Études générales sur le recueil
AUDET, René et Thierry BISSONNETTE,
« Le recueil littéraire, une variante formelle de la péripétie », dans René AUDET et Andrée MERCIER (dir.), La narrativité contemporaine au Québec. I. La littérature et ses enjeux narratifs, Québec, Presses de l'Université Laval, 2004, p. 15-43.
Dans cet article, le recueil est investi d'un point de vue narratif. Il s'agit, pour les auteurs, de voir en quelles manières les modalités du recueil « peuvent rejoindre la mise en récit ou la mise en intrigue » (16). La notion de narrativité est prise dans un sens très élargi, car l'étude de Audet et de Bissonnette prend en considération autant les recueils de poèmes et d'essais que les recueils de nouvelles - que l'on associe généralement plus volontiers au narratif. De la définition de Ricoeur du récit, « deux principes fondamentaux sont retenus : la temporalité (la séquence, la chronologie, la succession) et la configuration (l'ordonnancement, la logique, l'organisation) » (17). Il appert que la narrativité se situe au niveau de la séquence événementielle dans le recueil de poèmes, dans le partage d'un même univers de fiction (visible grâce à certains éléments communs aux nouvelles : lieux, personnages, situations...) dans le cas de la nouvelle et, en ce qui concerne l'essai, « par le recours fréquent [...] aux procédés narratifs [mise en scène, faits divers, dates qui inscrivent les textes dans une continuité historique] » (33) instaurant la continuité d'une écriture.
AUDET, René, Le recueil : enjeux poétiques et génériques, Thèse de doctorat, Université Laval, 2003, 361 f. Par l'étude des poétiques des recueils de nouvelles, d'essais, de poèmes et d'ouvrages polygénériques, la thèse de Audet vise à l'identification de constantes transversales, tant formelles que lecturales. De là, dans le dernier chapitre, le statut générique du recueil se trouve questionné. « La confrontation du recueil aux diverses catégories émanant de la théorie des genres révèle leur inadéquation relative. » Parce que la pratique recueillistique n'a « pas d'inscription historique forte » (341) et parce que le recueil doit son existence à d'autres textes, d'autres genres (brefs), son appréhension comme genre à part entière paraît difficile. Or, puisque la saisie du recueil passe par divers types de conventions et de réglages à la fois textuels et lecturaux il demeure possible, tel que le démontre Audet, de cerner le recueil grâce à la notion de généricité .
BEAULIEU, Jean-Philippe, Dossier « Le simple et le multiple : la disposition du recueil à la Renaissance », Études françaises, vol. 38, no 3 (2002), p. 5-105.
Les articles réunis dans ce numéro traitent de recueils de toutes formes : Tombeau poétique (Castonguay Bélanger), recueils de lettres (Duval, Beaulieu), recueils de romans (Méniel), etc. Bien qu'ils adoptent différentes perspectives ou points de vue, tous s'intéressent à la question de la dispositio en supposant « l'existence de [...] principes fédérateurs » (5) au sein du recueil, principes qui influencent le sens, la visée du recueil.
DUVAL, Edwin M., « L'Adolescence Clementine et l'Oeuvre de Clément Marot », p. 11-24.
Duval montre que le recueil de Marot, le premier à être imprimé en France, ne tient pas sa promesse. C'est que ce recueil est « aussi le premier visant à constituer une véritable oeuvre » (11). Or, l'étude comparée de la version originale et des rééditions met à jour l'impossibilité du recueil de se muer en livre, puisqu'il y a une « augmentation progressive des Autres Oeuvres [deuxième partie du recueil] » (21) d'une réédition à l'autre.
LA CHARITÉ, Claude, « Les Epistre morales et familieres (1545) de Jean Bouchet : de la hiérarchie médiévale au dialogue humaniste », p. 25-42.
