
De l’entre-deux guerres – période pendant laquelle Maurice Constantin-Weyer (1881-1964) publie ses romans canadiens – aux années 1980 – où commence et s’achève le cycle du Royaume du Nord de Bernard Clavel (1923-), on peut noter à la fois des rémanences et des contrastes dans l’image du « Grand Nord canadien » véhiculée par ces deux auteurs à succès. Cette communication porte sur les principales dimensions des « chronotopes nordiques » façonnés par ces deux romanciers français qui, en raison notamment de leur audience populaire, sont souvent exclus du champ de la valeur littéraire par la critique universitaire. L’auteur tente d’expliquer, en tenant compte des contextes de production et de réception, ce qui fait la force et l’impact des écrits de Constantin-Weyer et de Clavel et défend l’utilité d’une étude comparée, auprès de lecteurs concrets, de la réception en France et au Québec des romans en question.
Gérard Fabre est docteur d’état en Lettres et sciences humaines, actuellement chercheur titulaire au Centre national de la recherche scientifique, à Paris. Il est affecté au Centre d’étude des mouvements sociaux (École des hautes études en sciences sociales, Paris). En 1994-1995, il a été professeur invité au Département de sociologie de l’Université Laval. Il a notamment publié Échanges intellectuels entre la France et le Québec, 1930-2000. Les réseaux de la revue Esprit avec La Relève, Cité libre, Parti pris et Possibles (Presses de l’Université Laval et L’Harmattan, 2004), Pour une sociologie du procès littéraire. De Goldmann à Barthes en passant par Bakhtine (L’Harmattan, 2001) et Épidémies et contagions. L’imaginaire du mal en Occident (Presses universitaires de France, 1998).
L’ours blanc et la dépouille humaine constituent deux symboles distincts d’une représentation conventionnelle du Grand Nord en littérature. Figure animale privilégiée dans le discours sur le Nord, l’ours blanc est associé à un contexte mythique qui présente fréquemment l’animal à travers une dimension anthropomorphique. Témoignage macabre des dénouements dramatiques de nombreuses expéditions arctiques, découverte presque intacte parfois plus d’un siècle après la tragédie, la dépouille humaine possède une signification particulière dans le contexte littéraire nordique. Elle heurte l’imaginaire en matérialisant la menace constante que fait peser la mort sur le héros nordique. Dans la série de courtes fictions les Racontars arctiques de Jørn Riel, les symboles de l’ours blanc et de la dépouille humaine subissent des traitements singuliers qui participent à un mouvement global de distanciation critique face à une représentation traditionnelle du Grand Nord en littérature.
Joë Bouchard est étudiant à la maîtrise en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal. Son mémoire de maîtrise, pour lequel il reçoit le support du CRSH, est réalisé sous la direction de Daniel Chartier. Il porte sur les problématiques de l’imaginaire nordique et de l’exotisme littéraire dans les Racontars arctiques, série de courtes fictions de l’auteur danois Jørn Riel. Joë Bouchard bénéficie du soutien du FQRSC pour entreprendre un doctorat portant sur la « nordification » des paysages dans les romans des écrivains émigrés au Québec au XXe siècle.
Depuis ces dernières années, plusieurs essais ont établi des liens entre la littérature et la musique, et l’étude des relations entre ces deux arts semble désormais faire partie de la littérature comparée. Bien que la musique ne soit pas porteuse d’un récit en tant que tel, les analogies que l’on peut établir entre les références musicales et l’œuvre littéraire ne sont pas forcément subversives : dans de nombreux textes littéraires, les relations entre les références musicales et l’œuvre littéraire reposent sur des éléments concordants qui donnent un surplus de signifiance au texte littéraire. Dans L’Oratorio de Noël du Suédois Göran Tunström et les Chroniques du Plateau Mont-Royal de Michel Tremblay par exemple, la musique est positivement connotée et elle permet aux personnages de pallier les insatisfactions du réel. Cette communication porte sur la façon dont la musique permet à Sidner et Marcel, deux personnages-clés du corpus étudié, d’évoluer, et parfois même de survivre, dans un quotidien marqué par la tristesse et l’angoisse. Par un réseau de métaphores, de descriptions et d’évocations, ces textes attribuent tous deux un caractère mélioratif à la musique, laquelle fait contrepoids à la réalité.
