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   Groupe de recherche sur le recueil

 

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Études sur le recueil de nouvelles

Le recueil de nouvelles demeure par ses nombreuses études de cas et quelques efforts de théorisation la forme de recueil la plus étudiée. Inspirée de l'oeuvre-source, le Decameron de Boccace, la théorie sur le recueil tend à fuir la question du fragment (mot trop connoté génériquement). Généralement, deux principales perceptions du recueil se démarquent : une perception architecturale, où le recueil apparaît comme une structure, et une perception dynamique, le recueil étant alors un tout interactif où le sens de chaque nouvelle est influencé par les autres textes. Les recueils de nouvelles sont classifiés par leur degré d'homogénéité, par leur cohésion plus ou moins marquée. Contrairement aux études sur les recueils d'essais, l'historique de la composition du recueil préoccupe peu les théoriciens (Ingram qui ose s'y aventurer est contesté sur ce point ; Lafon (1988 et 1990) base son propos sur cette approche). Les études de cas demeurent assez peu théoriques et se réfèrent souvent aux mêmes textes (Godenne, Ingram, Ricard surtout ; aussi Boucher et Monfort).

 

AUDET, René, Des textes à l'oeuvre : la lecture du recueil de nouvelles, Québec, Nota bene (Études), 2000, 159 p.

Audet étudie le recueil de nouvelles dans une perspective surtout lecturale - approche nouvelle puisque la perspective généralement adoptée est la structurale -, dans le but comprendre le fonctionnement du recueil de nouvelles. Un premier chapitre est consacré, d'une part, au recueil en général : on voit qu'il est considéré comme un objet éditorial avant que littéraire - Audet, quant à lui, l'envisage en tant que forme littéraire ; et d'autre part, à la spécificité du recueil de nouvelles : Audet se penche essentiellement sur la réception critique du recueil qui est presque toujours faite dans une visée de totalisation, laissant de côté la dynamique entre les parties et le tout au profit d'une unité à trouver. Ce phénomène de totalisation est développé dans le deuxième chapitre, de même que l'effet de réticulation (« impression chez le lecteur de parcourir des textes qui partagent des points communs, qui entrent en relation les uns avec les autres » (73)). Audet présente les différents éléments textuels pouvant favoriser l'une ou l'autre lecture, cherchant ainsi à comprendre le fonctionnement du recueil par l'étude à la fois des stratégies lecturales et des stratégies textuelles. La «  dimension interactive du recueil de nouvelles  » (16) ainsi mise en lumière conduit Audet, dans le dernier chapitre, à établir un lien d'analogie entre le recueil et le concept informatique d'hypertexte.

 

BOUCHER, Jean-Pierre, Le recueil de nouvelles - Études sur un genre littéraire dit mineur, Montréal, Fides, 1992, 216 p.

Cet ouvrage est principalement consacré à des études de cas québécois regroupées sous quatre intitulés : « Recueil et nouvelle éponyme », « Recueil et titre original », « Recueil et narration », « Recueil et roman ». En introduction, Boucher avoue sa résistance à la théorie, mais reprend les thèses d'Ingram, de Godenne, de Ricard et de Butor ; il aborde divers aspects de la question du recueil : typologie, lecture, formes, titre... Plusieurs des études ont déjà paru dans des revues.

 

CARPENTIER, André et Denis SAUVÉ, « Le recueil de nouvelles », dans François GALLAYS et Robert VIGNEAULT (dir.), La nouvelle au Québec, Montréal, Fides (Archives des lettres canadiennes, IX), 1996, p. 11-36.

Cette introduction au neuvième tome des « Archives des lettres canadiennes » constitue un survol intéressant d'approches possibles du recueil de nouvelles. Les auteurs discutent des typologies proposées (Boucher et Ricard), des aspects de la composition (arrangement, titre, désignation générique), du mode de rassemblement (Ingram, Luscher) et des propriétés du recueil (pluralité, discontinuité, permutabilité, superposition). Ce panorama qui montre bien la diversité des approches du recueil semble toutefois influencé par la préférence personnelle de Carpentier pour les recueils hétérogènes qu'il tente de valoriser (par rapport aux recueils homogènes).

