Études sur le recueil de poèmes
Plusieurs des études sur la problématique du recueil de poèmes concernent le XVIe siècle. Les humanistes de la Renaissance étaient très conscients de ses effets de structure ; la tradition du Canzoniere pétrarquiste en témoigne. Cette liste recense peu d'ouvrages traitant du XIXe siècle ; il ne faudrait pas oublier pour autant les nombreux travaux sur les Fleurs du Mal de Baudelaire, oeuvre dont
« l'architecture secrète
» a été maintes fois examinée (voir entre autres le commentaire de Claude Launay dans son ouvrage sur Les Fleurs du Mal, Paris, Gallimard (Foliothèque), 1995, p. 44-68). Les auteurs du XXe siècle montrent une volonté de créer des façons nouvelles et originales, tels les recueils Poésie-Journal de Jean Cayrol (« journal
» étant pris sous ses deux acceptions principales) et á de Jacques Roubaud. Les analyses de recueils de cette bibliographie présentent des récurrences permettant d'esquisser les contours de certains principes fondamentaux : étude des titres, de l'évolution linéaire, de la progression thématique, repérage des répétitions et de leurs variations, configurations géométriques ou idéologiques, contraste, alternance, liens rhétoriques, logiques ou narratifs, relief (mise en valeur), circularité, englobement.
Didier ALEXANDRE, Madeleine FRÉDÉRIC et Jean-Marie GLEIZE (dir.), « Le Recueil poétique
», Méthode !, no 2 (2002), 231 p.
Ce numéro consacré au recueil poétique regroupe des études qui, pour la plupart, s'intéressent au recueil dans sa composition en adoptant diverses approches : entre autres, génétique (Alexandre, Mayaux), typologique (Combe) et poétique. L'unité du recueil est tantôt mise en lumière par l'étude des liens entre le tout et les parties (Demeulder et Dominicy), tantôt contestée dans l'examen d'une oeuvre, comme celle de Char, qui tend vers la dislocation (Gleize, Raynal-Zougari). La figure de Mallarmé apparaît dans certains textes, rappelant que le recueil est toujours quelque peu envisagé en regard du livre, que ce soit pour l'en approcher ou l'en distinguer.
COMBE, Dominique, « Du "recueil" au "Poème-livre, au "Livre-poème" », p. 15-22.
Dans une perspective typologique, Combe montre les formes que peut prendre l'unité du recueil. Il s'intéresse particulièrement aux auteurs qui répondent à une « logique mallarméenne » en ce qu'ils refusent « l'ouverture que représente le recueil au regard du "Grand Oeuvre", du "Livre" » (15).
ALEXANDRE, Didier, « Le temps du recueil », p. 23-31.
Alexandre étudie le poème de sa genèse à son inscription dans le recueil. Le « temps du recueil » différant du temps du poème, il s'intéresse au « passage de l'unité à la somme soumis à des prototypes discursifs, qui peut, dans des cas-limites, modifier jusqu'au statut et au sens de l'unité » (12).
DUMONT, François, « Formes et fonctions de l'anthologie en poésie », p. 33-39.
Dumont étudie la relation entre forme et fonction dans l'anthologie de poésie nationale. Il montre les diverses alternatives qui se posent aux concepteurs d'anthologies : poésie vs nation quant à la définition de l'objet ; conservation vs manifeste quant à la visée ; textes vs auteurs pour ce qui est de la sélection des matériaux et, enfin, chronologie vs thème en ce qui concerne le type de configuration.
GLEIZE, Jean-Marie, « Objets verbaux mal identifiés », p. 41-46.
Gleize montre que « la contestation de l'unité fondamentale qu'est le poème implique la contestation de l'existence même du recueil » (Alexandre : 14).
FRÉDÉRIC, Madeleine, « Poétique du recueil / Politique du non-recueil (Paul Nougé, Benjamin Péret) », p. 47-52.
