GRR 
   Groupe de recherche sur le recueil

 

Recherche


Membres


Publications


Activités


Documents


Le fragment : repères bibliographiques

Alain Montandon, " Le fragment ", Les formes brèves, Paris, Hachette, 1992, p. 77-98.

Le livre de Montandon se veut une introduction aux formes brèves; ce chapitre commente les œuvres majeures associées au fragment.

Cette distinction entre " fragment " et " écriture fragmentaire " est de taille. En littérature, il a été question du fragment à partir de la Renaissance, après la découverte des fragments présocratiques. Il s’agissait dans ce cas de textes littéralement fragmentés, en éclats. Les œuvres d’Héraclite et de Pascal, dans leur contexte classique, soulèvent des problèmes différents. Chez Héraclite, rejeter le discours long signifie rejeter " l’empire sur les âmes [et] l’effet de persuasion " (80). L’œuvre de Pascal, qui demeure inachevée, est toutefois un tournant en ce domaine : l’écrivain admettait ne pouvoir traiter de son sujet avec ordre. Selon lui, c’est la vie même qui est " un fragment incompréhensible dans l’univers " (81), qui est construit sur le vide. Montandon commente aussi Les caractères de La Bruyère, s’opposant à certaines critiques de Quignard (réf. : Une gêne technique à l'égard des fragments). Ce n’est qu’avec le romantisme allemand que le fragment est institué en genre littéraire. L’aphorisme romantique ne vise pas à traduire, comparativement à la maxime, une vérité universelle, mais comporte une dimension empirique et individuelle. Il acquiert une fonction théologique, " signe de notre finitude " (88). L’aspect moralisateur et architectural des pratiques françaises en est exclu. Montandon établit finalement un lien étroit entre les conceptions de l’écriture fragmentaire de Nietzsche et de Blanchot, qui revêtent une forte connotation divine. Chez Nietzsche, le fragmentaire est violence d’un dieu qui se manifeste. Pour Blanchot, " la fragmentation, c’est le dieu même, cela qui n’a nul rapport avec un centre " (96). Ils rejettent l’aphorisme, qui est trop près du sujet.

Le fragment a interrogé les écrivains sur la notion même d'œuvre littéraire, en ce qu’elle implique d’achèvement, de clôture et de complétude, ce qui concerne également le recueil. Montandon ne fait pas état de la question de la mise en recueil, mais le chapitre traitant du fragment est une synthèse historique et poétique du genre.

Retour à la table des textes