Chercheur principal

  • Benoit Doyon-Gosselin (Université Laval)

Financement

  • CRSH, 2011-2013

Sociologie des maisons d’édition de l’Ontario français depuis 1973

Comment s’institutionnalise la littérature dans les sociétés minoritaires ? Quelles stratégies éditoriales guident les éditeurs qui évoluent au sein de cultures de l’exiguïté ? Ce projet se propose de réévaluer l’émergence et la relative fragilité de l’institution littéraire franco-ontarienne à partir d’une étude des maisons d’édition qui y ont contribué. En se fondant sur l’inventaire complet des publications de toutes les maisons d’édition franco-ontariennes depuis 1973, année de la fondation de la première maison d’édition franco-ontarienne, le projet fournira un portrait d’ensemble de ces instances de production situées aux premières lignes de l’institution littéraire. Il se fondera sur le dépouillement et l’analyse des fonds d’archives des maisons d’édition de l’Ontario français. Le rôle des maisons d’édition dans l’autonomisation de la littérature n’est plus à montrer. Ce constat s’avère d’autant plus vrai dans les cultures minoritaires. Sans maisons d’édition francophones en Ontario, il n’y aurait pas ou si peu de littérature franco-ontarienne. Par ailleurs, avec une population de 500 000 francophones répartis inégalement dans trois foyers différents (Ottawa, Sudbury et Toronto), on est en droit de se demander comment les maisons d’édition ont pu survivre.

Le projet s’insère dans cette volonté de montrer comment la fonction éditoriale inscrit l’œuvre dans un projet de production entrepreuneuriale et le situe dans un mode de communication avec son milieu social. En effet, la recherche ne dispose pas à ce jour d’un inventaire précis des textes publiés par les différentes maisons d’édition de cette province. Une étude diachronique de l’édition en Ontario français permettra donc de fournir un meilleur portrait d’ensemble de ces instances de production situées aux premières lignes de l’institution littéraire. Le projet comblera ainsi une lacune importante au sujet des livres et des collectifs traitant de l’histoire littéraire franco-ontarienne. Dans ce contexte, la contribution qu’il entend apporter consiste en l’analyse des publications et du positionnement des maisons d’édition franco-ontariennes dans le champ littéraire.
Dès lors, l’hypothèse centrale à vérifier, portant sur l’ensemble des maisons d’édition en lien avec les données sociodémographiques de la population franco-ontarienne, sera la suivante : au cours des trente-cinq dernières années, l’institution littéraire franco-ontarienne ne s’est pas définie selon un champ de production restreinte et un champ de grande production de la même façon que les littératures nationales, mais plutôt selon une logique de deux champs de production restreinte, le premier étant populaire et local, le second étant lettré et pancanadien. Se pourrait-il que les sphères de production décrites par Pierre Bourdieu (pour la France et au début des années 1970) ne soient pas toujours applicables de façon universelle ?

Le projet cherchera à répondre à deux grandes questions : Comment d’une part, l’institution littéraire s’est-elle développée en Ontario français depuis 1973 ? Et comment, d’autre part, les sphères de production se modifient-elles dans un milieu minoritaire comme l’Ontario français ? 

Enfin, le projet servira d’une part à l’avancement des connaissances sur l’institution de la littérature en milieu minoritaire. D’autre part, les résultats seront utiles en dehors du milieu universitaire pour des organismes comme le Regroupement des éditeurs canadiens-français, l’Association des auteurs et auteures de l’Ontario français, le Conseil des Arts du Canada et le Conseil des Arts de l’Ontario. 

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