Amélie Nadeau est étudiante à la maîtrise en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal et travaille sous la direction de Daniel Chartier. Son mémoire porte sur l’univers musical et le passage de la réalité au rêve dans L’Oratorio de Noël de Göran Tunström et Les Chroniques du Plateau Mont-Royal de Michel Tremblay. Elle est coordonnatrice du Laboratoire international d’étude multidisciplinaire comparée des représentations du Nord (dirigé par Daniel Chartier) et auxiliaire d’enseignement au Certificat en français écrit pour non-francophones à l’École de langues de l’Université du Québec à Montréal. Elle entreprendra un doctorat sur l’image littéraire des femmes dans les espaces nordiques.
En explorant la relation entre l’espace géographique et le son, l’auteur de cette communication tente de cerner ce qu’il y a de proprement suédois dans les réalisations phonographiques issues de la Suède. Après une critique des tentatives antérieures pour expliquer le succès de la musique populaire en Suède, il propose une approche alternative qui place la réalisation et le réalisateur au cœur de la réflexion. Ce modèle permet de rendre compte des pratiques communes de réalisation phonographique suédoise de ABBA à nos jours, tout en les reliant, dans certains cas, avec des mécanismes culturels plus larges. L’auteur procèdera à une analyse du son prétendument « polaire » traditionnellement attribué à la Suède, caractéristique d’une certaine esthétique de réalisation. Il sera ainsi possible de proposer de nouvelles idées concrètes sur ce que pourrait constituer une sonorité typiquement suédoise. Ces propositions prennent appui sur une analyse comparative de deux versions (l’une suédoise, l’autre américaine) d’une même chanson, soit « Overprotected » (2001) de Britney Spears, qui permettra éventuellement d’isoler certaines caractéristiques musicales associées à la tradition de réalisation phonographique suédoise.
Mark Gillespie a obtenu son baccalauréat en musique de l’Université Bishop en 2003 et poursuit présentement des études de maîtrise en musicologie de la musique populaire sous la supervision de Serge Lacasse, à l’Université Laval. En plus d’avoir présenté des communications au Canada, aux États?Unis et en Europe, Mark Gillespie a aussi travaillé comme réalisateur.
Dans cette communication, l’auteure se propose de démontrer, par quelques exemples, comment la peinture du Groupe des Sept et la peinture scandinave du tournant du XIXe siècle communiquent des ressemblances au niveau du langage pictural et esthétique. Dans cette recherche, la question est de savoir à quels niveaux ces ressemblances évidentes seront l’expression spécifique d’une certaine nordicité.
Lise Toft est docteure ès lettres de l’Université de la Sorbonne-Paris III en études canadiennes. Sa thèse porte sur la représentation des immigrants non-britanniques dans The Globe et Le Devoir de 1919 à 1929. Elle est enseignante à l’Institut des langues romanes de l’Université de Copenhague. Elle s’intéresse depuis de nombreuses années à la culture canadienne (francophone et anglophone) et plus particulièrement à l’art canadien. Elle a publié plusieurs articles sur la représentation des immigrants dans la presse canadienne.
Snöljus et La pêche blanche sont deux textes, un suédois et l’autre québécois, mettant en scène des protagonistes qui, après avoir bâti leur vie professionnelle dans le Sud, se voient obligés de faire le voyage vers leur Nord natal pour des raisons familiales. Le personnage principal de Snöljus, Per Ivar Marklund, enseigne l’histoire dans un lycée du centre de la Suède et doit partir en raison de la mort de son frère. Simon, le protagoniste de La pêche blanche, s’est installé en Californie et retourne dans le Nord québécois pour rendre visite à son frère. Pour les deux, il sera question d’une rencontre avec leur enfance, avec un territoire et avec une histoire qui aurait pu être la leur. Pourtant, la vie dans le Sud les a rendus incapables de lire cette histoire, encore moins de la raconter. Les deux textes évoquent ces tentatives d’un ancrage dans le territoire, entreprise caractérisée par le mutisme, le manque de communication et le désespoir.
