Table ronde exploratoire sur les lieux communs de la culture québécoise

Table ronde
Université de Montréal

Micheline Cambron (CRILCQ, Université de Montréal) et Ollivier Hubert organisent une table ronde autour des lieux communs de la culture québécoise le 17 mai 2019 à l’Université de Montréal (pavillon Lionel-Groulx, local C-2059). 

La représentation de l’histoire du Québec carbure largement à un certain nombre de lieux communs, au sens qu’Aristote donne à ce mot : des idées jugées vraies par la collectivité et sur lesquelles s’appuient les argumentations.  Certains de ces lieux communs semblent quasi impossibles à déloger, malgré l’accumulation des travaux qui s’évertuent à les déboulonner. Énumérons-en quelques-uns : l’homogénéité sociale et culturelle du Bas-Canada ; le manque d’intérêt des Québécois pour l’éducation ; la pauvreté des liens avec la France depuis la cession de la Nouvelle-France jusqu’à l’arrivée de la Capricieuse ; la médiocrité de la vie intellectuelle et de la littérature du XIXsiècle, décrite comme ennuyeuse. Le XXsiècle n’est pas en reste avec, placé en son centre épistémologique, la fracture irrémédiable entre la « grande noirceur » et « la Révolution tranquille ». Pensons encore, par exemple, à l’idée selon laquelle les Québécois seraient pacifistes, ou à celle qui consiste à croire qu’ils entretiendraient avec les populations autochtones une forme particulière de proximité. Ces lieux communs, vérités prêtes à penser, constituent peut-être de véritables verrous qui empêchent le développement d’une réflexion critique sur le passé et les manières qu’on a eu de le raconter. Mais ils sont aussi les aiguillons de la pensée critique. 

Nous proposons d’examiner la construction et le fonctionnement de ces lieux communs dans la longue durée et de réfléchir également, dans une perspective théorique, à la manière dont ces lieux communs configurent plus largement notre rapport au savoir et à la mémoire.  

Une première table ronde accueillera des interventions brèves visant à la fois à identifier les lieux communs de la culture québécoise et à esquisser à leur propos l’un ou l’autre ou plusieurs des aspects suivants : leur origine, leur circulation, leur structure narrative, leur statut, leurs effets épistémologiques. Nous recevrons également des esquisses de réflexions sur ce que Christian Jacob nomme l’anthropologie des pratiques savantes : quels liens nos pratiques disciplinaires créent-elles entre preuves (les peu utiles pragmata d’Aristote) et lieux communs ? entre enseignement et lieux communs ? entre la fabrication des récits savants et les lieux communs ? Nous souhaitons que cette table ronde soit l’occasion d’explorer les lieux communs, et leur dimension heuristique, tels qu’ils s’offrent à nous dans les diverses pratiques épistémologiques qui sous-tendent — ou meuvent — la culture québécoise. Les interventions devront être courtes afin de favoriser la discussion (5 ou 10 minutes). Nous espérons que cette table ronde permette de dégager des orientations de recherche pour des échanges et des travaux à venir.

Publié le 13 mars 2019 par Caroline Villemure

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