Chercheure principale

  • Michèle Garneau (Université de Montréal)
  • CRSH, Subvention ordinaire de recherche, 2006-2010

Mémoire du temps. Anachronisme des images dans le cinéma québécois

Ce projet interroge, au cœur même de son histoire, la mémoire à l’œuvre dans les images de la cinématographie québécoise. Le découpage opéré à l’intérieur de cette cinématographie est celui d’un régime anachronique des images et qui s’attachera à démontrer la persistance du passé dans le présent, et la nature, proprement cinématographique, des modalités de sa résistance. La mémoire à l’œuvre dans les films n’est pas le retour sur un passé dont il s'agirait de retrouver la texture originelle (reconstitution historique), mais l'inscription de ce passé dans le présent, une véritable puissance de projection (du présent vers le passé, et du passé vers le présent). L’hypothèse avancée est que les films de cette cinématographie vont développer un rapport beaucoup plus riche et ambigu à l’histoire que celui valorisé par une idéologie « de rattrapage », et ce, en travaillant en régime anachronique. Fortement valorisée ces dernières années dans les champs de l’histoire et de l’histoire de l’art, la notion d’anachronisme – qui renvoie à un type non historique (chronologique et causaliste) de temporalité – me permettra de mettre en place un cadre théorique et analytique qui tienne compte de la teneur mémorielle de l’image cinématographique. 

J’accorderai une attention toute particulière au contexte socio-historique dans lequel ces films se situent, afin de démontrer comment et en quoi ils auront été des films à contretemps. Pour ce faire, deux modèles de temporalité seront proposés à l’examen : le premier est celui valorisé par les discours sociaux de l’époque, marqués par la modernisation et son idéologie de « rattrapage » ; le deuxième est celui s’inscrivant dans les films, marqué par le régime anachronique de l’image : un temps de la répétition, du retour, de l’intrusion d’une époque dans une autre, bref, un temps hétérogène. À l’égard du temps vif et rapide d’une société qui se modernise, les cinéastes québécois tenteront non seulement de le ralentir, mais aussi et surtout, d’en faire voir la foncière hétérogénéité. Comme si au plus fort du mouvement qui poussait en avant, on avait senti le besoin de temporiser, de ralentir le mouvement de l’histoire. 

À un niveau plus épistémologique, ma recherche contribuera à mettre en évidence, dans un monde surpeuplé d’images, le potentiel de l’audiovisuel dans la reconfiguration de la mémoire, le travail spécifique de l’image cinématographique dans son rapport au temps, à la mémoire individuelle et collective. Sur cette question, je tirerai profit de mes recherches antérieures à l’intérieur du groupe de recherche « Intermédialité de l’expérience » (FQRSC 2002-2005) dans lesquelles était examinée la relation entre l’expérience et la multiplication des moyens techniques de reproduction et de mise en récit dans l’espace contemporain. 

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