Frédéric s'intéresse à la notion de recueil chez Nougé et Péret, qui ont tous deux refusé « délibérément de jouer le rôle de l'institution littéraire » (47). Or, on remarque que « la fascination exercée par l'unicité du poème, [...], interdit au poète de conjurer sa hantise de la dissémination par le geste du recueil » (Alexandre : 12).
DEBREUILLE, Jean-Yves, « "Le livre de poèmes" selon André Frénaud », p. 53-58.
Debreuille propose un parcours des publications de recueil chez Frénaud. On y voit la figure du poète-auteur se faire également le lecteur de ses poèmes par les nombreuses re-publications et modifications, à travers lesquelles il livre sa conception du recueil, qui laisse toujours peu ou prou la signification incertaine, comme inachevé, inachevable, sans cesse ouverte.
JARRETY, Michel, « Poésie perdue : un recueil posthume de Paul Valéry ? », p. 59-64.
Jarrety fait un retour sur sa publication en 2000 des poèmes en prose des Cahiers de Valéry. En suivant les aléas de la confection de ce recueil, Jarrety tente de répondre à la question posée par le titre de son article, à savoir si l'on peut qualifier Poésie perdue de recueil posthume, puisqu'il est constitué à partir d'une certaine liberté prise par l'auteur en regard d'indications partielles laissées par Valéry.
LANGLET, Irène, « Recueil de recueils : l'exemple d'Edmond Jabès », p. 65-71.
Langlet retrace l'évolution du recueil Le Seuil Le Sable, où au fil du temps les indications sur la signification (enjeu poétique) de l'oeuvre se font plus explicites que celles concernant la « collection » des textes. C'est ainsi que Langlet propose d'y voir « la différence entre une simple "collection" et un recueil littéraire » (65).
TOURET, Michèle, « Les Poésies complètes de Blaise Cendrars, recueillir, compléter, en finir », p. 73-81
Touret « s'interroge sur la portée de l'expression "Poésies complètes" pour Blaise Cendrars qui de 1944 à 1957 réorganise l'ordonnancement général de ses poèmes pour recomposer son image de poète » (Alexandre : 12).
MINGELGRÜN, Albert, « Les Vasistas de Jean Grosjean : un recueil partagé », p. 83-84.
Mingelgrün s'intéresse à la composition et à la signification du recueil à partir du titre de Vasistas qui joue le « rôle de catalyseur du processus de lecture » (Alexandre : 12).
MAYAUX, Catherine, « De la genèse à la structure d' Anabase de Saint-John Perse », p. 85-94.
Mayaux étudie l'évolution de la composition d' Anabase, un texte qui ne relève pas du recueil « au sens où le poème ne ferait que "recueillir" des textes déjà écrits » (88-89). Il s'agit plutôt d'un poème rigoureusement construit « de manière à produire un effet voulu chez le lecteur » (Alexandre : 12).
MATHIEU, Jean-Claude, « La Reverdie de Jaccottet, Un cahier des saisons », p. 95-107.
Mathieu retrace « le parcours inscrit par Philippe Jaccottet dans son Cahier de verdure » (Alexandre : 12), dont la motivation est « d'interroger une couleur, à travers sensations, rêveries et réflexions » (95).
MORET, Philippe, « "Remuer ciel et terre". Construction de l'oeuvre poétique de Queneau », p. 109-114.
Moret se penche sur l'importance que prend chez Queneau la « recherche d'une cohérence tant formelle que thématique » (113) dans la confection de ses recueils.
GAUDARD, François-Charles, « La question du recueil dans l'oeuvre de Baudelaire », p. 115-122.
Par l'étude de la structure du Spleen de Paris, Gaudard montre la complémentarité de ce recueil avec Les Fleurs du Mal. Malgré la contestation de la forme poème par le poème en prose, le Spleen offre aussi une structuration forte.
