Auteur et comédien
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Je suis acteur et auteur. Mon texte le plus récent est un monologue, Je suis d'un would be pays. J'entends dire : « l'auteur n'est pas le mieux placé pour jouer son propre texte. » J'entends dire aussi : « ce texte, il n'y a que toi qui peux le jouer, il faut que ce soit toi. » Ces affirmations qui s'opposent sont à mon sens deux faussetés ; l'une comme l'autre me posent problème. Un texte qui ne collerait qu'à la peau de celui qui l'a écrit ne peut avoir beaucoup d'intérêt en tant que texte. Par ailleurs, un auteur, s'il est acteur, devrait pouvoir prendre la distance nécessaire par rapport à ce qu'il a écrit pour l'incarner à la mesure de son talent, aussi bien que tout autre texte. Le texte qui naît de lui n'est pas lui ; être acteur, c'est devenir autre. Est-ce plus difficile d'y parvenir quand on interprète son propre texte ? Le discours sur l'acteur-auteur porte le plus souvent sur l'incarnation du texte. Mais à l'étape même de l'écriture, est-ce que le fait d'être acteur change quelque chose ? Quand j'ai écrit Louisiane Nord, j'ai senti en effet que mon travail sur la langue se nourrissait d'une conscience particulière, acquise par ma formation d'acteur, de la manière dont un interprète peut trouver ses appuis non seulement dans les enjeux d'une situation, mais aussi dans le rythme, la syntaxe même d'une phrase. Des lecteurs se sont inquiétés, avant que le texte soit monté : les personnages n'ont-ils pas tous un peu la même langue ? Sont-ils suffisamment caractérisés ? Cette inquiétude ne pouvait pas me traverser : les personnages n'ont pu naître que dans une langue qui s'est forgée avec eux. Ainsi peuvent-ils, doivent-ils exister pleinement, dans cette langue. Bien qu'acteur et auteur, je persiste à croire qu'une écriture doit naître aussi en dehors de tout souci de ce qu'il en adviendra sur scène. Ainsi, quand j'écris, je suis acteur, irrémédiablement ; et cependant je veux, absolument, que l'acteur en moi soit tenu à l'écart du territoire de l'écriture. Encore ici : affirmations qui s'opposent, mais qui sont, pour moi, deux vérités complémentaires ; deux forces à l'œuvre dans la genèse de mes textes.
Pour citer cette communication :
François Godin, « Dé/jouer le texte », Colloque L'atelier du dramaturge. Parcours génétiques du texte de théâtre contemporain, UQAM, 2 mai 2007. Communication en ligne : http://www.crilcq.org/colloques/2007/atelier_dramaturge/francois_godin.asp
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