Svante Lindberg est enseignant au secondaire à Stockholm. Ancien lecteur de langue et littérature suédoises à l’Université de Colombie-Britannique à Vancouver, il travaille maintenant sur une thèse consacrée à l’identité narrative dans un corpus de romans québécois du genre subjectif des années 1990 au Département de français et d’italien de l’Université de Stockholm. Sa thèse porte le titre préliminaire « Vers l’identité narrative dans le roman québécois intime de la fin du XXe siècle : attestation de soi, spatialité et altérité chez Pierre Gobeil, Lise Tremblay, Pauline Harvey et Bertrand Gervais ». Il s’intéresse notamment aux aspects comparés des littératures québécoise et suédoise.
L’objectif de la communication est d’étudier les images de la nordicité dans un texte pionnier de la littérature québécoise : Maria Chapdelaine de Louis Hémon. Le roman a été un des premiers romans québécois à se valoir une réputation internationale, en grande partie, sans doute, en raison de son caractère exotique issu de la description d’un peuple et d’une région nordiques. Dans cette communication, l’auteure esquisse un schéma de la condition nordique dans ce roman : les domaines symboliques relativement évidents (la description des conditions de vie dans le Nord), mais aussi des domaines moins visibles (l’isolement géographique et psychologique, par exemple, est-il lisible dans la langue romanesque, au niveau lexical, syntaxique ou poétique?) Un tel schéma pourrait, par la suite, servir de point de départ ou de comparaison pour l’étude de la nordicité dans un corpus plus vaste.
Katri Suhonen a terminé un doctorat en études littéraires (Université du Québec à Montréal) et une maîtrise en philologie anglaise et française (Université de Tampere et Université d’Helsinki, Finlande). Elle a enseigné la littérature scandinave à l’Université du Québec à Montréal et enseigne présentement, à titre de maître de conférences, la langue française et la linguistique à l’Université de Tampere. La littérature québécoise contemporaine et la critique du genre sexuel sont ses champs de spécialisation et un manuscrit sur le portrait de la masculinité dans la fiction féminine au Québec est en préparation. Elle a également publié quelques articles sur le sujet (entre autres, dans la revue Voix et images). À titre de boursière du Conseil international des études canadiennes, elle prépare actuellement une recherche post-doctorale sur la nordicité dans le corpus québécois.
Depuis les années 1960, le Québec s’engage dans la difficile transition d’une nation dite ethnique, basée sur l’identité des Canadiens français, vers une nation dite civique, fondée sur l’individualisme et ouverte à tous ceux qui résident au Québec, peu importe leur origine ethnique. Alors que la plupart des intellectuels s’accordent sur la nécessité de cette transition compte tenu surtout de l’immigration croissante, il existe des opinions différentes sur le degré de civisme à adopter. Ceux qui prônent un modèle strictement civique citent souvent l’exemple des pays scandinaves, où la culture et le droit sont individualistes, et où les nationalismes sont sans reproches. En prenant l’exemple de la Suède, cette communication propose de montrer que même si le civisme y constitue un élément important, la dimension ethnique n’est pas moins présente dans les représentations de l’identité nationale suédoise. De plus, la Suède est actuellement en train de redécouvrir la dimension ethnique de son identité nationale, qui a longtemps été méprisée, tout comme elle l’est toujours au Québec. L’exemple de la Suède montre que le défi qui se présente au Québec consiste non pas à évincer l’ethnique au profit du civique, mais plutôt à réconcilier les deux pôles de la dichotomie, à se montrer à la fois ouvert aux autres et fier de son noyau ethnique.
Leigh Oakes est professeur de français à Queen Mary, Université de Londres. Ses recherches portent sur les questions de langue et d’identité nationale au Québec, en Suède, en France et dans l’Union européenne. Il a publié Language and National Identity. Comparing France and Sweden (John Benjamins, 2001) ainsi que de nombreux articles dans des périodiques tels que le Journal of Multilingual and Multicultural Development, le Journal of French Language Studies et Nations and Nationalism. Grâce à une subvention du Arts and Humanities Research Board, il se consacre actuellement à un projet portant sur les questions de langue, de citoyenneté et d’identité dans le cadre de la nouvelle conception civique prônée au Québec.