KORHONEN, Kuisma, « Le Temple et le papillon blanc : la pensée structurale dans les Divagations de Mallarmé », p. 123-139.
Korhonen étudie Divagations où Mallarmé « non seulement théorise, mais aussi réalise, ce recueil clos sur lui-même, symbole accompli d'une oeuvre autonome, dont la nécessité interne répond à la réalité désordonnée » (Alexandre : 12).
DEMEULDER, Fanny et Marc DOMINICY, « Plain-chant : Écriture et composition d'un recueil de Cocteau », p. 141-156.
Demeulder et Dominicy cherchent à dégager les liens unissant les parties au tout, le microtextuel au macrotextuel, dans Plain-chant de Cocteau. Pour ce faire, ils étudient l'évolution génétique du recueil. Leur étude permet de voir que « Plain-chant s'est immédiatement imposé à Cocteau comme un recueil » et que toutes modifications procèdent également d'une intentionnalité « dans la mesure où elles contribuent à la cohérence du recueil en assignant à celui-ci une portée "éthique" de mieux en mieux assumée » (143).
RAYNAL-ZOUGARI, Mireille, « "L'énergie disloquante" du recueil de René Char », p. 157-169.
Raynal-Zougari montre que chez Char « le recueil disloque » (157). Ce qui se passe à l'échelle du texte, du poème, se trouve exemplifié par le recueil : la poésie tensive de Char « appelle le recueil tensif » (Alexandre : 13).
ERKEN, Geneviève, « Un certain Plume de H. Michaux : un "recueil pieuvre" », p. 171-179.
Erken aborde l'oscillation constante dans Un certain Plume entre continuité et ruptures et entre prose et poésie, comme « s'il s'agi[ssait] presque d'une oeuvre "pieuvre", qui a une patte dans tous les genres » (177).
VECK, Bernard, « Ponge et la mise en oeuvre », p. 181-193.
Veck présente la tension « entre l'héritage mallarméen du livre architecturé et [la] pratique de l'accumulation des fragments » (Alexandre : 13) dans le recueil pongien.
CUILLÉ, Lionel, « Recueil de circonstances ou manifeste du recueillement : Dix-neuf poèmes élastiques de Cendrars », p. 195-201.
Cuillé étudie la double structuration de l'espace-temps dans les Dix-neuf poèmes élastiques de Cendrars. Par la mise en recueil, les poème de circonstance sont réinscrits dans un espace communautaire contemporain, « dans une continuité où se dessinent les prises de position successives d'un jeune poète dans les querelles esthétiques de son temps » (196). Cuillé montre qu'il y a un rapport entre recueil et recueillement puisque Dix-neuf poèmes élastiques est structuré selon deux axes : « [l']axe horizontal associé au parcours rapide du monde [et l']axe vertical associé à la réflexivité du sujet qui se pense dans la profondeur d'une Tradition » (195).
WINSPUR, Steven, « Retrouver l'équilibre en lisant Stèle et Le Parti pris des choses », p. 203-209.
« Winspur s'intéresse à la portée éthique des recueils Stèles de Segalen et Le parti pris des choses de Francis Ponge. L'objectivation du texte est lue comme une leçon éthique adressée au lecteur, fondée sur la matérialité » (Alexandre : 13).
PARENT, Sabrina, « L'espace / temps dans Hors les murs de Jacques Réda : Une conception du recueil comme "agrégat en voie de désagrégation" », p. 211-219.
Parent montre comment Hors les murs est structuré selon « une certaine conception de l'espace / temps » (211), qui tend vers une sortie du temps (par exemple, dans l'emploi du modèle calendaire qui inclut une cinquième saison, la Hors-saison) et qui donne lieu à « un principe de fonctionnement tabulaire qui déséquilibre le recueil » (Alexandre : 13).
ROGGER ANDREUCCI, Christine Van, « Le recueil : chemins tracés, chemins déjoués : sur trois "recueils" contemporains. Sol absolu de Lorand Gaspar, Suites slaves de Jude Stéfan et Fragments : Poème de Salah Stétié », p. 221-230.
