Chercheure universitaire

  • Ginette Michaud (Université de Montréal)

Financement

  • CRSH, Subvention ordinaire de recherche, 2011-2014

La question des arts dans les œuvres de Jacques Derrida, Jean-Luc Nancy et Hélène Cixous

Le premier objectif de ce projet consiste à pallier une lacune importante. Depuis la parution de La Vérité en peinture (1978), Jacques Derrida a en effet signé de nombreux textes sur les arts, poursuivant sa réflexion dans tous les domaines de l'esthétique. Or ces textes, devenus introuvables ou difficiles d'accès, n'ont toujours pas été recueillis, de sorte que la cohérence des propositions du philosophe dans ce champ reste encore insuffisamment prise en compte. L'une des visées de ce projet est donc de réunir cette vingtaine de textes (dont certains inédits), de les éditer et de les agencer en un recueil qui permette de saisir toute la portée du travail de Derrida concernant le voir, le regard, la représentation, la visibilité et l'invisibilité, l'image, de même que les « dessous » de l'œuvre et du marché où elle se produit. Le second objectif consistera à prendre la mesure de l'échange qui se produit entre Derrida et Nancy sur le plan de leur réflexion esthétique. Cette recherche touchera également, du point de vue de l'art, aux aspects les plus fondamentaux de leur pensée philosophique et politique. Il n'existe à ce jour aucune étude d'envergure sur ce sujet. Enfin, le troisième objectif prolonge cette recherche du côté de la littérature par l'examen de la question de l'ekphrasis, figure traditionnellement définie comme la « représentation verbale d'une représentation visuelle ». L'apport d'Hélène Cixous, qui poursuit une réflexion sur ce point précis tant dans son œuvre de fiction que dans plusieurs textes portant sur les pratiques d'artistes, sera très précieux sous ce rapport. Nous accorderons donc une attention particulière à ce qui se passe entre « dire » et « voir » chez ces trois penseurs. Leur approche de la chose de l'art, à l'évidence très différente, met en œuvre une nouvelle poétique de l'ekphrasis caractérisée non plus par l'ancienne rivalité entre peinture et discours (Lessing) mais par des passages, des transformations, des expérimentations intenses à son contact : il s'agit ici bien moins de représentation que de performativité, de recréation, de rencontre où toute hiérarchie entre sujet et objet, mot et image, est déstabilisée. Ce sont ces différentes modalités d'un « toucher des yeux » que nous souhaitons analyser chez ces trois auteurs, qui inventent une autre manière de parler de l'œuvre d'art en ne la faisant pas parler.

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