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Le fragment : repères bibliographiques

Daniel Sangsue, " La figure du livre impossible dans les textes fragmentaires ", Interférences, no. 12, juillet-décembre 1980, p. 39-59.

Le point de départ de Sangsue pour l’étude du texte fragmentaire est la figure du livre impossible dans les œuvres des Schlegel, Valéry et Barthes. Ces écrivains ont un point en commun : l’écriture est opposée à la notion d’œuvre. Néanmoins, chez les romantiques et chez les contemporains, cette opposition prend deux sens différents. Pour le romantique, le fragment littéraire évoque un livre impossible, une totalité qu’il est incapable d’atteindre. Chez les Valéry et Barthes, on retrouve plutôt la figure " du livre incessamment différé " (48).

Aussi existe-t-il une différence entre une écriture fragmentaire revendiquée et une écriture qui demeure une partie du grand Tout. Chez Valéry et Barthes, le fragment n’est " plus […] le succédané malheureux [du livre – Schlegel soulignait l'impuissance du fragment –] et ne se définit qu’accessoirement par rapport aux autres fragments ou à l’ensemble du recueil " (45). Valéry et Barthes sont donc très près l’un de l’autre : la dialectique de l’écriture fragmentaire y est claire. Il s’agit d’un aller-retour ininterrompu entre le projet et sa réalisation impossible. La distance entre la pensée, le projet, et l’œuvre réalisée, le Livre, est sans cesse réduite par l’écriture (c'est le contraire pour le romantique). Du coup, cette écriture diffère l’accomplissement du projet initial. Selon lui, le paradoxe qui éclaire cette impossibilité d’achever tient en ce que le fait de tendre à la beauté mène inexorablement l’écrivain à l’inachèvement de son travail. Enfin, ces deux auteurs sont très près sur un autre point : l’écriture n’est jamais achevée, alors qu’une œuvre doit l’être. Ainsi, pour les deux écrivains fragmentistes, " le livre impossible [représente] le moteur même de toute écriture " (53). En somme, Barthes et Valéry opposent écriture et Œuvre.

L’article de Sangsue accorde peu d'intérêt à la dimension recueillistique de l’écriture fragmentaire. Il s’attardait plutôt à montrer la différence entre la pratique fragmentiste romantique et contemporaine à l’égard du Livre impossible, ce qui en fait un texte centré sur la notion d’œuvre.

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