Rogger Andreucci aborde chez Garpar, Stéfan et Stétié la précarité du poème, dont l'écriture est fragmentaire, et la précarité du recueil, qui offre une architecture fragile « à des poèmes dont la nature même de fragment révèle le manque propre à la poésie et à l'humanité » (Alexandre : 13).
BISSONNETTE, Thierry et Luc BONENFANT, « Aventure du poétique : narrativité, prosaïsme et prose dans la poésie québécoise récente », dans René AUDET et Andrée MERCIER (dir.), La narrativité contemporaine au Québec. I. La littérature et ses enjeux narratifs, Québec, Presses de l'Université Laval, 2004, p. 85-106.
Cet article aborde l' « usage de la prose ou du mode narratif » (86) dans la poésie contemporaine québécoise, tant en vers qu'en prose. Bissonnette et Bonenfant identifient le prosaïsme, entre autres, qui s'oppose au poétisme, en tant que facteur de narrativité. La question du recueil est posée en filigrane dans ce texte. On comprend, d'une part, que ce dispositif permet de préserver la nature poétique des textes (l'autonomie des poèmes dans l'ensemble fragmente la trame diégétique) ; d'autre part, le recueil peut également favoriser une lecture narrativisante des poèmes qui se voient insérés « dans le système du livre » (103).
BLAIS, Jacques, « La structure de Regards et Jeux dans l'espace », dans De l'ordre et de l'aventure. La poésie au Québec de 1939 à 1944, Québec, Presses de l'Université Laval (Vie des lettres québécoises), 1975, p. 149-157.
Le fait que le recueil ne fonctionne pas selon l'ordre chronologique atteste son caractère de composition réelle. L'auteur de l'article élabore une démarche à partir des titres des sections et des poèmes. Grâce à ce repère, il dégage le principe organisateur de l'architecture poétique du recueil : la dualité thématique (vie-mort, solitudee-accompagnement, création-modèle) et résume la structure de Regards par la figure de l'ellipse. Cette étude schématique constitue un modèle pour la problématique du recueil.
CERQUIGLINI, Jacqueline, « Quand la voix s'est tue : la mise en recueil de la poésie lyrique au XIVe et XVe siècles », La présentation du livre. Actes du colloque Paris-X Nanterres, du 4 au 6 décembre 1985, actes présentés par Emmanuèle Baumgartner et Nicole Boulestreau, Paris, Centre de recherches du département de français de Paris-X Nanterres (Littérales), 1987, p. 313-327.
Cet article explique le passage de la poésie lyrique de l'oral à l'écrit aux XIVe et XVe siècles. La mise en recueil est considérée comme un « geste de totalisation » et la composition comme un jeu de rythme entre l'assemblage et la rupture, comme une polyphonie. L'observation « recueillir n'est pas cueillir » effectue la distinction entre les deux acceptions du recueil. La dispositio, autre inventio, sorte de création effective, intervient lorsqu'aux XIVe et XVe siècles le lyrisme traversa une crise. La question de sélection et d'anthologie y est également traitée.
DUPUIS-MORENCY, Catherine, « L'atelier de l'âge de la parole : poétique du recueil chez Roland Giguère », thèse de maîtrise, Université Laval, 2004, 134 f.
Le mémoire de Dupuis-Morency traite de la genèse du recueil L'âge de la parole, rétrospective rassemblant six recueils publiés entre 1950 et 1959 aux Éditions Erta. Par l'étude génétique des six recueils et de la rétrospective, Dupuis-Morency met en lumière la dynamique entre le texte et l'image, dimension totalement absente de L'âge de la parole, qui ne recueille que les textes. Si cette perte fait du recueil « un lieu de rupture », la « réécriture (ajout des inédits, réorganisation interne des recueils) » (117) crée une ouverture sémantique par la relecture qu'elle permet.
