : Myriam St-Gelais

  • Anaïs SAVIGNAC,
    « “Je suis la lumière” : héritage d’Aqqaluk Lynge et désillusion dans Je ferme les yeux pour couvrir l’obscurité de Kelly Berthelsen »

Je ferme les yeux pour couvrir l’obscurité, de Kelly Berthelsen, peut être envisagé comme un recueil porte-parole d’une jeune tendance dans la littérature groenlandaise, et qui répond aux romans utopistes et à la poésie militante fondateurs de cette littérature. L’œuvre de Berthelsen apparaît donc, sous certains aspects, comme antithétique de celle d’Aqqaluk Lynge, poète dont l’œuvre est recueillie dans Des veines du cœur au sommet de la pensée : poèmes (1970-2008). Si Lynge écrit une poésie militante aux traits post-coloniaux, et qui insiste sur le pouvoir du collectif, son héritier, Berthelsen, met un bémol au fantasme de la préservation de la culture groenlandaise par l’union du peuple et construit dans ses nouvelles un univers où la solitude règne. Il met en place un narrateur cynique et désillusionné face à ses contemporains, paraît tantôt happé par l’aliénation collective, tantôt révolté, mais toujours lucide. La mise en relief des deux œuvres permet de remarquer, du représentant d’une génération à celui de la suivante, un passage du militantisme convaincu à une ironie désabusée, et de la valorisation du collectif à l’élan vers l’individualité.

  • Anaïs Savignac fait sa maîtrise à l’UQAM sur la construction du sujet écrivant féminin en négociation avec les impératifs religieux à l’œuvre dans l’histoire du Canada français. Elle aime les reliques, les montagnes et rêve d’apprendre le latin. Elle a adopté pour héroïne et modèle Marie de l’Incarnation.
  • Camille CORNELLIER,
    « L’identité métisse dans une trilogie pour adolescents de Michel Noël : Journal d’un bon à rien, Le cœur sur la braise et Hiver indien » 

La question de l’identité métisse occupe une place particulièrement importante dans l’œuvre de Michel Noël. Dans le cadre de ce cours sur « Les littératures amérindiennes et inuites », je me propose d’étudier cette question dans une trilogie pour adolescents de Noël composée des romans Journal d’un bon à rien, Le cœur sur la braise et Hiver indien. Cette présentation se propose de dresser un portrait de l’identité métisse dans ces romans afin d’interroger cette position particulière qui est celle de l’entre-deux culturel. Pour ce faire, nous étudierons la question sous plusieurs angles et interrogerons le choix du roman pour adolescents.

  • Camille Cornellier est étudiante à la maîtrise en études littéraires à l’UQAM.
  • Elizabeth CARON
    « Les mots intimes de Marie-Andrée Gill »

Dans les poèmes de Marie-Andrée Gill, l’intime côtoie le collectif dans une proximité déroutante. Le motif de l’intimité fait des recueils de cette auteure un œuvre qu’on pourrait être tenté de considérer comme moins politique, car plus axé sur l’individualité. Pourtant ce motif, tel qu’il se présente dans la poésie de Marie-Andrée Gill, ainsi que dans l’œuvre d’autres jeunes auteures innues, provoque de nombreux questionnements. La présence de l’intimité serait-elle un signe de l’évolution des littératures amérindiennes de langue française au Québec ; un indice de l’émancipation des communautés ayant vécu la réalité des pensionnats ; ou encore une façon de répondre aux violences perpétrées envers les femmes autochtones dans la récente actualité ? La communication proposée abordera l’impact du motif de l’intimité dans les recueils Béante et Frayer, à la lumière des textes d’Emma LaRocque sur les discours de résistance, ainsi que des écrits de Jo-Ann Episkenew concernant le rôle des artistes dans une guérison collective.

  • Elizabeth Caron est étudiante à la maitrise en études littéraires à l’UQAM. Originaire de Montréal, elle s’est toujours intéressée aux expériences qui ouvrent son quotidien à l’inconnu, que ce soit les voyages ou la littérature. En ce sens, les productions culturelles des communautés autochtones animent particulièrement son intérêt.