L'étude de la dispositio du recueil de Bouchet permet de mettre en lumière « la double influence dans laquelle s'inscrit la production épistolaire de Bouchet » (27). La première partie du recueil ressortit à l'influence médiévale par la disposition hiérarchique des épîtres selon le rang social du destinataire. Alors que la deuxième partie, par sa disposition plus libre, s'inspire des recueils de lettres humanistes où les épîtres et leurs réponses se juxtaposent.
BEAULIEU, Jean-Philippe, « Postures épistolaires et effets de dispositio dans la correspondance entre Marguerite d'Angoulême et Guillaume Briçonnet », p. 43-54.
Beaulieu s'intéresse aux effets de la dispositio de la mise en recueil de l'échange épistolaire entre Marguerite d'Angoulême et Briçonnet. Il montre comment « [l]a constitution même du recueil suggère [...] une volonté d'orchestrer la matière [...] en fonction » (45) d'un destinataire extérieur à l'échange. De ce fait, le recueil « devient un livre qui appelle une lecture globale » (46) et sert, ici, d' outil pastoral .
CASTONGUAY BÉLANGER, Joël, « L'édification d'un Tombeau poétique : du rituel au recueil », p. 55-69.
Si le Tombeau poétique, recueil collectif destiné à honorer la mémoire d'un défunt, est « avant tout un dispositif éditorial et structurel » (56), l'étude de sa composition laisse toutefois paraître « un grand souci d'esthétisme et [u]ne prétention formelle qui invite à une appréciation architecturale des poèmes le constituant » (69).
CAZES, Hélène, « Les mille et une pages d'Henri Estienne et de ses lecteurs : le recueil infini », p. 71-80.
Cazes aborde les rôles de l'auteur et du lecteur dans la pratique d'Estienne du recueil anthologique. « Les guides de lecture [...] pour les jeunes [insérés par Estienne] et les procédés de mise en page et en livre définissent l'éditeur-lecteur comme auteur » (139). Quant au lecteur, une place lui est faite dans les pages laissées vierges où il est invité à participer en inscrivant ses propres commentaires, traductions ou autres. Ainsi, les rôles actifs de l'auteur et des lecteurs donne lieu à un recueil ouvert .
BERRIOT-SALVADORE, Evelyne, « "Une recollection" : la disposition des Oeuvres d'Ambroise Paré », p. 81-92.
Berriot-Salvadore étudie la composition du recueil médical de Paré. Elle fait remarquer qu'à la « composition tripartite et linéaire [qui se fait selon l'ordre que demande la définition de la chirurgie : anatomie, opérations chirurgicales et matière médicale], se superpose [...] l'ordre d'une apologie » en ce que Paré affirme « la dignité du chirurgien » (139) ainsi que la beauté du corps humain.
MÉNIEL, Bruno, « La disposition des Amours diverses d'Antoine de Nervèze », p. 93-105.
Méniel s'intéresse à la dernière version (1611) du recueil de romans de Nervèze, plus précisément aux éléments qui permettent de lier les romans les uns aux autres, afin d'en dégager le principe d'agencement. Un agencement qui suggère l'évolution spirituelle de l'auteur.
DUMONT, François, « Poétiques du recueil », Études littéraires, vol. XXX, no 2 (hiver 1998), p. 7-98.
Les contributions de ce numéro s'intéressent toutes, en priorité, à la composition, qui « est une partie négligée de la rhétorique », comme le rappelle François Dumont en introduction. Les enjeux de la forme du recueil sont étudiés selon deux perspectives : « le point de vue contemporain et les liens entre genres et recueil » (7).
VIALA, Alain, « Éléments pour une poétique historique des recueils : un cas ancien singulier, la Comparaison de Desmarets », p. 13-22.
À partir d'un recueil de Desmarets, Viala compare la pratique du recueil au XVIIe siècle, où le recueil collectif est la forme canonique, à l'usage contemporain, où le recueil individuel est davantage pratiqué. Cette confrontation permet à Viala d' « insiste[r] sur la diversité des formes de recueil, et notamment sur les types de regroupements qui aujourd'hui se dérobent le plus souvent au regard critique, à savoir les recueils qui ne relèvent ni d'une unité générique, ni d'une unité génétique » (Dumont : 7) ; deux critères que combine justement le recueil de Desmarets.
