Chercheurs principaux

  • Gilbert David (Université de Montréal)
  • Marie-Christine Lesage (Université de Montréal)

Financement

  • FCAR, 2000-2003

La réception critique du théâtre des femmes au Québec, 1930-1995

Ce projet de recherche vise à étudier le discours de la critique journalistique et savante, afin d'analyser les processus de réception, de classement et de consécration du théâtre des femmes au Québec entre 1930 et 1995. Il apparaît d'autant plus important de porter un regard sur cet aspect de la réalité théâtrale que la critique de théâtre possède un double statut : elle est à la fois une instance de réception et un véhicule d'historisation.

Instance de réception : Dans la plupart des cas, le texte dramatique de création est reçu par la médiation d'une représentation donnée. En raison de la nature éphémère de cette dernière, la trace critique sera souvent la seule qui demeurera. Aussi importera-t-il de différencier d'abord soigneusement les modes et les lieux de réception. Par ailleurs, le statut de la critique soulève d'emblée quelques questions. Jusqu'à quel point la critique théâtrale fait-elle la part entre le texte en lui-même et la mise en scène qui en est donnée ? Dans quelle mesure le destin d'un texte est-il lié à sa première manifestation scénique ? Aussi cette recherche portera-t-elle attention au phénomène de la double médiation, à savoir que la critique théâtrale est une lecture d'une lecture. En effet, il faut prendre en compte le fait que le metteur en scène est le premier récepteur d'une œuvre dramatique. Dans l'étude de la réception de la dramaturgie des femmes, on devra également poser la question délicate de la « sexuation sociale » (gender) des récepteurs premiers (metteur en scène) et second (critique), ainsi que le suggère l'étude de Savona (1992). Il s'agira de vérifier dans quelle mesure celle-ci influe sur la réception/perception artistique et critique de l'œuvre. 

Historisation : Le corpus critique en théâtre — il s'agit là d'une caractéristique propre au domaine — constitue l'une des principales traces à partir desquelles se constitue l'histoire du théâtre, d'où la nécessité d'examiner les critères dont se servent les critiques pour caractériser la production théâtrale en général et celle des femmes en particulier.

Ce projet de recherche sera centré sur l'analyse des textes qui ont traité du théâtre des femmes. Le corpus du théâtre féminin offre une matière méconnue, riche et diversifiée, et par-dessus tout propice à l'analyse des dimensions idéologiques, mises en jeu par la réception tant immédiate que décalée dans le temps (à travers les relectures successives). À cet égard, il va de soi que la question du féminisme devra être prise en compte, dans la mesure où ce mouvement social (pluraliste) est susceptible de révéler l'existence de figures axiologiques, sinon de filtres qui viennent s'interposer entre l'objet et sa réception. Quels sont les valeurs et les affects qui se manifestent de façon récurrente dans le discours critique sur le théâtre des femmes ? Quels modèles esthétiques servent de référence dans l'évaluation de tels textes dramatiques et de leur représentation ? Décèle-t-on des changements dans l'appréhension du théâtre des femmes sur le plan historique ? Existe-t-il des différences dans le discours critique, selon que le signataire est un homme ou une femme ?

La problématique de ce groupe de recherche vise donc à mettre au jour les règles, les codes (implicites/explicites) et les figures cardinales qui définissent les stratégies discursives caractéristiques de la réception critique du théâtre des femmes. Les résultats d'une telle étude mettront en lumière les valeurs défendues par la critique dans sa réception de la dramaturgie des femmes et du théâtre en général. Finalement, cette recherche s'inscrit dans une réflexion sur le rôle de la critique dans la construction d'une histoire du théâtre au Québec. Elle y contribuera par une critique de la critique dramaturgique au Québec.

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