11 h 30 Dîner libre 

13 h 00 LA TRANSMISSION CULTURELLE ET GÉNÉRATIONNELLE

Présidente de séance : Cassandre Henry

  • Mariane MÉNARD
    « La transmission intergénérationnelle dans Sanaaq de Mitiarjuk Nappaaluk »

Mitiarjuk Nappaaluk a commencé à écrire Sanaaq dans les années 1950, alors que l’écriture comme mode de communication était très peu répandue dans les cultures inuites. Nous aborderons son œuvre sous l’angle d’une transmission intergénérationnelle qui se présente de deux manières. La première est perceptible dans le récit et dans les événements et actions qui y sont décrits. Les protagonistes sont influencés par la vision du monde, par les histoires et par les connaissances des aînés. La seconde manière concerne le texte lui-même, sa valeur documentaire et son pouvoir de transmission des savoirs. Toutefois, ce second angle de transmission pose problème, puisqu’il demande que l’on considère le contexte d’écriture de Sanaaq et que l’on s'interroge sur les motivations de l’auteure. D’abord commandé par un missionnaire, le texte inachevé est découvert par un anthropologue qui encourage l’auteure à compléter son travail afin d’en faire son objet d’étude. Ces conditions particulières d’émergence de Sanaaq influent sur notre perception de la transmission au cœur du récit. Que transmet l’auteure et à qui le transmet-elle ? Pour qui écrit-elle ? Ces questions demeurent centrales dans notre analyse.

  • Étudiante à la maîtrise en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal, Mariane Ménard  s’intéresse à la littérature régionale d’Abitibi-Témiscamingue et à son institutionnalisation. Outre ses occupations académiques, elle collabore activement à la revue L’esprit libre en tant que co-responsable du comité de rédaction. 
  • Éloïse AUDET-CLOUTIER,
    « L’hétérogénéité mémorielle dans les romans L’amant du lac et L’enfant hiver de Virginia Pésémapéo Bordeleau »

Mon projet de séminaire est consacré à la notion de mémoire. Il est ici question d’une mémoire complexe, puisqu’elle est collective et individuelle. Je pars de l’hypothèse que l’écriture de Pésémapéo Bordeleau est une mise en récit du trauma et du deuil dans une perspective de guérison. L’auteure compose pour se retrouver et se réaffirmer. Le récit du roman L’amant du lac se situe dans le passé, avant les pensionnats pour Autochtones. Cependant, la rencontre avec le colonisateur a déjà laissé ses traces. La mémoire se construit dans un rapport à l’Autre. L’enfant hiver aborde plutôt les violences personnelles associées ici à la famille. L’écriture est parfois un outil stratégique, politique, ou même social. Je m’intéresse notamment à la façon dont l’auteure emprunte la langue de l’Autre pour exposer les injustices, mais également pour se réapproprier l’Histoire et sa propre histoire. Ensuite, la mise en récit de l’expérience traumatique occupe la deuxième partie de mon travail. J’introduis, entre autres, la notion de « postcolonial traumatic stress response » proposée par Jo-Ann Episkenew. Pour terminer, je montre la façon dont Pésémapéo Bordeleau enclenche son propre processus de deuil et de guérison à travers l’écriture.

  • Éloïse Audet-Cloutier est étudiante au deuxième cycle en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal sous la direction de Daniel Chartier. Elle s’intéresse aux littératures autochtones d’expression française. Son mémoire de maîtrise porte sur l’identité et la mémoire dans les romans L’amant du lac et L’enfant hiver de Virginia Pésémapéo Bordeleau.
  •  Patrice VIAU,
    « Portrait de l’artiste en chaman : médiation et réconciliation dans Arctic Dreams and Nightmares d’Alootook Ipellie »

Le recueil de nouvelles Arctic Dreams and Nightmares d’Alootook Ipellie est une curieuse œuvre protéiforme, l’illustration rencontrant l’autobiographie, la satire et l’unikkaaptuat (légende inuite). Les récits qui le composent sont inspirés à la fois de la tradition orale inuite et des figures mythiques occidentales. Le narrateur principal, un puissant chaman, y joue un rôle de trickster en servant de médiateur entre la culture euroaméricaine et celle des Inuits. Ce personnage devient un double de l’auteur, lui-même à cheval entre deux cultures, qui lui permet de confronter les points de vue et de faire entendre la voix des habitants du Nord aux qallunaat, aux Blancs. L’actualisation des mythes montre le qanuqtuurnit, la capacité d’adaptation des Inuits. Un jeu d’intertextualité inspiré des ikiaqtagait (vieilles chansons auxquelles des interprètes contemporains ajoutent de nouveaux mots) sert d’outil de réappropriation culturelle dans le contexte colonial de l’Arctique canadien et permet de prévenir la tradition inuite de l’oubli. Suivant cette hypothèse, le narrateur-chaman, tout en accomplissant des exorcismes et des médiations dans le récit, contribue également à la réconciliation entre son lectorat et la culture inuite et entame ainsi un processus de guérison à la fois politique et culturel.