LANGLET, Irène, « Le recueil comme condition, ou déclaration, de littérarité : Paul Valéry et Robert Musil », p. 23-35.
Langlet propose une distinction entre la littérarité des parties et celle du tout. Ainsi, on voit que dans le cas de l'essai, la mise en recueil contribue souvent à changer le statut d'un texte non littéraire d'emblée. La forme du recueil, en permettant à un texte de circonstance d'accéder au rang d'essai, lui confère par le fait même une qualité littéraire.
GUÉRIN, Olivia, « Poétique du recueil dans la Vie immédiate de Paul Éluard », p. 37-54.
Guérin s'intéresse à la Vie immédiate, recueil mouvant, sans cesse transformé par Éluard. Elle « développe surtout deux volets contradictoires de la poétique du recueil chez Éluard » (Dumont : 8) : d'une part, les facteurs de cohésion, de structuration ; de l'autre, les principes de pulvérisation , de déstructuration.
DAUNAIS, Isabelle, « La fiction fragilisée : récit de voyage et recueil chez Henri Michaux et Italo Calvino », p. 55-67.
Daunais montre en quoi le recueil, qui n'est pas a priori associé à la relation de voyage comme il l'est au poème, est un principe tout de même actif dans la composition du récit de voyage, en ce qu'il influence les rapports entre continu et discontinu.
AUDET, René, « Pour une lecture hypertextuelle du recueil de nouvelles », p. 69-83.
Audet propose, du point de vue de la lecture, de comparer le recueil traditionnel avec le recueil virtuel. La notion d'hypertexte (au sens informatique) se trouve au coeur de cette étude puisqu'il appert qu'une approche dynamique du recueil le révèle comme hypertexte, où les nouvelles interagissent entre elles à l'intérieur du recueil et, parfois, avec des textes extérieurs.
GAUDREAULT, Julie, « Le recueil écartelé : étude recueillistique de Refus global », département des littératures, mémoire de maîtrise, Université Laval, 2003, 122 f.
Julie Gaudreault propose une lecture recueillistique de Refus global, projet dont la nature collective a longtemps été occultée par la « (non)-réception ». Le premier chapitre s'intéresse à l'étude de la genèse du projet, qui vise à l'identification de Refus global en tant qu'oeuvre collective, et au parcours du discours critique s'étant presque exclusivement intéressé au texte liminaire de Borduas, « Refus global ». Le chapitre suivant propose l'étude de chacune des parties du recueil, isolément selon son appartenance générique tout en l'inscrivant dans la logique de l'ensemble. Il appert, entre autres, que chaque image photographique dépend d'un texte avec lequel elle est mise en relation et en fonction duquel elle agit. Ce qui pose la question de l'autonomie des parties, question qui fait l'objet du dernier chapitre dans lequel Gaudreault montre que la littérature « revêt la plus grande autonomie potentielle dans [le] recueil » (5).
LANGLET, Irène (dir.), Le recueil littéraire. Pratiques et théorie d'une forme, Rennes, Presses universitaires de Rennes (Interférences), 2003, 333 p.
Ce collectif regroupe diverses études sur le recueil de poésie, de nouvelles et d'essais, parfois même sur des recueils plus composites où les textes côtoient d'autres médias, la peinture ou la photographie, par exemple (Vaugeois, Gaudreault, etc.). Le recueil est ici investi sous tous les angles. Une première section, « Formes du recueil », s'intéresse principalement à des questions d'ordre générique puisque, comme le rappelle Irène Langlet en introduction, « le genre peut faire le recueil, ou bien le recueil peut faire le genre » (12). Une deuxième section, « Logiques du recueil », s'intéresse essentiellement aux différentes modalités de structure du recueil. La question de la dynamique entre les parties et le tout est souvent abordée par le biais des couples continu / discontinu, homogénéité / hétérogénéité, cohérence / discohérence et ordre / désordre . Enfin, une troisième section, « Acteurs du recueil », envisage le recueil en tant que geste stratégique. Il est notamment question de l'anthologie (Durand), toujours peu ou prou tournée vers une idéologie, ou encore de recueils comme les Situations de Sartre qui relèvent d'un engagement politique (Denis), et des enjeux relatifs à la mise en recueil par l'auteur lui-même ou par un tiers (Dumont, Mercier, etc.).