 

CLEMENTS, Robert J. et Joseph GIBALDI, Anatomy of the Novella. The European Tale Collection from Boccaccio and Chaucer to Cervantes, New York, New York University Press (Gotham Library), 1977, 254 p. [sur le recueil  : p. 36-61]

Une partie de cet ouvrage porte sur la structure des recueils de la Renaissance, organisés par une « cornice » (histoire-cadre). Un historique de formes similaires (dans l'Antiquité et dans les littératures orientales) conduit au Decameron de Boccace. La cornice peut jouer un double rôle : structuration des récits et masque de la frivolité de ceux-ci (par son réalisme). Deux principaux types sont observables : la disaster cornice et la carnival cornice. La seconde partie du chapitre traite des facteurs unifiants des recueils : temps, thème et titre.

 

DUNN, Maggie et Ann MORRIS, The Composite Novel. The Short Story Cycle in Transition, New York, Twayne Publishers / Toronto, Maxwell Macmillan (Studies in Literary Themes and Genres, 6), 1995, 192 p.

Reposant sur une imposante bibliographie d'oeuvres aux caractéristiques similaires, l'étude de Dunn et Morris vise à montrer l'existence d'un « genre » mal défini : le composite novel. Le terme, qui désigne habituellement les romans collectifs, se veut une étiquette générique décrivant une certaine forme de recueil de nouvelles (construite autour d'un principe d'organisation), forme à mi-chemin entre le roman et le « simple » recueil de nouvelles. Les auteures détaillent les différents principes possibles – univers ou données de référence ; personnage, archétype récurrent ; patterns d'action, d'intrigue ; métafiction –, et illustrent leurs variations et leurs frontières. Est jointe une liste annotée de plus de deux cents titres d'oeuvres appartenant à ce genre.

 

GODENNE, René, La nouvelle, Paris, Honoré Champion, 1995, 176 p. [sur le recueil : p. 122-128]

Version revue et augmentée de La nouvelle française (PUF, 1974). Godenne expose en quelques pages une typologie du recueil de nouvelles : le recueil-réunion de textes épars, le recueil thématique et le recueil-ensemble (type inspiré des recueils de Marcel Arland). Bien qu'observateur plutôt que théoricien, il demeure une référence souvent citée.

 

INGRAM, Forrest L., Representative Short Story Cycles of the Twentieth Century : Studies in a Literary Genre, La Haye et Paris, Mouton, 1971, 234 p.

Incontournable dans le monde anglo-saxon, l'ouvrage d'Ingram dresse dans l'introduction théorique une typologie des recueils de nouvelles (composed cycle, arranged cycle et completed cycle) et propose de définir le short story cycle comme un livre de nouvelles fortement liées par un pattern général repris dans chacun des textes (d'où la préférence pour l'appellation cycle). Après cette introduction d'une vingtaine de pages et l'analyse de la réception critique de recueils de Joyce, de Camus et de Steinbeck, il illustre ses positions théoriques par l'analyse de recueils de Kafka, de Faulkner et d'Anderson.

 

JEAY, Madeleine, Donner la parole : l'histoire-cadre dans les recueils de nouvelles des XVe-XVIe siècles, Montréal, CERES, 1992, 256 p.

Étude de la « cornice » (histoire-cadre) dans les recueils de la Renaissance, fondée sur l'hypothèse que « la constitution de recueils et leur parti-pris de mimétisme de la tradition orale constitue une façon nouvelle de concevoir les rapports entre les deux traditions au moment où l'une, l'écrite tend à l'hégémonie » (p. 17). Dans une perspective pragmatique et énonciative plutôt que structuraliste, l'auteure s'inspire de Bakhtine pour montrer les « effets » de l'histoire-cadre en lien avec son caractère oral.

 

JEAY, Madeleine, « Esthétique de la nouvelle et principe de la mise en recueil au Moyen Âge et au XVIe siècle », dans Vincent ENGEL et Michel GUISSARD (dir.), La nouvelle de langue française aux frontières des autres genres, du Moyen Âge à nos jours. Actes du colloque de Metz, juin 1996, Belgique, Quorum, 1997, p. 63-76.

