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Le fragment : repères bibliographiques

Hubert Damisch, " La partie et le tout ", Revue d’esthétique, 23, 2, 1970, p. 168-188.

L’article met en parallèle deux conceptions de l’histoire de l’art. Les critiques d'art comparés sont Giovanni Morelli et Heinrich Wölfflin. Le premier a établi une pratique de la critique d’art comme " Connoisseurship " (expert, connaisseur d’art), et le second celle du " Kunstwissenschaft " (historien de l’art, scientifique). Damisch veut montrer que " le regard que l’expert porte sur les œuvres est constitutif de son objet au même titre que le regard historique ou scientifique " (169). Même si le premier base sa pratique sur la valeur associée " au nom propre " (168), et que le second rêve de faire une histoire de l’art " sans noms d’artistes " (168-169), tout à fait structurelle, ces deux conceptions de la critique d’art se ressemblent. Les deux critiques préconisent une histoire de l’art fondée sur les œuvres mêmes, non sur le discours qui les entoure. Tous deux situent l’intérêt de l’histoire de l’art dans le fait de débusquer le lieu du style chez un peintre, " l’un et l’autre ayant prétendu à situer, à localiser théoriquement l’écart [...] entre la convention et l’invention " (181).

Si, dans les deux cas, le style du peintre se détermine dans un rapport entre les détails et l’ensemble, la nature du rapport entre ces deux éléments, par contre, est très différente d’un critique à l’autre. Le connaisseur (Morelli) reconnaîtra l’auteur d’un tableau en en identifiant un détail, une particule dont le caractère est propre à un peintre (ex. : la forme d’un ongle). Ce détail aura préséance sur l’ensemble de l’œuvre. Ainsi, il " assimi[le] le signifiant au ‘‘caractéristique’’ " (178). Selon lui, le style réside dans l’invariant d’un peintre, quelle que soit la période étudiée, ou encore l’école à laquelle il appartient. Le scientifique (Wölfflin), quant à lui, cherche le style d’un peintre non dans ses manies, et affirme qu’il " devait se manifester aussi bien dans le détail des œuvres que dans leur ensemble, telle observation n’ayant pour lui de sens, de validité, qu’autant qu’elle pouvait être généralisée " (179).

Dans le premier cas, le rapport entendu entre le tout et la partie a fait scandale, puisqu'il entraîne " une mise en cause radicale les notions d’‘‘art’’, d’‘‘œuvre’’, d’‘‘artiste’’ " (184). L'interprétation scientifique, au contraire, implique un rapport entre le tout et la partie qui ressort de " la tradition hégélienne de la totalité expressive [...] : chaque partie apparaît comme contenant en soi [...] l’essence de la totalité " (185). Damisch conclut : les travaux de ces deux critiques, quoiqu’opposés, remédient à l’interprétation intuitive pour faire de l’histoire de l’art une discipline théorique basée sur les œuvres. Même s’il n’est pas question du recueil littéraire dans cet article, le problème de la lecture d’une œuvre y est central et peut intéresser le lecteur de recueils de fragments. Les fragmentistes devant nécessairement penser la mise en recueil de leur production, le rapport de la partie (le fragment) au tout (le recueil) est d'emblée problématisé, tant du point de vue stylistique que philosophique.

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