LIT- 931N
Sémiotique et histoire des formes littéraires : le poétique dans tous ses états

Université du Québec à Montréal, hiver 2009

Horaire : Jeudi, de 18 h à 21 h
Responsable : Luc Bonenfant

Descriptif
Commençons par une mise en garde : ce séminaire n'en est pas un sur la poésie : il s'agit d'y interroger le poétique et non pas le poème. Le poème et la poésie n'y constitueront qu'un cas d'espèce parmi plusieurs possibles (roman, théâtre, essai, cinéma, télévision...), et à partir desquels il deviendra possible de réfléchir au poétique, c'est-à-dire à la notion de poéticité.

Continuons par une anecdote : Cocteau aurait un jour confié à Aragon que le public considérait que ses pièces de théâtre étaient poétiques probablement parce qu'il les trouvait belles mais difficiles à comprendre. Pour anecdotique qu'elle soit, la remarque – qui assimile la « poéticité » à la « difficulté », voire à l'« obscurité » – a ceci d'intéressant qu'elle pose un problème de reconnaissance essentiel à notre compréhension et à notre définition de la notion.

Dans ce séminaire, nous poserons conséquemment une question, qui n'est simple qu'en apparence : qu'est-ce qui fait qu'un texte (roman, théâtre, poème, film, etc.) est poétique ? Autrement dit, à quelles conditions un texte doit-il répondre pour qu'on puisse le lire et le recevoir comme un texte poétique ? Quelles sont les modalités, esthétiques ou formelles, d'écriture ou de lecture, qui permettent de considérer qu'un texte est poétique ?

Il serait ainsi naïf de simplement statuer qu'un roman poétique met en valeur le caractère intransitif de son langage au détriment de sa réalisation diégétique. De la même façon, comment parler du drame poétique sans faire appel à la seule théorie des affects, pourtant sous-jacente à sa définition ? Toujours au théâtre, on pourra se demander si une comédie poétique reste possible, et à quelles conditions. Enfin, l'on sait bien que tous les poèmes ne sont pas poétiques : qu'est donc le « poétique » dans un poème ? Ajoutons à cela la possibilité qu'un texte ne soit pas poétique malgré qu'il soit investi par un intertexte poétique important. Par exemple, il n'est pas évident que les romans qui se situent dans la foulée des propositions mallarméennes sur la langue et la poésie soient pour autant des romans poétiques. On pourra donc, mais toujours dans le but de comprendre ce qu'est la poéticité, poser la question inverse de la « non-poéticité » du texte, qui ne serait pas la même chose que le prosaïsme si l'on en croit Pierre Popovic (pour qui le prosaïsme s'oppose plutôt au poétisme).

Derrière ces questions s'en profile une autre, de valeur, suggérée par l'anecdote évoquée plus haut : un texte poétique a-t-il une plus grande valeur qu'un texte non-poétique ? La poéticité d'un texte est-elle le signe de sa réussite esthétique ? Qu'entend-on, d'ailleurs, par « poétique » ? Le mot recouvre en effet une variété d'acceptions, historiquement variables et même parfois contradictoires, qui méritent qu'on s'arrête aux définitions possibles du concept.

Partant de la distinction entre le « genre » et le «mode », ce séminaire sera l'occasion de réfléchir aux questions et aux hypothèses tout juste évoquées dans la mesure où la question de l'appréhension du « poétique » est de fait plus complexe qu'elle ne semble à première vue. Elle appelle ainsi des regards théoriques divers - parfois même divergents - qu'il s'agira de confronter selon les corpus envisagés. Dans ce cadre, les étudiant(e)s seront invité(e)s à travailler sur des corpus provenant de genres variés. Idéalement, ils, elles, travailleront même sur le corpus de leur recherche en autant qu'il permet de poser la question du poétique.

Modalités et travaux
Ce séminaire est pensé comme un groupe de travail où le partage actif des points de vue, par le biais de présentations et de discussions, constituera le point focal de chaque séance. La formulation de propositions et d'hypothèses de même que la présentation (sous forme de comptes rendus) de diverses théories entourant la notion de poéticité mèneront à la confrontation des points de vue.