La nouvelle est ici étudiée en regard du roman. Jeay s'intéresse à la « porosité des frontières qu'autorise le fait de la mise en recueil. » En considérant la nouvelle non pas dans son individualité mais dans l'ensemble du recueil, et surtout « à partir de son principe structurant, l'histoire-cadre » - principe habituel de structuration au Moyen Âge -, Jeay nous fait « observer un travail comparable sur la narrativité dans la narration brève et la narration longue » (63).

 

KENNEDY, J. Gerald, « Toward a Poetics of the Short Story Cycle », Journal of the Short Story in English / Les cahiers de la nouvelle, no 11 (automne 1988), p. 9-25.

Introduction à un numéro spécial du Journal of the Short Story in English portant sur l'étude de recueils de nouvelles anglo-saxons, cet article questionne d'abord deux postulats formulés par F. L. Ingram (unité du recueil et typologie fondée sur l'historique de la composition). Après avoir proposé que l'appellation « collection » désigne toute forme de recueil, Kennedy précise la poétique du recueil d'Ingram par la description théorique de quatre niveaux de signification (titre, structure textuelle, signes intertextuels et structure narrative profonde).

 

KENNEDY, J. Gerald (dir.), Modern American Short Story Sequences. Composite Fictions and Fictive Communities, Cambridge, Cambridge University Press, 1995, 221 p.

Les onze analyses de recueils anglo-saxons réunies dans cet ouvrage mettent en évidence le lien tangible entre la forme du recueil (son aspect composé, sa plurivocalité) et la composition de communautés fictives. Dans l'introduction, Kennedy tente de définir le recueil : il reprend sa critique (1988) à l'égard d'Ingram et préfère élargir sa définition pour inclure diverses formes du recueil. Il signale la ressemblance du recueil avec des romans fragmentés, avouant qu'il est parfois impossible de déterminer leur appartenance générique, et souligne la tension dans le recueil entre unité et multiplicité.

 

LAFON, Michel, « Introduction », Tigre (Travaux ibériques de l'Université des langues et lettres de Grenoble). La nouvelle (I), no 4 (mai 1988), p. 3-13.

Dans la partie « Nouvelle/roman » de son introduction, Lafon souligne l'ambiguïté qui existe parfois entre nouvelle et roman, et signale la nécessité de regroupement de la nouvelle pour sa publication. Le recueil devient le lieu d'un intertexte, aussi minimal soit-il parfois, qui lie les nouvelles. Lafon décrit en quatre étapes la mise en recueil de la nouvelle (sélection, combinaison, nomination, adjonction), se rapprochant ainsi de la démarche typique des études sur le recueil d'essais.

 

LAFON, Michel, « Les aventures de la mise en recueil », Tigre (Travaux ibériques de l'Université des langues et lettres de Grenoble). La nouvelle (II), no 5 (février 1990), p. 169-175.

Discussion des effets de la mise en revue et de la mise en recueil des nouvelles, avec les intertextes respectifs qu'elles supposent ; le propos est appuyé par l'oeuvre de Borges. Réédition, réécriture, changements d'ordre et de titres, tous des phénomènes observables chez l'auteur argentin où la mouvance des intertextes dans lesquels s'insèrent les nouvelles leur permet de « survivre » à la mise en recueil (et à la staticité de l'oeuvre).

 

LUSHER, Robert M., « The Short Story Sequence : An Open Book », dans Susan LOHAFER et Jo Ellyn CLAREY (dir.), Short Story Theory at a Crossroads, Baton Rouge et London, Louisiana State University Press, 1989, p. 148-167.