FONTAINE, Marie-Madeleine, « Le système des Antiquités de Du Bellay ; l'alternance entre décasyllabes et alexandrins dans un recueil de sonnets », dans Yvonne BELLENGER (dir.), Le sonnet à la Renaissance : des origines au XVIIe siècle. Actes des troisièmes journées rémoises, du 17 au 19 janvier 1986, Paris, Aux Amateurs de livres, 1988, p. 67-81.
Cet article étudie la fonction structurale de l'alternance rigoureuse des décasyllabes et des alexandrins dans les Antiquités de Du Bellay. L'auteure observe le lien explicite fait par Du Bellay entre l'architecture des édifices et la composition des recueils, d'où deux lectures possibles : horizontale et verticale. Les vers possèdent leur fonction respective : le décasyllabe sert l'émotion, la subjectivité, tandis que l'alexandrin convient au syllogisme, à la narration, à la démonstration. Fontaine illustre comment, à partir d'un élément formel, on peut saisir un principe essentiel et moteur d'une oeuvre, d'une pensée.
FRÉDÉRIC, Madeleine, La répétition et ses structures dans l'oeuvre poétique de Saint-John Perse, Paris, Gallimard (Publications de la Fondation Saint-John Perse), 1984, 251 p.
Cet ouvrage dégage divers types de principes d'agencement, qui se divisent en configurations élémentaires : dyade répétitive, triade répétitive, polyade répétitive ; en structures complexes : répétition encadrante, répétition-gigogne, reprise en attelage, répétition mêlée, embrassée, croisée ; et en séries continues : énumération, série homologique. Bien qu'il s'agisse davantage de structures internes aux poèmes, les exemples s'étendent sur des portions de discours assez larges pour que ces bases théoriques puissent être projetées sur l'ensemble d'un recueil.
FRELICK, Nancy, « The Text(ure) of Délie », Délie as Other. Toward a Poetics of Desire in Scève's Délie, Lexington, French Forum Publishers, 1994, p. 131-159.
Ce chapitre élabore une révision, un commentaire des diverses opinions des critiques sur les schèmes numériques de la Délie. Ensuite, l'auteure de l'analyse étudie le plan architectural des divisions et souligne le problème causé par le fait que les emblèmes ne forment pas des groupes thématiques. Elle démontre comment la structure est mobile, kaléidoscopique, puis comment elle reflète la non-unité et l'indétermination. La relecture, due à l'opacité et à l'ambiguïté, esquisse dans le recueil une circularité.
FRÉNAUD, André, « Réflexion sur la construction d'un livre de poèmes », La sainte face, Paris, Gallimard, 1985 [1968], p. 251-259.
Cette réflexion présente le point de vue inverse, comme une mise en garde à l'analyste littéraire. Si le recueil fonctionne incontestablement selon des principes repérables : opposition, répétition, antithèse, palinodie..., il est important de comprendre que l'arbitraire s'y glisse toujours et peut être par-dessus tout le reflet des « géographies secrètes d'un labyrinthe personnel » (p. 252).
GENINASCA, Jacques, Analyse structurale des Chimères de Nerval, Neuchâtel, Éditions de la Baconnière (Langages), 1971, 376 p.
S'appuyant sur les travaux de Jakobson et de Lévi-Strauss et sur la Sémantique structurale de Greimas, l'auteur propose une étude systématique des Chimères de Gérard de Nerval. Il s'agit pour lui de tenir compte à la fois de l'autonomie des poèmes et de l'univers sémantique du recueil. Le critique élabore un ensemble de « catégories positionnelles » (premier / dernier, intérieur / extérieur, parallèle / symétrique, etc.) et, par « superpositions paradigmatiques », obtient « un modèle des contenus, de type taxinomique ». Voir aussi, du même auteur, Les Chimères de Nerval. Discours critique et discours poétique, Paris, Larousse université (Collection L), 1973 [voir notamment la section « La réalité du recueil », p. 152-177].
