Équipe de recherche
Penser l'histoire de la vie culturelle au Québec

 

Présentation détaillée

 

Avancement des connaissances

Jusqu'à présent, on a principalement emprunté deux voies pour aborder globalement la vie culturelle. D'une part, celle des collectifs (Lemieux, Bibeau et coll. 2002), dans lesquels se trouvent juxtaposées des études sur divers types de pratiques culturelles. D'autre part, celle des grandes synthèses interprétatives (Bouchard et Lamonde 1995 ; Bouchard 2001 ; Lamonde 2001) qui, plaçant à distance les pratiques concrètes, proposent un panorama déployé selon une logique surplombante qui confère aux oeuvres une dimension surtout d'exemplification. Dans les deux cas, et malgré un profit documentaire, analytique et synthétique évident, il est difficile d'avoir prise sur la vie immédiate de la culture ainsi présentée, sur la circulation des agents, sur l'intrication des institutions dans un même milieu, ou encore sur les ressorts proprement esthétiques qui meuvent l'ensemble des pratiques.

Cette situation n'est pas propre au Québec, l'histoire culturelle française semble en être au même point, oscillant, par exemple entre l'Histoire culturelle de la France (Rioux, Sirinelli et coll. 1997), qui juxtapose des contributions spécialisées, ou encore Paris 1900 (Prochasson 1999) et des travaux consacrés à l'histoire des intellectuels (Sirinelli 1990 ; Ory 1992 ; Winock 1997) visant à construire des synthèses à partir de la trajectoire recomposée de certains acteurs sociaux. Du côté américain, les travaux semblent bien se poursuivre dans des perspectives similaires (Crunden 1994 ; Higham et Guarneri, 2001). On sent pourtant souvent dans ces ouvrages, tant québécois qu'étrangers, le souci de construire les liens qui expliciteraient les déterminations réciproques des différentes pratiques en fonction de thèmes esthétiques larges comme le « classicisme », le « régionalisme », l'esprit de la « frontière », la « modernité » ou la « postmodernité » ou en fonction de grands récits, sans que les moyens d'analyse disponibles permettent de pousser beaucoup plus loin.

Une subvention obtenue dans le cadre du programme de recherche innovante (FQRSC, 2002-2006) « Penser l'histoire de la vie culturelle au Québec », a permis de poursuivre les travaux et, entre autres, d'organiser un colloque, « L'Artiste et ses lieux » (Saint-Jacques, 2005), dont le souci a été de mettre en lumière la rencontre des thèmes et des cadres régionalistes avec l'ouverture aux mouvements modernes qui révolutionnent, pendant la période 1918-1939, les visées esthétiques et les usages formels, et ce aussi bien dans les arts plastiques qu'en musique ou en littérature, dans une aire géographique principalement québécoise et française. La diversité des solutions proposées par les différentes disciplines à une idéologie esthétique apparemment homogénéisante a retenu l'attention, mais aussi bien leur relative conformité au programme intellectuel commun.

Il va de soi que le travail mené dans le cadre de ce projet enrichira nos connaissances disciplinaires des arts au Québec. Mais l'objectif fondamental est de jeter les bases d'une nouvelle histoire de la vie artistique au Québec. Nous avons acquis la conviction que, grâce aux travaux que nous poursuivons individuellement et à la stimulation que nous offrent des rencontres régulières de travail de même que le recours à des outils communs, nous pourrons, à la fin de la période subventionnée, produire le plan d'une histoire de la vie artistique au Québec et proposer un plan de travail précis permettant la mise en oeuvre d'une grande recherche concertée conduisant à terme à la publication de l'ouvrage dont nous rêvons.

 

Cadre théorique

Pour rendre raison des dynamiques qui font émerger un espace de création culturelle distinct des sphères politique et religieuse, pour étudier comment cet espace se spécialise de plus en plus en fonction de pratiques disciplinaires et analyser les interactions entre les divers domaines culturels, la théorie du champ offre une perspective opportune (Bourdieu 1979 et 1992). Elle éclaire la logique propre aux champs culturels, offre un modèle socio-historique de la constitution des frontières disciplinaires, donne un cadre pour l'analyse des trajectoires individuelles et des institutions, et propose enfin une interprétation des relations objectives constituant les rapports entre les diverses instances culturelles. De plus, la théorie du champ intègre à sa lecture des rapports sociaux la question des rapports entre centre et périphérie, si cruciale dans le cas de la vie culturelle québécoise. Saint-Jacques a d'ailleurs déjà contribué de façon significative à l'analyse de l'émergence des champs culturels québécois (Saint-Jacques et Lemire 1991-2005 ; Saint-Jacques et Viala 1994 ; Saint-Jacques, 1999).

Nos propositions théoriques visent également à contribuer au développement de la théorie du champ grâce au recours à la sociologie des réseaux. Entre l'étude des trajectoires individuelles et l'examen des institutions ou du champ en général, il existe un niveau d'analyse relativement négligé, jusqu'ici, dans la théorie du champ, celui des réseaux de sociabilité (Racine et Trebitsch 1992; Fortin 2000, Boschetti, 1985). L'analyse de réseau transforme le point de vue sur les relations interdisciplinaires. En effet, il n'est à peu près pas de réseau, quel que soit son champ premier d'activité, qui ne compte dans ses rangs des acteurs issus d'autres champs. En nous basant sur les acquis de la sociologie des réseaux (Degenne et Forsé 1994 ; Lemieux 1999), en en adaptant les concepts à l'analyse des réseaux culturels suivant les propositions de M. Lacroix (2003) et en tenant compte de la pratique de reconstitution des réseaux conceptuels proposée par Larose (2004), il s'agit d'évaluer le degré d'homogénéité des réseaux culturels; d'examiner les caractéristiques des réseaux ou institutions ayant des racines dans plus d'un champ culturel ; de suivre la circulation des biens culturels et des discours sur ces biens ou sur les pratiques culturelles, mais aussi la circulation des référents théoriques, artistiques et intellectuels.

 

Pour information

Coordonnatrice : Lise Bizzoni

Dernière mise à jour : 9 août 2011

Contacter la webmestre

Courrier électronique : CRILCQ—Université de Montréal - CRILCQ—Université Laval - CRILCQ—UQAM

© 2012 Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises