Équipe de recherche
Penser l'histoire de la vie culturelle au Québec

 

Présentation générale

L'objectif global de l'équipe de recherche « Penser l'histoire de la vie culturelle au Québec » est de préparer une histoire de la culture artistique au Québec (arts plastiques, cinéma, littérature, musique classique, musique populaire, théâtre) de la fin du 19e au milieu du 20e siècle, à partir d’un modèle intégrateur d’analyse, basé sur la théorie du champ et la sociologie des réseaux. L’équipe s’est engagée depuis 2003 dans l'élaboration d'une nouvelle façon de penser l'histoire de la vie culturelle, croisant les champs disciplinaires artistiques, soucieuse de dégager les interactions entre pratiques, réseaux et institutions. Ce modèle d'histoire de la vie culturelle rend compte à la fois de la circulation des agents et de l'intrication des institutions dans un même milieu culturel, confronte les discours critiques liés aux diverses pratiques et rend justice aux œuvres singulières.

 

Avancement des connaissances

Jusqu'à présent, on a principalement emprunté deux voies pour aborder globalement la vie culturelle. D'une part, celle des collectifs (Lemieux, Bibeau et coll. 2002), dans lesquels se trouvent juxtaposées des études sur divers types de pratiques culturelles. D'autre part, celle des grandes synthèses interprétatives (Bouchard et Lamonde 1995 ; Bouchard 2001 ; Lamonde 2001) qui, plaçant à distance les pratiques concrètes, proposent un panorama déployé selon une logique surplombante qui confère aux oeuvres une dimension surtout d'exemplification. Dans les deux cas, et malgré un profit documentaire, analytique et synthétique évident, il est difficile d'avoir prise sur la vie immédiate de la culture ainsi présentée, sur la circulation des agents, sur l'intrication des institutions dans un même milieu, ou encore sur les ressorts proprement esthétiques qui meuvent l'ensemble des pratiques.

Cette situation n'est pas propre au Québec, l'histoire culturelle française semble en être au même point, oscillant, par exemple entre l'Histoire culturelle de la France (Rioux, Sirinelli et coll. 1997), qui juxtapose des contributions spécialisées, ou encore Paris 1900 (Prochasson 1999) et des travaux consacrés à l'histoire des intellectuels (Sirinelli 1990 ; Ory 1992 ; Winock 1997) visant à construire des synthèses à partir de la trajectoire recomposée de certains acteurs sociaux. Du côté américain, les travaux semblent bien se poursuivre dans des perspectives similaires (Crunden 1994 ; Higham et Guarneri, 2001). On sent pourtant souvent dans ces ouvrages, tant québécois qu'étrangers, le souci de construire les liens qui expliciteraient les déterminations réciproques des différentes pratiques en fonction de thèmes esthétiques larges comme le « classicisme », le « régionalisme », l'esprit de la « frontière », la « modernité » ou la « postmodernité » ou en fonction de grands récits, sans que les moyens d'analyse disponibles permettent de pousser beaucoup plus loin.

Une subvention obtenue dans le cadre du programme de recherche innovante (FQRSC, 2002-2006) « Penser l'histoire de la vie culturelle au Québec », a permis de poursuivre les travaux et, entre autres, d'organiser un colloque, « L'Artiste et ses lieux » (Saint-Jacques, 2005), dont le souci a été de mettre en lumière la rencontre des thèmes et des cadres régionalistes avec l'ouverture aux mouvements modernes qui révolutionnent, pendant la période 1918-1939, les visées esthétiques et les usages formels, et ce aussi bien dans les arts plastiques qu'en musique ou en littérature, dans une aire géographique principalement québécoise et française. La diversité des solutions proposées par les différentes disciplines à une idéologie esthétique apparemment homogénéisante a retenu l'attention, mais aussi bien leur relative conformité au programme intellectuel commun.

Il va de soi que le travail mené dans le cadre de ce projet enrichira nos connaissances disciplinaires des arts au Québec. Mais l'objectif fondamental est de jeter les bases d'une nouvelle histoire de la vie artistique au Québec. Nous avons acquis la conviction que, grâce aux travaux que nous poursuivons individuellement et à la stimulation que nous offrent des rencontres régulières de travail de même que le recours à des outils communs, nous pourrons, à la fin de la période subventionnée, produire le plan d'une histoire de la vie artistique au Québec et proposer un plan de travail précis permettant la mise en oeuvre d'une grande recherche concertée conduisant à terme à la publication de l'ouvrage dont nous rêvons.

 

Cadre théorique

Pour rendre raison des dynamiques qui font émerger un espace de création culturelle distinct des sphères politique et religieuse, pour étudier comment cet espace se spécialise de plus en plus en fonction de pratiques disciplinaires et analyser les interactions entre les divers domaines culturels, la théorie du champ offre une perspective opportune (Bourdieu 1979 et 1992). Elle éclaire la logique propre aux champs culturels, offre un modèle socio-historique de la constitution des frontières disciplinaires, donne un cadre pour l'analyse des trajectoires individuelles et des institutions, et propose enfin une interprétation des relations objectives constituant les rapports entre les diverses instances culturelles. De plus, la théorie du champ intègre à sa lecture des rapports sociaux la question des rapports entre centre et périphérie, si cruciale dans le cas de la vie culturelle québécoise. Saint-Jacques a d'ailleurs déjà contribué de façon significative à l'analyse de l'émergence des champs culturels québécois (Saint-Jacques et Lemire 1991-2005 ; Saint-Jacques et Viala 1994 ; Saint-Jacques, 1999).