HARMS, Alvin, « Art and Architecture », José-Maria De Heredia, Boston, Twayne Publishers, 1975, p. 103-128.
Il s'agit d'une analyse linéaire de la structure d'ensemble des sonnets des Trophées. L'auteur étudie l'évolution historique ou thématique des sections. Il observe aussi la division en trilogie et en paire, fonctionnant selon la narration et le principe d'écho. Il repère également les poèmes-clés puis les récurrences sémantiques et sonores (par exemple, quatre strophes de deux sonnets disposent leurs rimes selon un chiasme). Le chapitre traite ensuite de la forme du sonnet, ainsi que d'autres techniques symbolistes (images, suggestion, harmonie, poétique du miroir...).
LECERCLE, François, « L'erreur d'Ulysse. Quelques hypothèses sur l'organisation du Canzoniere de Louise Labé », dans Louise Labé. Les voix du lyrisme, textes réunis par Guy Demerson, Paris, Éditions du CNRS, Publications de l'Université de Saint-Étienne, 1990, p. 207-221.
Cet article souligne d'abord l'importante tradition pétrarquiste du Canzoniere et le souci des commentateurs du XVIe siècle d'en dégager l'organisation. Ensuite, il étudie le rapport de structure entre les élégies et le cycle des sonnets. Lecercle fait ressortir du cycle des sonnets le principe de « tissage et d'alternance », en suivant la logique de la concaténation. Puis, il observe la progression globale et l'aspect narratif, pour terminer avec la démonstration de l'étroite parenté du premier sonnet (en italien) et du Débat d'Amour et de Folie. L'auteur signale la grande qualité de l'article de Jean Rousset.
MATHIEU-CASTELLANI, Gisèle, « Structures rhétoriques des Tragiques », dans Marguerite SOULIÉ (dir.), La littérature de la Renaissance. Mélanges d'histoire et de critique littéraires offerts à Henri Weber, Genève, Slatkine (Bibliothèque Franco Simone / Universités de Turin et de Savoie, Centre d'études franco-italien, 13), 1984, p. 303-320.
Brossant une brève description des trois principales parties de la rhétorique : inventio, dispositio, elocutio, Mathieu-Castellani étudie comment le recueil d'Agrippa d'Aubigné se développe selon les divisions de la dispositio : exorde, narratio, confirmation et péroraison. Une structure logique est ainsi dégagée et les articulations entre les divers livres sont mises en lumière. La seconde partie de l'article s'intéresse à la typologie du discours : discours-cadre, délibératif et démonstratif.
MILLET, Olivier, « Les Epigrammata de 1558 : l'économie du recueil », Actes du Colloque international d'Angers, du 26 au 29 mai 1989, textes réunis par Georges Cesbron, Angers, Presses de l'Université d'Angers, 1990, p. 569-586.
Cet article étudie le rapport que la section Epigrammata entretient avec les autres livres des Poemata de Du Bellay. Puis l'auteur se concentre sur la question de la composition des Epigrammata, qui s'agencent selon le principe de la mise en valeur de chaque pièce, soit par contraste, par variation sur un thème, par enchaînement, par série ou par encadrement.
MOISAN, Jean-Claude, « L'organisation des Amours de Cassandre », Études littéraires, vol. 4, no 2 (août 1971), p. 175-186.