I. FORMES DU RECUEIL
ALDUY, Cécile, « Les "Amours" au XVIe siècle ou le recueil comme genre macrotextuel », p. 21-34.
Adoptant un triple point de vue, historique, théorique et structurel, Alduy étudie les multiples relations entre le tout et les parties dans les recueils d' « Amours », dans le but de montrer que chaque partie (sonnet) se fait « non seulement la synecdoque de l'oeuvre entière, mais encore, [...] le représentant d'un genre macrotextuel » (22). Car la particularité de ce type de recueil, comme le mentionne l'auteure, « consiste peut-être dans la perpétuelle mise en abîme [des relations entre tout et parties] : le recueil de sonnets, somme de parties homogènes, s'inscrit lui-même comme élément d'une classe, le genre des "Amours" » (21-22).
BONENFANT, Luc, « Le laboratoire du genre », p. 35-46.
S'intéressant au premier recueil de poèmes en prose, Gaspard de la nuit d'Aloysius Bertrand, Bonenfant montre comment « l'objet recueil » est garant de la généricité des textes. Les textes de ce recueil, appartenant d'abord à la poésie en prose et déjà parus en revues, sont retravaillés afin de « ressembler » thématiquement ou syntaxiquement aux autres textes qu'ils côtoient dans le livre. « C'est donc en regard les uns des autres que les textes acquièrent leur statut final de poème en prose » (42).
GEFEN, Alexandre, « La communauté des morts. Les recueils de "Vies" », p. 47-60.
Gefen propose le parcours depuis l'antiquité de la mise en recueil des « Vies », pratique qui, d'un « principe sélectif de la galerie d'hommes illustres » (Langlet : 13), s'ouvre à l'époque moderne tant aux Vies minuscules qu'à celles imaginaires.
FORTIER, Frances et Caroline DUPONT, « Érudition et fantaisie biographiques. Le recueil de vies chez Tabucchi, Savinio, Tremblay et Zweig », p. 61-82.
En « li[ant] la question du biographique à celle du recueil », Fortier et Dupont interrogent d'un point de vue formel et thématique, le rapport à la référence, c'est-à-dire « les divers modes d'agencement de la fiction et du réel » (61) chez Zweig (référentiel strict), Tabucchi (fiction pure), Tremblay (référentiel fictionnalisé) et Savinio (fiction référentialisée).
VAUGEOIS, Dominique, « "Ma belle construction page à page". Éléments pour une poétique du recueil d'écrits sur l'art (Breton, Éluard, Aragon) », p. 83-94.
Vaugeois se penche sur le rapport à la forme colligée dans les écrits sur l'art à partir des recueils de Breton, Éluard et Aragon. Si, pour ces trois auteurs, le recueil est souvent pressenti comme un échec, dans l'ombre d'un livre rêvé, il n'en reste pas moins la forme privilégiée pour donner une unicité à un discours de / sur l'hétérogène, le discours sur l'art.
FRÉDÉRIC, Madeleine, « Le recueil à deux mains », p. 95-104.
Afin de situer dans la poétique du recueil l'hétéroclite projet de Duchamp, La boîte verte, Frédéric le confronte au différentes conceptions du termes « recueil ».
GAUDREAULT, Julie, « Refus global en morceaux. L'autonomie du littéraire dans le recueil automatiste », p. 105-114.
Gaudreault s'intéresse à « la question de l'autonomie des composantes de Refus global » (105), pamphlet collectif qui se veut à la fois « une prise de parole unitaire » (106) et plurielle, par la diversité des pratiques artistiques. L'étude de la composition de ce recueil permet d'observer le clivage entre le statut des textes littéraires et celui des autres manifestations artistiques (iconographie, photographie, peinture), ces dernières étant moins autonomes du fait que le médium ne peut pas faire ressortir leur spécificité.
