Chercheure principale

  • Marie-Thérèse Lefebvre (Université de Montréal)

Cochercheurs

  • Lucie Robert
  • Denis Saint-Jacques
  • Michel Lacroix
  • Laurier Lacroix
  • Serge Lacasse

Financement

  • CRSH, Subvention ordinaire de recherche, 2007-2010

La radio culturelle au Québec de 1922 à 1940 : lieu de professionnalisation, d’émancipation et de sociabilité pluridisciplinaire

Nos recherches précédentes sur le compositeur Rodolphe Mathieu, puis sur l'émergence du statut professionnel de compositeur dans la première moitié du XXe siècle ont fait ressortir une dimension importante, mais peu étudiée, de la transmission des oeuvres canadiennes : le passage de leur diffusion en salle de concert dans les années vingt vers leur diffusion en studio radiophonique dans les années trente. Ce transfert des activités musicales locales soutenues par le bénévolat et le milieu culturel des salons privés, salles d'hôtels ou grands théâtres vers les studios radiophoniques s'explique par la commercialisation des tournées de grandes vedettes internationales, reléguant la production artistique locale à la portion congrue de l'activité des concerts. Le visage de la vie musicale montréalaise se modifie. Avec la popularité grandissante de la radio, les agences publicisent avec plus d'agressivité les concerts en scène qui attirent un public nombreux et aussi sollicité, de manière tout aussi agressive, par le cinéma étranger. 

Cette recherche cherchera donc à expliquer en premier lieu quel a été l'impact de la radio sur le développement du milieu et sur la production artistiques francophones dans les années 1922 à 1940, en étudiant le contenu des émissions : oeuvres et interprètes de la musique classique et populaire, oeuvres littéraires, pièces de théâtre, et conférences/causeries sur l'art et sur divers sujets à caractère culturel. Nos premières recherches nous permettent, en effet, d'émettre l'hypothèse que la radio fut un lieu de professionnalisation pour de multiples interprètes et comédiens, qu'elle fut également, pour les compositeurs et auteurs, un lieu d'émancipation de l'idéologie cléricale (la gestion des ondes relevant de l'entreprise privée, puis du Gouvernement fédéral, hors du terrain de l'éducation), et un lieu de rencontres et de sociabilité pluridisciplinaire, dans la mesure où plusieurs émissions consacrées à la littérature, au théâtre et aux arts visuels sont accompagnées de musique. Ainsi, Robert Choquette choisit le pianiste et compositeur Alfred Laliberté pour accompagner la lecture de ses poèmes, des chanteuses sont aussi comédiennes, et des conférenciers sur l'art tendent à illustrer leur propos avec la participation d'un musicien. De plus, nous croyons que les studios, qui diffusaient en direct de plusieurs endroits dont les paquebots accostés au port, les salles de réception d'hôtels et les locaux réservés à cet effet par les propriétaires des postes radiophoniques, ont, jusqu'à un certain point, remplacé les réunions intimes des salons privés et ont contribué à créer de nouvelles règles de sociabilité. 

Cette recherche vise en second lieu à cerner la contribution de la radio à la démocratisation de la culture, par la diffusion d'un répertoire musical (classique et populaire), littéraire et théâtral plus considérable (que sur scène) et par le rayonnement des propos des intellectuels et artistes vers un public francophone plus large. Ainsi, l'initiation à la lecture d'oeuvres d'art, aux oeuvres littéraires, théâtrales et musicales, par des artistes et des critiques permet de faire déborder la culture savante et urbaine vers des publics qui y avaient moins accès. 

La numérisation systématique des grilles-horaires et des commentaires sur la radio publiés dans le journal La Presse entre 1922 et 1940 constitue notre corpus d'étude. 

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