Cet article met en perspective la question des diverses éditions et explique comment les révisions de Ronsard dénotent une volonté d'organisation. Procédant de façon linéaire, cette étude dégage l'évolution narrative du recueil et distingue les aspects qui y participent : conscience d'un échec amoureux ; narration de cet échec ; conscience de la narration de cet échec. Le schéma, donné à la fin, résume le mouvement des Amours : ascension de la trame amoureuse, brisure et pivot ouvrant à l'expression des déchirements du poète. Cette dernière phase plus longue est scandée de sonnets stratégiques, autour desquels s'articulent des séries thématiques. Voir aussi, du même auteur, une autre étude de ce recueil, centrée sur la manifestation de l'isotopie Logos, et qui distingue, de ce point de vue, un discours englobant et un discours enchâssé : « Le "Logos" dans les Amours de Cassandre de 1584 », Mélanges de poétique et d'histoire littéraire du XVIe siècle, offerts à Louis Terreaux, textes recueillis et publiés par Jean Balsamo, Paris, Honoré Champion (Bibliothèque Franco Simone, 23), 1994, p. 97-118.
RENAUD, Philippe, Les trajets du Phénix. De « la Chanson du mal-aimé » à l'ensemble d'Alcools, Paris, Lettres modernes (Archives des Lettres modernes, 209), 1983, 79 p.
Cette analyse traite principalement de « la Chanson » d'Apollinaire. Elle observe les structures internes entre le refrain et les autres strophes et en dégage une « chaîne métonymique » constituée par les éléments (thèmes) des strophes. Les structures internes (allitérations en chiasme, symétrie, etc.) se projettent sur la structure d'ensemble : parallélisme, symétrie axiale en chiasme, poétique du double et du miroir. « La Chanson » et les autres poèmes du recueil forment un long poème ininterrompu, qui dessine la progression d'un périple initiatique. Leur interaction en fait un livre circulaire, un poème cyclique : la fin d'un poème devient le début du suivant dont la fin serait le centre d'un nouvel ensemble.
ROUBAUD, Jacques, [Sigma], Paris, Gallimard, 1967, 155 p.
Dans un mode d'emploi, Roubaud donne quatre façons différentes de lire le recueil. Par exemple, des sonnets constituent les vers d'un sonnet plus grand qui, avec d'autres, en forme un plus grand à son tour. Ce livre fait appel aux principes d'imbrication, d'englobement, mais aussi (par un système de signes mathématiques répartis stratégiquement) d'appartenance, de binarité, d'assertion, de réflexivité, etc. De plus, la disposition spatiale des pièces selon une partie de GO, parue dans une revue japonaise, illustre l'équilibre et la nécessité de l'ordonnance.
ROUSSET, Jean, « Jean de La Ceppède et la chaîne des sonnets », L'Intérieur et l'Extérieur, Paris, José Corti, 1968, p. 13-43.
Cette étude revoit les principes organisateurs du Canzoniere de la Renaissance en examinant quelques cas (de Du Bellay à Sponde). Cet article démontre l'ordonnance stricte et non interchangeable des chaînes de sonnets. En deuxième partie, Rousset se concentre sur Les Sonnets de Mort de La Ceppède pour en expliquer l'unité linéaire et l'itinéraire d'adoration. Il remarque les diverses formes de liens entre les sonnets : séries continues, diptyques, triptyques, constellations thématiques. Voir aussi, du même auteur, « Les recueils de sonnets sont-ils composés ? », The French Renaissance and its Heritage, essays presented to Alan M. Boase, London, Methuen, 1968, p. 203-215.
VAN DER STARRE, Evert, « Éditions de textes et structures du recueil poétique : Char et Queneau dans la "Pléiade" », Neophilologus, vol. LXXVI, no 4 (1992), p. 535-548.
Cette étude définit cinq types d'ordonnance : par a) principes formels, b) ordre chronologique, c) ordre référentiel, c) ordre thématique, e) ordre programmatique et f) ordre latent fondé sur la variété et la rupture. Ces ordres peuvent être combinés. Ensuite, l'auteur évalue successivement l'édition critique de Char, puis celle de Queneau. Cet article soulève des questions de base sur les indications de date, sur les titres et la disposition des poèmes en sections. Selon lui, un recueil qui fonctionne seulement par ordre chronologique ne présente pas une architecture valable.
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