Luscher commentant la thèse d'Ingram propose le terme sequence pour nommer les recueils de nouvelles, terme accentuant la reconstitution graduelle du sens chez le lecteur qui lui apparaît négligée dans le terme cycle (Ingram). Après avoir traité de la question de l'unité, Luscher insiste sur la séquentialité de la lecture du recueil et sur les relations associatives du sens qu'une telle lecture permet (par un ajustement du sens texte après texte). Puisant ses illustrations dans la littérature américaine et dans les classiques du genre (Poe, Tchekhov...), il propose ainsi une vision dynamique du recueil (non architecturale), oeuvre qui est pour lui un open book.

 

MONFORT, Bruno, « La nouvelle et son mode de publication. Le cas américain », Poétique, no 90 (avril 1992), p. 153-171.

L'article dans son ensemble parle de la brièveté de la nouvelle comme contrainte extérieure chez les nouvellistes américains du XIXe siècle. Monfort procède à une différenciation entre unité textuelle et unité de publication, ce qui s'avère intéressant lorsqu'appliqué au recueil (ce qui n'est pas l'objectif premier de l'auteur) ; il identifie également les régimes possibles de publication (régimes monotextuels et polytextuels). Monfort aborde la valorisation problématique des nouvelles, qui n'est possible que par le recueil (en tant qu'ensemble et non comme des textes autonomes). Référence fréquente.

 

RICARD, François, « Le recueil », Études françaises, vol. XII, no 1-2 (avril 1976), p. 113-133.

Texte fréquemment cité dans les études sur le recueil. Ricard propose une théorie du recueil basée sur le modèle boccacien, liant par la suite la question du fragment et celle de la composition paradoxale (l'autonomie des nouvelles s'opposant à l'unité de l'ensemble) ; il se réfère à Butor qui parle de l'interaction entre variété et communication. Pour Ricard, le recueil n'est pas tant une séquence qu'une architecture, un mobile, caractérisé par un équilibre entre discontinuité et continuité. En plus du recueil boccacien, deux types de recueil peuvent être définis : le recueil moderne (où la discontinuité est accentuée) et le quasi-roman (caractérisé par sa forte unité).

 

RICARD, François, « Le recueil du collectionneur », dans Milan KUNDERA, Risibles amours, traduit du tchèque par François Kérel, postface de François Ricard, Paris, Gallimard, 1986, p. 305-334.

Dans cette postface, Ricard analyse le recueil de nouvelles Risibles amours de Kundera sous divers aspects. D'abord considéré dans sa relation aux oeuvres de l'auteur (il constitue pour ce dernier « un réservoir de virtualités thématiques et formelles »), Risibles amours est ensuite analysé à partir d'une conception architecturale du recueil (variété et unité, autonomie des textes et unité de l'ensemble). Ricard rappelle en une page son esthétique du recueil.

 

RUNYON, Randolph Paul, Reading Raymond Carver, Syracuse (U.S.A.), Syracuse University Press, 1992, 226 p.

Analysant quelques recueils de nouvelles de Carver (Will You Please Be Quiet, Please ?, What We Talk About When We Talk About Love, Cathedral et un recueil inachevé), Runyon postule une approche légèrement différente d'Ingram et de Luscher : reconnaissant une organisation interne aux recueils, il souligne l'importance de l'ordre des textes dans la compréhension de l'oeuvre et de son intratextualité. Les nouvelles se répondent les unes aux autres et comportent des procédés textuels qui poussent le lecteur à bâtir une fiction entre les textes du recueil.

 

SARKANY, Étienne, « Forme, socialité et processus d'information : l'exemple du récit court à l'aube du XXe siècle. Sociopoétique du récit court moderne », thèse de doctorat, Université de Bordeaux III, 1982, 790 f. [partie III : « Le principe de construction : des parangons de recueils », p. 283-318]

L'originalité de la troisième partie de cette thèse réside dans son approche sociopoétique : le recueil témoigne de la société dans laquelle il s'inscrit. Sarkany émet l'hypothèse qu'au tournantdu XXe siècle, la nouvelle est le lieu de la cristallisation de problématiques socio-culturelles ; il montre que le recueil de nouvelles laisse voir par ses principes d'organisation les composantes et le réseau de ces problématiques, leurs interactions, leur évolution. Il s'appuie sur des recueils de Larbaud, de Mann et de Joyce.