Le séminaire exige une participation active des étudiant(e)s inscrit(e)s ; la présence aux séances est conséquemment requise. Nous définirons au début du trimestre la nature exacte des travaux à réaliser, mais comme il s'agit de mettre l'accent sur les échanges, nous prévoyons privilégier une formule d'évaluation qui insistera davantage sur les exposés et les interventions orales.

La première moitié de la session sera consacrée aux enjeux théoriques soulevés par la notion de poéticité. Le professeur présentera des hypothèses initiales au cours des toutes premières séances alors que les séances suivantes permettront aux participant(e)s de partager leurs points de vue par le biais de comptes rendus des textes théoriques et critiques à l'étude. La deuxième moitié de la session donnera quant à elle lieu à des exposés analytiques, variant selon les intérêts des participant(e)s.

Les textes théoriques et critiques à l'étude pour la première moitié de la session seront disponibles dans un recueil de textes vendus à la Coop-Uqam. Nous encourageons les étudiant(e)s à faire porter l'exposé de la deuxième moitié de la session sur le corpus qu'ils/elles projettent de retenir dans le cadre de leur mémoire ou de leur thèse (cela bien sûr si le corpus se prête à une telle étude).

Bibliographie sommaire

  • Arsenault, Mathieu, Le lyrisme à l'époque de son retour, Québec, Nota bene, 2007.
  • Beebee, Thomas O., The Ideology of Genre, University Park, Penn State UP, 1994.
  • Bremond, Henri, La poésie pure, Paris, Grasset, 1926.
  • Cohen, Jean, Théorie de la poéticité, Paris, José Corti, 1995.
  • Combe, Dominique, « Poésie, fiction, iconicité », Poétique, 61, 1985, p. 35-48.
  • Combe, Dominique, Poésie et récit. Une rhétorique des genres, Paris, José Corti, 1989.
  • Combe, Dominique, « Retour du récit, retour au récit (et à Poésie et récit) ? », Degrés, no 111, 2002, p. b1-b16.
  • Doumet, Christian, Faut-il comprendre la poésie ?, Paris, Klincksieck, 2004.
  • Dufrenne, Mikel, Le poétique, Paris, PUF, 1963.
  • Genette, Gérard, Introduction à l'architexte, Paris, Seuil, 1979.
  • Goebel, Gerard, «"Poésie" et "littérature" chez Baudelaire et Mallarmé. Analyse du changement d'un concept », Romantisme, 39, 1983, p. 73-83.
  • Jakobson, Roman, Huit questions de poétique, Paris, Seuil, 1977.
  • Jauss, Hans Robert, « Littérature médiévale et théorie des genres », dans Gérard Genette et al., Théorie des genres, Paris, Seuil, 1986, p. 37-76.
  • Jenny, Laurent, « Poétique et représentation », Poétique, 58, 1984, p. 171-195.
  • Jenny, Laurent, La fin de l'intériorité, Paris, PUF, 2002.
  • Leibovici, Franck, Des documents poétiques, Marseille, Al Dante, 2007.
  • Mallarmé, Stéphane, «Crise de vers », Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 1945, p. 360-368.
  • Mossop, D. J., The Origins of the Idea of « Pure Poetry », Durham, University of Durham Publications, 1964.
  • Popovic, Pierre, La contradiction du poème, Candiac, Éditions Balzac, 1992.
  • Prigent, Christian, À quoi bon encore des poètes ?, Paris, P.O.L , 1996.
  • Ryan, Mary-Laure, « On the Why, What and How of Generic Taxonomy », Poetics, 10:2/3, 1981, p. 109-126.
  • Stevenson, Charles L., « Qu'est-ce qu'un poème », Poétique, 28, 1976, p. 157-201.
  • Valéry, Paul, « Questions de poésie », « Discours sur l'esthétique » et « Propos sur la poésie », dans Œuvres I, Paris, Gallimard, 1957, p. 1280-1294, p. 1294-1314, p. 1361-1378.
  • Walton, Kendall, « Catégories de l'art » dans Gérard Genette (dir.), Esthétique et poétique, Paris, Seuil, 1992, p. 83-129.


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