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   Groupe de recherche sur le recueil

 

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Le fragment : repères bibliographiques

Roland Barthes, " Littérature et discontinu ", Essais critiques, Paris, Seuil, 1964, p. 175-187.

L’essai de Barthes porte sur le livre de Michel Butor, Mobile. Il explique la difficile réception de ce livre par son excentricité formelle. Selon lui, la discontinuité (apparente) du propos et le caractère recueillistique du livre en est à l’origine. Le Livre, dans notre tradition de lecture, correspondrait à l’idée d'un discours continu, lisse, filé. Selon Barthes, " le Livre-Objet se confond matériellement avec le Livre-Idée " (176) : la disposition des mots sur la page, les alinéas, l’emploi des différents caractères d’imprimerie doivent être conformes à cette conception du Livre comme enchaînement, constance.

De l’avis de Barthes, l'ouvrage de Butor propose un ordre différent de celui du Livre écrit dans le respect de la rhétorique et de la dialectique traditionnelles. Il ne développe pas ses idées mais les distribue, selon Barthes. Aussi son choix d’employer l’ordre alphabétique se justifie-t-il. Dans ce contexte, Barthes rappelle que le fait de toujours accorder un sens aux formes, et d’associer la forme au continu, a pour conséquence de rendre quasi illisible un Livre composé de cette manière. Cependant, une telle composition oblige le lecteur à découvrir de nouveaux liens, de nouveaux rapports entre les éléments. C’est précisément cette intelligence de la forme et du monde qui fait toute la valeur de Mobile, selon Barthes. En ce sens, le livre de Butor est moderne : il ne fonctionne pas à partir de la variation d’un thème principal, mais par sa répétition / translation. Il s’agirait, selon Barthes, d’un art du bricolage : " c’est en essayant entre eux des fragments d’événements que le sens naît " (186). D'après lui, la recherche esthétique et structurale de Butor se situe sur ce plan.

Le texte de Barthes explique bien la réticence de la critique (donc, de la lecture) à l’égard d’un objet dont la logique ne se donne pas dans le discours mais dans la forme, et qui demande un effort de recomposition de la part du lecteur. C'est le problème qui se pose d'emblée lorsqu'il est question du recueil, notamment du livre de fragments. Selon Barthes, le recueil de fragments ou l’écriture fragmentaire sont associés à l’inachèvement, puisqu'un Livre qui ne coule pas de source est nécessairement inachevé. Toutefois, les aphorismes sont tolérés, puisqu'ils sont perçus comme des touts; cette remarque rejoint la question de la terminologie associée à l'écriture fragmentaire, soulevée entre autres par Françoise Susini-Anastopoulos.

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