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Le fragment : repères bibliographiques

Françoise Susini-Anastopoulos, " Fragment ", Dictionnaire universel des littératures, sous la direction de Béatrice Didier, Presses Universitaires de France, 1994, p. 1239-1242.

Cet article a comme caractéristique principale de bien synthétiser la problématique du fragment. Il en résume les enjeux importants dans une perspective théorique : le rapport du fragment à l’œuvre, au savoir (esthétique et gnoséologique) et au sujet écrivant.

L’auteure fait une mise au point sur les obstacles que rencontre qui veut établir une typologie de l’écriture fragmentaire. Elle relève trois problèmes propres à l'œuvre fragmentaire : on ne peut placer tous les textes fragmentés sur un même plan, puisqu’ils sont structurellement différents (fragmentation volontaire, fragmentation involontaire). De même, le lexique relié à cette pratique est très varié, ce qui empêche " l’homologation des formes fragmentaires " (1240). En effet, " fragment ", " aphorisme " ou " maxime " ne revêtent pas la même signification, bien qu’on note une variation dans la connotation de ces termes (ouverture pour le premier et fermeture pour les autres). Le troisième problème se situe au plan idéologique : les discours sur la pratique du fragment sont contradictoires. Désordre et impuissance, d'une part, liberté et maturité, d'autre part, le fragment suscite des interprétations opposées. Du point de vue esthétique, le fragment ne correspond pas au Beau classique, ce qui amène certains écrivains à le rejeter; mais il implique, dans plusieurs cas (contemporains), les notions positives de " désassurance " et de " délivrance " (1241). Même ambivalence du côté gnoséologique : le fragment peut être perçu comme une libération de la pensée, de son caractère erratique, mais en même temps, cette libération peut être vue comme une impuissance intellectuelle. Enfin, un paradoxe intéressant s’impose à propos du sujet écrivant : si ce dernier, dans l’écriture fragmentaire, n’est plus éclipsé par la Pensée, la rhétorique, et semble occuper tout l'espace de l'écriture, il demeure cependant inaccompli, car le fragment ne termine rien.

Ce court article ne traite pas de la dimension recueillistique de l’écriture fragmentaire. Il faut plutôt se référer au livre du même auteur : L’écriture fragmentaire : définitions et enjeux, qui propose un bilan des questions effleurées dans cet article.

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