
Dans cette communication, l’auteure examine la nordicité telle qu’elle prend forme dans quelques textes de voyage français du XIXe siècle postérieurs à 1815 (récits de voyage proprement dit ou œuvres de fiction basées sur une expérience personnelle d’un espace donné). En confrontant les textes des auteurs comme Jean-Jacques Ampère, Xavier Marmier ou Arthur de Gobineau, qui ont laissé des relations de voyage dans le Nord européen aussi bien qu’américain, elle se propose de dégager certaines constantes discursives et anthropologiques de la représentation littéraire du Nord pour voir si et dans quelle mesure celle-ci se construit indépendamment du référent géographique. Serait-il possible de parler d’un chronotope nordique dans les textes en question? Le Nord en tant que métaphore politique ou philosophique (liée par exemple à la dichotomie nature/culture) change-t-il de signification selon le territoire qu’il est censé désigner?
Maria Walecka-Garbalinska est maître de conférences habilitée à la direction de recherches au Département de français et d’italien à l’Université de Stockholm. Elle est spécialisée en littérature comparée, en relations culturelles franco-suédoises et en romantisme français. Elle a publié de nombreux articles et chapitres d’ouvrages dont « Les Suédois sur le Boulevard du Crime. L’inscription d’un stéréotype national dans le théâtre populaire du XIXe siècle » (Örebro Universitetsbibliotek, 2004), « Les poèmes en prose de Jules Lefèvre-Deumier. Théorie de la poésie et pratique de la prose » (Champion, 2003) et « La reine Christine entre la tragédie et le mélodrame. L’inscription d’un imaginaire suédois dans deux textes dramatiques d’une période de transition » (Almqvist & Wiksell International, 2002).
Sous le patronage du roi Louis-Philippe 1er, des scientifiques français explorent et étudient le Nord de la Scandinavie et le Spitzberg. La mission de cette expédition est de rassembler un maximum de connaissances sur ces régions encore très mal connues. Parmi les membres de l’équipe figurent Xavier Marmier, spécialiste de la littérature scandinave et voyageur aguerri, et Léonie d’Aunet, jeune Parisienne de dix-neuf ans qui accompagne son futur époux, peintre de l’expédition. Chacun d’eux a publié le récit de leurs tribulations dans ces contrées arctiques et c’est à travers leurs textes que nous nous proposons de voir comment ils ont perçu et décrit le Nord. Comment l’imaginent-ils avant et après leur voyage? Qu’ont-ils choisi de raconter pour présenter le Nord à leurs lecteurs?
Amilcare Cassanello est né en France en 1962 et vit en Norvège depuis 1986. Il a étudié les langues scandinaves, l’italien et le français à l’Université de Bergen, en Norvège. Depuis 1994, il enseigne la littérature et la civilisation françaises à l’Université de Tromsø, dans le Nord de la Norvège. Il travaille parallèlement à une thèse de doctorat autour de l’œuvre de Michel Tremblay et s’intéresse également à la littérature québécoise et aux divers aspects de la littérature du Sud-Est de la France (Provence).
Les Espagnols se sont intéressés dès le XVIe siècle à la côte nord du Pacifique et, très particulièrement, ils ont cherché – de même que les Français et les Anglais – le « passage du Nord-Ouest » qu’on appelait souvent le « détroit d’Anián » à partir de certains récits de voyage. Les représentations de cet espace, qui ont été nourries par des légendes et même par la littérature espagnole du XVIe siècle, évoluent au XVIIIe siècle, période où, dans le cadre des idées et des préoccupations de l’Espagne de l’Illustration, on organise des expéditions vers la côte nord-ouest de l’Amérique. Les récits de découvreurs et d’explorateurs tels Alejandro Malaspina, Francisco Antonio Mourelle de la Rúa ou Tomás de Suria reflètent un regard ethnographique sur cet espace.
Carmen Mata Barreiro est titulaire d’un doctorat en philologie française de l’Université Complutense de Madrid. Elle est professeure titulaire à l’Universidad Autónoma de Madrid. Ses recherches portent sur la civilisation française et francophone (identité et altérité dans le récit de voyage et la littérature migrante, ville et immigration) et sur l’écriture des femmes. Elle a publié des livres en Belgique et en France, et est l’auteure de nombreux articles, parus dans divers pays. Elle a participé, au Québec, aux ouvrages collectifs Ville imaginaire/Ville identitaire. Échos de Québec (1999), Les identités urbaines. Échos de Montréal (2003). Elle est membre du Comité scientifique international de la revue Recherches sociographiques et membre du Conseil d’administration de l’Association internationale des études québécoises.
