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Le fragment : repères bibliographiques

Stéphane Mallarmé, " Quant au livre ", Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 1979, p. 369-387; Philippe Sollers, " Littérature et totalité ", L’écriture et l’expérience des limites, Paris, Seuil, 1968, p. 67-87.

" Quant au Livre " fait état de la conception mallarméenne du Livre. Le Livre est un objet spiriuel, et dans cette perspective idéelle, il ne peut souffrir les aléas du commerce des livres. Le Livre de Mallarmé ne reproduit pas " l’universel reportage ", car le Poète sait l’en épargner. Le Livre serait en quelque sorte le seul livre nécessaire s’il était possible de le réaliser — c’est là que réside son caractère spirituel. Pour voir se concrétiser cette conception de l’objet littéraire, il faut lire l’article de Philippe Sollers.

Le texte de Sollers reprend la réflexion de Mallarmé sur l’écriture afin d’en montrer le caractère moderne et révolutionnaire, et l’intérêt qu’elle devrait susciter en 1968. Il commente plusieurs notions fondamentales développées par Mallarmé, entre autres celle de la " disparition élocutoire " du poète, du Livre, de la totalité (littéraire, mais aussi théologique), du scripteur et de son rôle social (l’écriture), et de la lecture. En ce qui concerne les notions de fragment (au sens large) et de totalité, Sollers explique la pensée de Mallarmé : le monde est pour lui une fiction faisant sens par l’écriture, une fiction cryptée par cette dernière. Le Livre serait une somme, au sens où il est impossible, mais demeure désiré par l’écrivain, il serait " non pas une œuvre parmi d’autres mais la mise en œuvre de tout ce qui est " (82). Le Livre devrait condenser la mythologie nouvelle (d’où la référence aux écrivains contemporains, notamment à Barthes) dont le lecteur se nourrira, dans laquelle il saura décoder sa propre intériorité — s’il n’est pas déjà trop imprégné des codes qui lui ont été inculqués (de la " fausse " nécessité du rapport auteur / lecteur). Dans ce contexte, écrire revient à se lire, et lire à s’écrire. Entre l’auteur et le lecteur, le livre est premier. Chaque livre tend donc vers cette totalité inatteignable, théologique (il en constitue un fragment), dans laquelle chaque scripteur / lecteur se lit.

Cet article présente un intérêt du point de vue de la notion d’œuvre, de Livre et du fragment, mais il est exclusivement centré sur la pensée de Mallarmé, de même que sur la volonté de Sollers de montrer la parenté entre cette pensée et les préoccupations contemporaines.

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