BROUILLETTE, Marc André, « La mise en recueil de livres d'artistes dans l'oeuvre de Gilles Cyr », p. 115-124.
Brouillette s'intéresse aux deux types d'intervention (la réordination et l'expansion) opérés par Gilles Cyr dans Songe que je bouge, recueil regroupant de ses poèmes déjà publiés et des textes de livres d'artistes. Si la mise en recueil de textes de livres d'artistes crée toujours un manque en privant le texte de son dialogue avec l'image, entraînant donc par le fait même la perte de « la valeur transgressive » (117) accordée à ce genre de livre, dans Songe que je bouge, la réordination (non-respect de la chronologie des textes de livres d'artistes) et l'expansion (ajouts aux poèmes) permettent, en quelque sorte, de « recondui[re] [cette] valeur transgressive [...] [par] la transformation » (122).
GRATTON, Johnnie, « Poétique et pratique du recueil photo-textuel dans l'oeuvre de Sophie Calle », p. 125-132.
Gratton se penche sur les enjeux propres à deux types de recueil chez Calle : le « recueil-série » (L'EROUV de Jérusalem) et le « recueil-collage » (Des histoires vraies). Le premier participe de la « structure fermée », tandis que l'autre, plus ouvert, de la reprise (re-cueillir) et du rajout (accueillir).
II. LOGIQUES DU RECUEIL
BAETENS, Jan, « Discohérence et mise en recueil », p. 135-140.
Entendant le recueil « moins [comme] un objet qu'un fonctionnement textuel » (136), Baetens s'intéresse aux tensions entre la cohérence et la discohérence, entre le recueil et le livre, qui se voit ici « contesté par le recueil, plus que l'inverse » (137).
BISSONNETTE, Thierry, « Esthétique du désordre et poétique du recueil de poèmes contemporain : André du Bouchet, Jacques Brault », p. 141-152.
Bissonnette étudie la rencontre de la notion de recueil avec celle de chaos. Pour ce faire, il applique au recueil certains énoncés concernant la complexité, notion clé de la définition du chaos. Sont ici notamment étudiées l'interaction entre le tout, les parties et l'environnement dans lequel ils se trouvent, ainsi que la structure dynamique et ouverte du recueil chez André du Bouchet et Jacques Brault.
ASSELIN, Isabelle, « Le roman fragmenté. L'exemple d'Eugène Savitzkaya », p. 153-164.
Asselin s'intéresse au roman fragmenté, forme qui « soulève à sa façon les mêmes question que le recueil » (153). De fait, l'étude de la fragmentation, chez Savitzkaya, dans la composition, les thèmes et l'énonciation montre que le roman par fragments est, lui aussi, modulé par la dynamique du tout et des parties, laissant, par là même, une grande place à l'ouverture en même temps qu'au manque.
CLÉMENT, Anne-Marie, « Expériences de la discontinuité dans le recueil de proses narratives (Diane-Monique Daviau et Jean Pierre Girard) », p. 167-176.
Clément étudie deux recueils qui ne « privilégie[nt] pas le point de vue de l'unité du recueil » (165). Par l'étude de la composition des textes et du recueil ainsi que du jeu entre les instances énonciatives (fictives et non fictives), Clément montre comment est exhibée la discontinuité chez Daviau et Girard, et comment l'indétermination qui en découle se fait « principe actif, [...] posture créatrice intentionnellement choisie » (174).
RUNYON, Randolph, « La séquence et la symétrie comme principes d'organisation chez Montesquieu, La Fontaine et Montaigne », p. 177-186.
Alors que la tradition critique a pour habitude de considérer individuellement les parties des oeuvres de Montesquieu, La Fontaine et Montaigne, Runyon propose l'étude de leur mode d'organisation. En lisant les parties par deux, il fait ressortir les intertextes, les « renvois discrets » entre les textes. Le « mode d'organisation [qu'il met au jour] se distingue aussi bien de l'éparpillement que de l'unification » ; Runyon l'appelle « tissulaire » puisqu'il « demande de fragmenter le discours de manière, paradoxalement, à tresser de nouveaux liens à l'intérieur du livre » (184).
