Chercheur principal

  • Jonathan Livernois

Financement

  • CRSH, Subventions Développement Savoir, 2016-2018

Prolégomènes à l'étude de la poétique politique : enjeux, problématisation et étude de cas

Pourquoi, lors de moments importants de leur parcours, des politiciens cherchent-ils à s’exprimer en optant pour un type de discours qui n'est pas le leur, à savoir le discours littéraire – ou qui, du moins, en emprunte les ressorts ? Selon quelles stratégies et quels objectifs, notamment, de maintien ou de conquête du pouvoir ? Ces questions nous amènent aujourd’hui à évaluer les possibilités de sérier les types de rapports rattachant l'univers discursif de la politique à celui de la littérature, du politicien qui veut se donner l’image de l’intellectuel à celui qui se réclame d’une parole vraie et simple, en passant par celui qui veut construire une image d’ouvrier ou d’agriculteur lettré, autodidacte. 

Récemment, en France et au Québec, plusieurs travaux sur les rapports entre politique, littérature et engagement ont été publiés. En prenant comme premier point d’observation le cadre québécois (les écrits des membres et des personnalités proches du gouvernement de l’Union nationale, 1936-1960), notre projet de recherche veut proposer une autre approche, renversée, inédite : non pas comprendre, comme J. Rancière et J.-F. Hamel, pour ne retenir qu’eux, comment les acteurs du champ littéraire ont négocié leur rapport au politique (la gestion de l'espace commun d'une société donnée), mais bien plutôt comment les agents de la politique (au sens partisan, quotidien, parlementaire) ont abordé la littérature. Par des mémoires, des textes à teneur autobiographique souvent peu étudiés dans leur dimension textuelle et par la posture (J. Meizoz) de lettrés qu'ils ont cherché à se donner dans le discours social, des politiciens ont voulu user des pouvoirs de la littérature, des ressources d'un langage qui n'est pas qu'une courroie de transmission pour les idées. Il ne s'agira pas de débusquer ici une soi-disant littérarité, insoupçonnée, de tous ces textes. Nous tenons plutôt le pari qu’il y a là deux univers discursifs extrêmement riches dont les mécanismes du maillage restent à saisir. Plus encore, l’enjeu de notre démarche est de définir les bases d’une approche renouvelée du discours social : en rattachant les fils qui unissent deux sphères discursives (politique et littéraire) que d'aucuns ont voulu séparer (sauf pour étudier des cas de propagande), on voudra mieux voir ce que peut la littérature dans un cadre qui n'est pas le sien. Quels sont les bénéfices du littéraire là où on ne l'attend pas ? Comment cela participe-t-il de la volonté, plus vaste, qu’a le politicien d’augmenter son capital culturel (P. Bourdieu) ?

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