  • Patrice Viau est actuellement étudiant à la maîtrise en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal. Attiré par les littératures de la marge, il s’intéresse à l’imaginaire des Autochtones d’Amérique du Nord et à leurs mécanismes narratifs. Ses recherches portent actuellement sur l’œuvre d’Alootook Ipellie et la poétique inuite.

14 h 30 Pause

14 h 45 L'autobiographie

Président de séance : Maxime Leblond

  • Caroline DONAT, « La loi sous la plume de Taamusi Qumaq »

Avec Je veux que les Inuit soient libres de nouveau. Autobiographie (1914-1993), Taamusi Qumaq offre un récit marqué par les bouleversements que les Inuits ont vécus au cours du XXe siècle, dont il témoigne pour en avoir fait lui-même l’expérience. L’auteur, connu comme l’un des grands contributeurs à la pensée et à la culture inuites du Nunavik, donne notamment à lire dans ce texte un discours riche et détaillé sur la loi, entendue au sens le plus large. L’analyse de la représentation de la loi et de la rhétorique de Taamusi Qumaq dans cette œuvre est au cœur de la recherche proposée, laquelle s’appuie également sur les ouvrages de référence Les traditions liées au droit coutumier au Nunavik (Lisa Q. Koperqualuk) et Interviewing Inuit elders. Perspectives on traditional law (Mariano Aupilaarjuk et al.). Cette mise en perspective de l’œuvre avec des textes théoriques permettra d’interroger la place du récit dans le droit traditionnel inuit et contribuera à préciser le sens et le rôle de l’écrit autobiographique de Qumaq. La réflexion entreprise conduira à questionner les contours mêmes de la notion générique d’autobiographie, dès lors qu’elle est mise en rapport avec la culture et l’écriture inuites.

  • Juriste de formation, Caroline Donat est étudiante à la maîtrise en études littéraires à l’UQAM sous la direction de Daniel Chartier. Elle s’intéresse notamment aux rapports entre droit et littérature, un sujet que l’étude des littératures amérindiennes et inuites vient éclairer de manière singulière.
  • Lucie AMIR
    « Témoigner pour les siens ou s’inscrire dans l’histoire ? Histoire et ethos littéraire dans le projet autobiographique d’Eddy Weetaltuk »

Travaillée sur plusieurs décennies, écrite en collaboration avec le sociologue Thibault Martin et publiée en 2005, l'autobiographie d'Eddy Weetaltuk, homme inuk originaire des îles de la baie James et vétéran de la guerre de Corée, s'ambitionne tout à la fois comme un récit de soi et une contribution à l'Histoire, comme un témoignage de soldat et une leçon de vie, comme un guide à destination des jeunes générations d'Inuits et comme un best-seller. L'ambiguïté du projet est le symptôme d'une négociation constante entre la volonté de porter une voix dans le monde occidental et l'importance de s'adresser aux membres de sa communauté. Cette réflexivité de l'auteur sur la portée de son écriture informe le récit ; elle entre en tension avec la dimension documentaire du témoignage en ceci qu'elle construit un ethos d'écrivain qui, comme l'évoque Thibault Martin, conduit parfois à des approximations historiques. Mais c'est dans cette tension entre histoire et récit, dans cette projection d'un coup de force littéraire au sein même du projet historique, dans l'autorité morale et littéraire qu'Eddy Weetaltuk se construit, que réside l'intérêt littéraire du texte, dans la mesure où celui-ci accomplit un acte narratif tout à fait singulier qui porte, de manière latente, un discours sur la littérature. Cette posture d'écrivain vaut la peine d'être étudiée d'un point de vue narratif et rhétorique.

  • Élève de l’ENS de Lyon bénéficiaire d'une formation française très académique, Lucie Amir participe au programme de maîtrise de l'UQAM et au séminaire sur les littératures amérindiennes et inuites dans le souci d'élargir sa conception et sa connaissance des littératures de langue française. Sa recherche sur la représentation de la police dans le polar l'a rendue sensible à la trajectoire d'Eddy Weetaltuk dans l'armée.

15 h 45 Mot de clôture

16 h 00 4 à 7 Bar Le Saint-houblon, 1567, rue Saint-Denis

 

 

 

Publié le 8 février 2017 par Isabelle Tousignant

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