TOUDOIRE-SURLAPIERRE, Frédérique, « Le recueil américain contemporain. Des nouvelles des Etats-Unis ? », p. 187-198.
Toudoire fait l'esquisse d'une théorie du recueil à partir d'un recueil de nouvelles de Carver, Cathedral. Son intérêt se porte sur les fils conducteurs entre les nouvelles, sur la structure du recueil et « plus particulièrement [sur les] fonctionnements de lecture sinon de mémoire qui le sous-tendent » (188). Toudoire nous fait voir que le sens chez Carver ne découle « pas tant de la succession ou de l'enchaînement des nouvelles que de leur concomitence mémorielle (logique de la trace ) » (195). En ce sens, le recueil partage une caractéristique avec la mémoire, celle de l' accumulation sérielle .
DOUCET, Isabelle, « Les corps composés. Polytextualité et lecture science-fictionnelle », p. 199-212.
Doucet interroge les modalités de lecture des recueils de nouvelles de science-fiction. Dans le cas particulier de la science-fiction, le recueil peut favoriser la lecture totalisante quand les relations intertextuelles permettent de postuler l'existence d'un même monde fictionnel ou brouiller le lecteur quand les liens paraissent moins évidents ou contradictoires ; cependant, d'autres liens (thématiques, formels) peuvent aider « à générer une effet de totalisation » (209). L'analyse de Doucet rejoint la problématique du recueil en général en ce que ce dispositif favorise toujours une réflexion sur les frontières entre les textes : d'une part, le sens individuel des textes se voit contaminé par l'environnement textuel ; d'autre part, la somme des textes, le recueil, constitue « en soi "un autre texte" » (209).
AUDET, René, « Logiques du tout et du disparate. Le recueil de nouvelles, le roman et leurs tensions génériques », p. 213-222.
Le recueil étant le plus souvent définit en lien avec le livre, la tentation de le lire dans une optique de totalisation est grande. Ici, Audet oppose plutôt à cette logique de la totalisation celle du disparate. Ainsi, il considère Le jour du chien (Caroline Lamarche) et Palomar (Italo Calvino), deux recueils désignés comme des romans, dans ce qu'ils ont de réfractaire au livre.
SAINT-GELAIS, Richard, « Le roman saisi par la logique du recueil », p. 223-235.
Saint-Gelais s'intéresse à la question de l'autonomie des parties et à celle de la fragmentation, tant dans le recueil que dans le roman. Ces considérations, plus souvent appliquées au recueil qu'à la forme unitaire, permettent de voir que les tensions entre la cohérence et la discohérence peuvent être aussi problématiques, sinon davantage, dans le roman que dans le recueil.
III. ACTEURS DU RECUEIL
BOMBART, Mathilde et Guillaume PEUREUX, « Politiques des recueils collectifs dans le premier XVIIe siècle. Émergence et diffusion d'une norme linguistique et sociale », p. 239-256.
Bombart et Peureux se penchent sur l'usage du recueil poétique et du recueil épistolaire au XVIIe siècle. Si ces deux types de recueils favorisent « la mise en scène d'une communauté d'écrivains » et s'ils tendent également à « l'affirmation d'une politique linguistique », chacun se fait le véhicule d'une idéologie propre : « tandis que les recueils de poésie dérivent d'une pédagogie de la poésie vers une politique de la langue, les recueils épistolaires clament la fondation d'une nouvelle littérature nationale » (249).
DURAND-LE GUERN, Isabelle, « Du recueil au musée. Le romantisme allemand et la poésie populaire », p. 257-266.
Durand s'intéresse à deux recueils de poésie allemands à visée anthologique de la fin du XVIIIe siècle. Celui de Herder se veut un recueil pour le peuple, réunissant des poèmes populaires de diverses nationalités. Quant à celui d'Arnim et Brentano, il cherche plus précisément à « faire oeuvre nationale et [à] donner une voix au patriotisme » (259) naissant, en collectant la poésie populaire uniquement allemande, ce qui assure au recueil une unité plus cohérente que chez Herder.
DENIS, Benoît, « Du texte de circonstance au recueil de Situations. L'économie de l'écriture engagée chez Jean-Paul Sartre », p. 267-282.
Denis montre comment les Situations de Sartre relèvent du philosophique et du littéraire en même temps que de l'engagement intellectuel. Constituées de textes pour la plupart circonstanciels et de genres et sujets divers, les Situations se présentent comme le parcours intellectuel de Sartre. C'est la mise en recueil qui inscrit ce parcours « dans la longue durée de la mémoire » en permettant à des « textes de circonstances » de devenir Situations . Des situations témoignant, par le fait même, « [d']une nouvelle prise de position » (275) grâce aux regroupements thématiques dont elles font l'objet.
DUMONT, François, « Le recueil posthume. L'exemple des Solitudes d'Hector de Saint-Denys Garneau », p. 283-294.
Dumont traite des problèmes de la publication d'un recueil posthume. Si la principale question se pose habituellement en ces termes : « quoi publier ? », dans le cas de Saint-Denys Garneau, chez qui « l'architecture [de son recueil] s'avère un texte aussi subtil que ses poèmes » (284), la question est autre : « comment publier ? ». Dumont, par l'étude de la composition de Regards et jeux dans l'espace et celle des Solitudes (recueil posthume publié par Jean Le Moyne et Robert Élie), montre en quoi « la constitution du recueil posthume contredit systématiquement l'orientation de la composition de Regards et jeux dans l'espace » (288).
MERCIER, Andrée, « Recueil et genre dans l'oeuvre de Jacques Ferron. L'usage de l'écrivain et celui de la critique », p. 295-306.
Mercier compare deux usages du recueil : « celui de [Ferron], lié à sa pratique d'écriture, et celui de la critique » (295), tant en ce qui concerne la réédition que les études sur l'oeuvre. Comme c'était le cas avec Saint-Denys Garneau, on remarque qu'il y a contradiction entre les deux usages. Alors que chez Ferron « le texte bref participe à des regroupements variés au fil desquels il pourra toujours changer d'identité générique » (303), donnant ainsi lieu à des « recueils hétérogénériques », les rééditions par la critique visent, quant à elles, l'homogénéité générique.
BEAUDET, Marie-Andrée, « L'impossible recueil. Lecture de deux suites de Gaston Miron », p. 307-316.
Beaudet s'intéresse à deux suites de Miron : « La troisième saison ou le premier printemps » et « Femme sans fin ». À travers le parcours d'écriture de ces deux suites qui, à l'instar des écrits mironniens dans l'ensemble, ont fait l'objet de multiples transformations au fils des ans, c'est la « conception [de Miron] du poème comme "acte" » qui est donnée à lire. Et « [d]ans cette perspective [...] où le poème demeure inséparable de l'urgence, perçu comme un acte, le recueil aussi bien que le livre définitif [...] ne pouvaient se poser au regard du poète que comme un horizon lointain [...] » (314).
LACASSE, Serge, « L'anthologie phonographique privée. Fondements d'un modèle », p. 317-327.
L'objet sur lequel porte l'étude de Lacasse partage plusieurs caractéristiques du recueil en ce qui à trait à la « construction stratégique du sens », puisqu'une même attention est posée à l'égard de l'inventio (choix des chansons), de la dispositio (l'ordre nommé dans ce cas séquence) et des fonctions attribuées à la compilation. « Dans le cas de l'anthologie phonographique privée [cependant], il s'agirait sans doute même de mettre en lumière la construction stratégique de la valeur, avec le double enjeu d'une valeur de l'oeuvre et d'une valeur (d'une légitimation) de la lecture qui lui donne lieu », comme le précise Langlet dans la présentation (17).
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