L’image des Inuits relève de siècles de discours, qui la situe dans une dimension mythologique à la source de laquelle se trouvent les Hyperboréens de l’Antiquité. Alimentée par la méconnaissance des territoires arctiques et par une superposition de textes issus de diverses cultures, la figure de l’Inuit traverse les XIXe et XXe siècles, prenant sa source dans les premiers récits des explorateurs, puis dans les ouvrages encyclopédiques du XIXe siècle, les recherches ethnographiques, et finalement dans les œuvres cinématographiques, en passant par la publicité et les arts visuels. L’objectif de la présente communication est de tracer l’évolution historique de la représentation des Inuits jusqu’aux œuvres cinématographiques documentaires, ethnographiques et de fiction qui en ont permis la cristallisation et le renversement.
Daniel Chartier est professeur au Département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal et fondateur de la Revue internationale d’études québécoises, Globe. Au cours des dernières années, il a publié un essai intitulé L’émergence des classiques. La réception de la littérature québécoise des années trente (Fides, 2000), un Guide de culture et de littérature québécoises (Nota Bene, 1999), et un Dictionnaire des écrivains émigrés au Québec, 1800-2000 (Nota Bene, 2003), en plus de participer au projet d’Histoire de la vie littéraire au Québec (Presses de l’Université Laval, tome IV, 1999; tome V, 2004). Il dirige aujourd’hui le Laboratoire international d’étude multidisciplinaire comparée des représentations du Nord (FCI, CRSH, FQRSC, 2003-2009), qu’il a fondé en 2003. Il prépare dans ce cadre trois ouvrages collectifs sur l’imaginaire du Nord et les modernités amérindiennes et inuite.
La reconnaissance d’un site de gravures rupestres sur l’île Qajartalik, au large de la péninsule de l’Ungava, au Nunavik, a suscité depuis le début des années 1960 toute une série de réactions, parfois rationnelles, parfois tout à fait émotives, de la part de représentants des collectivités inuites, non inuites et même scientifiques. Le but de cette communication est de mettre en lumière, pour les commenter, ces réactions variées à l’endroit d’un lieu nordique hautement énigmatique, réactions qui traduisent aussi bien les fondements idéologiques de ces représentants que le désir de chacun de jouer sur l’imaginaire collectif propre à chaque culture.
Daniel Arsenault est professeur en patrimoines interculturels au Département d’histoire de l’art de l’Université du Québec à Montréal et chercheur au Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions (CÉLAT). Archéologue-anthropologue spécialiste des arts anciens du monde autochtone, il est aussi directeur de l’Alliance de recherche université-communauté (ARUC) des Tuniit aux Inuits, un projet portant sur les patrimoines archéologique et historique du Nunavik. Auteur de nombreux articles et communications, il vient de publier « Rock-art archaeology, landscape, and sacred places in the Canadian Shield. Attitudes in contemporary archaeological theory » et «From natural settings to spiritual places in the Algonquian sacred landscape. An archaeological, ethnohistorical, and ethnographic analysis of Canadian Shield rock-art sites » dans Landscapes of Rock Art (2004).
À la faveur du développement de l’exploration arctique au XIXe siècle apparaît dans le domaine germanophone une production iconographique diversifiée relative aux régions polaires : gravures de récits de voyage, albums de photographies, peintures composent ce large corpus de représentations du Grand Nord. Son étude permet de dégager de grands axes iconographiques récurrents, parmi lesquels celui d’une esthétique du sublime s’avère tout particulièrement caractéristique de l’imagerie polaire. En se penchant sur l’exemple de l’iconographie liée aux légendaires expéditions austro-hongroises du dernier tiers du XIXe siècle, il est possible de mettre à jour les catégories iconographiques propres à cette esthétique qui jouit dans le domaine germanique d’une tradition particulièrement forte. On analyse ainsi avec profit photographies et gravures à la lumière des définitions du sublime formulées par Kant et des paysages arctiques peints en 1823-1824 par C. D. Friedrich, exemples canoniques d’un sublime pictural. Ces deux références ont été conjuguées dans la constitution d’un imaginaire du Grand Nord comme locus terribilis tout à la fois effrayant et fascinant.
Mathilde Roussat est une ancienne élève de l’École Normale Supérieure-Lettres et Sciences Humaines et agrégée d’allemand et elle enseigne à l’Université de Paris X-Nanterre. Elle prépare une thèse de germanistique placée sous la direction conjointe de Gérard Raulet (Université de Paris IV-Sorbonne) et de Hartmut Böhme (Humboldt Universität, Berlin) qui est consacrée à la photographie ethnographique et anthropologique allemande de la fin du XIXe siècle.
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