Nos propositions théoriques visent également à contribuer au développement de la théorie du champ grâce au recours à la sociologie des réseaux. Entre l'étude des trajectoires individuelles et l'examen des institutions ou du champ en général, il existe un niveau d'analyse relativement négligé, jusqu'ici, dans la théorie du champ, celui des réseaux de sociabilité (Racine et Trebitsch 1992; Fortin 2000, Boschetti, 1985). L'analyse de réseau transforme le point de vue sur les relations interdisciplinaires. En effet, il n'est à peu près pas de réseau, quel que soit son champ premier d'activité, qui ne compte dans ses rangs des acteurs issus d'autres champs. En nous basant sur les acquis de la sociologie des réseaux (Degenne et Forsé 1994 ; Lemieux 1999), en en adaptant les concepts à l'analyse des réseaux culturels suivant les propositions de M. Lacroix (2003) et en tenant compte de la pratique de reconstitution des réseaux conceptuels proposée par Larose (2004), il s'agit d'évaluer le degré d'homogénéité des réseaux culturels; d'examiner les caractéristiques des réseaux ou institutions ayant des racines dans plus d'un champ culturel; de suivre la circulation des biens culturels et des discours sur ces biens ou sur les pratiques culturelles, mais aussi la circulation des référents théoriques, artistiques et intellectuels.

 

Axes de recherche

Axe A

Objectif : Préciser l’élaboration des réseaux et la diffusion des discours esthétiques par l’entremise des institutions culturelles au tournant du 20e siècle à Montréal.
Responsable : Laurier Lacroix
Membres : Micheline Cambron, Michèle Dagenais, Michel Lacroix, Marie-Thérèse Lefebvre, Germain Lacasse, Olivier Lapointe, Lucie Robert, Denis Saint-Jacques.

Axe B

Objectif : Préciser le rôle joué par la scène (professionnelle et amateure) dans le renforcement de la culture artistique commune durant les années 1920 et éclairer son lien avec l’esthétique des pratiques non scéniques.
Responsable : Lucie Robert
Membres : Germain Lacasse, Serge Lacasse, Michel Lacroix, Marie-Thérèse Lefebvre, Gilbert David, Luc Bellemare, Sandria P. Bouliane, Gwenn Scheppler.

Axe C

Objectif : Entreprendre l’analyse des rapports entre les œuvres en étudiant la translation des thèmes partagés dans l’esthétique régionaliste, et les liens qui unissent les rares œuvres qui restent en marge.
Responsable : Denis Saint-Jacques
Membres : Micheline Cambron, Laurier Lacroix, Robert Schwartzwald, Marie-José des Rivières, Jean-Christian Pleau, Brigitte Nadeau.

Collectif de recherche sur les interactions artistiques à la radio québécoise (CRIARQ)
Titre du projet : La radio culturelle au Québec de 1922 à 1940 : lieu de professionnalisation, d'émancipation et de sociabilité pluridisciplinaire.
Responsable : Marie-Thérèse Lefebvre
Membres : Luc Bellemare, Germain Lacasse, Serge Lacasse, Michel Lacroix, Lucie Robert, Denis Saint-Jacques.
Voir la page du projet.

Collectif de recherche sur les interactions artistiques à la radio québécoise (CRIARQ)
Titre du projet : La radio culturelle au Québec de 1922 à 1940 : lieu de professionnalisation, d'émancipation et de sociabilité pluridisciplinaire.
Responsable : Marie-Thérèse Lefebvre
Membres : Luc Bellemare, Germain Lacasse, Serge Lacasse, Michel Lacroix, Lucie Robert, Denis Saint-Jacques.

 

Équipe

Luc Bellemare – Musique populaire et musique classique
Micheline Cambron – Littérature
Michèle Dagenais – Histoire
Gilbert David – Théâtre
Marie-José des Rivières – Médias
Björn-Olav Dozo – Littérature
Germain Lacasse – Cinéma
Serge Lacasse – Musique populaire
Laurier Lacroix – Histoire de l'art
Michel Lacroix – Sociologie des réseaux et littérature
Olivier Lapointe – Littérature
Marie-Thérèse Lefebvre – Musique classique
Hans-Jürgen Lüsebrink – Histoire culturelle
Brigitte Nadeau – Histoire de l'art
Jean-Christian Pleau – Littérature
Lucie Robert – Théâtre
Christian Roy – Coordination
Denis Saint-Jacques – Littérature
Robert Schwartzwald – Études anglaises

 

Projets en cours (par ordre chronologique décroissant)

 

Projet terminé

 

Activités de l'équipe

Colloque « Histoire croisée des disciplines artistiques au Canada français : terrains et méthodologie ». 19 mai 2005. UQAM.

Colloque « L'indiscipline de la culture. Interactions artistiques dans l'histoire culturelle québécoise, 1900-1940 », dans le cadre du 74e Congrès de l'ACFAS. 19 mai 2006. Université McGill.

Colloque international « L'artiste et ses lieux : les régionalismes de l'entre-deux-guerres face à la modernité ». 15-17 avril 2003. Musée de la civilisation.

 

Séminaires

« L'Opéra au Québec au XXe siècle. Livret-musique-mise en scène-production-réception ». Séminaire 2006 du CRILCQ-Université de Montréal.

« Religion, culture et musique : artistes, écrivains, dramaturges et compositeurs québécois devant l'art sacré ». Séminaire 2005-2006 du CRILCQ-Université de Montréal.

« Les revues musicales et les réseaux ». Séminaire 2004-2005 du CRILCQ-Université Laval.

« Penser l'histoire de la vie culturelle ». Séminaire 2003-2004 du CRILCQ-Université Laval.

 

Pour information

Coordonnatrice : Nova Doyon

Dernière mise à jour : 18 novembre 2009

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