L’oeuvre d’Aritha van Herk manifeste le souci d’allouer aux femmes un espace différent de celui des hommes. Dans son roman No Fixed Address. An Amorous Journey, l’auteure met en avant la quête de sa protagoniste Pícara, Arachne Manteia, d’un espace où elle peut se forger un territoire à l’image de ses désirs et trouver la liberté. Ayant parcouru l’Ouest dans sa vieille Mercedes comme représentante commerciale d’une firme de sous-vêtements féminins et subverti les modèles masculins des westerns, Arachne fait une incartade surréaliste dans le Nord. Inaccessible, échappant aux constructions rationnelles de la pensée, le Nord offre un site vierge, « the ultimate territory », où Arachne peut disparaître tout en laissant sa signature par le biais de son stock de sous-vêtements colorés qu’elle éparpille dans le paysage. Loin de créer une carte typographique précise, ces traces contribuent au caractère mobile, incertain et indéfinissable de l’espace du Nord. L’Arctique acquiert ainsi un statut imaginaire où la femme peut se perdre ou forger sa propre identité mouvante, évasive, marquant sa dissension et sa différence.
Danielle Schaub est née à Kuala Belait, dans le Sultanat de Brunei et a été élevée aux quatre coins du monde, apprenant ainsi plus d’une langue. Elle a enseigné à l’Université de Cambridge, en Angleterre, et à l’Université Libre de Bruxelles avant de se joindre au Département d’anglais d’Oranim, en Israël, où elle enseigne entre autres la littérature canadienne. Parmi ses livres, l’on compte Mavis Gallant (1998), Mapping Canadian Cultural Space. Essays on Canadian Literature (2000), Identity, Community, Nation. Essays on Canadian Literature (2002) et prochainement Reading Writers Reading. Canadian Authors’ Reflections (2004). Elle travaille présentement sur un livre traitant des représentations spatiales de l’identité féminine et des traumatismes dans la littérature canadienne.
Le tourisme polaire est l’un des nombreux produits alternatifs offerts aux vacanciers qui rêvent de sortir des sentiers battus. Les régions polaires, souvent mal connues et perçues comme un univers un peu flou, se trouvent non seulement aux limites de la géographie mais aussi aux confins de l’imaginaire. Offrant un mélange de dépaysement, d’émotions et d’aventures, le tourisme polaire repose d’abord et avant tout sur l’interaction des voyageurs avec des sites dits de « nature sauvage ». Or, qu’est-ce que la nature sauvage, sinon un concept en opposition au monde urbain et à sa modernité, construit au fil du temps et soumis à diverses influences? Cette communication explore l’intérêt que manifestent les touristes qui choisissent une destination polaire comme lieu de villégiature. L’auteur trace le portrait des régions polaires tel que présenté aux touristes de croisières à travers l’information de voyage et compare ensuite l’image qu’en ont les touristes.
Alain A. Grenier complète son doctorat en sociologie à l’Université de la Laponie, en Finlande. Ses recherches portent sur les relations entre l’être humain et la nature, via le prisme du tourisme de croisières polaires en Arctique et en Antarctique. Il enseigne le tourisme de la nature à la Polytechnique de Rovaniemi et a publié deux livres sur le sujet, soit Ship-Based Polar Tourism (1998) et Tourisme polaire dans le Passage du Nord-Est (2003). Sa thèse de doctorat, « The Nature of Nature Tourism », sera publiée en mai 2004. Il s’intéresse aussi à la construction de l’image des régions polaires. Originaire de Québec, Alain A. Grenier a vécu au Yukon et effectué des séjours de longue durée en Antarctique et en Russie. Il habite en Laponie finlandaise depuis huit ans.
Dans la réflexion sur le Nord, diverses approches comparatistes ont montré que le Nord apparaît comme le point déterminant d’une géographie imaginaire à partir duquel se révèlent des aspects inconnus des êtres et des choses. Afin d’enrichir ces études, cette communication développe une nouvelle approche de l’appréhension du Nord, en s’intéressant à l’exotisme que peut manifester ce lieu. L’auteur de la communication s’attarde à une forme romanesque particulière qu’il nomme le « voyage rétrospectif » par le biais du roman Die Schrecken des Eises und der Finsternis de Christof Ransmayr. Prenant pour sujet une expédition du XIXe siècle vers les régions arctiques, l’œuvre de Ransmayr relève d’une métafiction du voyage inspirée par l’attrait du Grand Nord, permettant une réflexion littéraire sur ce qui peut encore échapper aux conventions du périple de masse.
Jean-Marc Moura est directeur du Centre de recherche en littérature générale et comparée et professeur de littérature comparée à l’Université Charles-de-Gaulle-Lille III. Il est reconnu internationalement pour ses travaux sur l’imagologie et l’exotisme littéraire. Il a notamment publié Lire l’exotisme (Dunod, 1992), La littérature des lointains. Histoire de l’exotisme européen au XXe siècle (Champion, 1998), Littératures francophones et théorie postcoloniale (PUF, 1999) et Le Nord, latitudes imaginaires. Actes du XXIXe congrès de la Société française de littérature générale et comparée (avec Monique Dubar, Presses universitaires de Lille, 2001).
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