Par ordre chronologique décroissant.
Année : 2011-2013
Directeur de stage : Gilles Dupuis
Bourse : CRSH
Page web de Patrick Tillard
Titre : L’esthétique de la négation dans la littérature québécoise
Projet (résumé) : Ma recherche a pour but de reconnaître l’articulation des signes insolites d’une négation diffuse dans la littérature québécoise contemporaine (les proses critiques d’Issenhuth, la symbolique du projet poétique de Steak haché, la validité des écarts signifiés par les anathèmes d’André Beaudet). Signes disséminés, insuffisamment réguliers pour l’inquiéter et la questionner, pour l’inciter à se dépasser, même fractionnés, dispersés, amoindris, dans et par la littérature québécoise. Exprimés assez radicalement contre elle, ces signes n’ont jamais été analysés dans la perspective particulière d’une esthétique négative à l’œuvre en train de se fonder. Derrière l’écran quasi unanime d’une littérature plus qu’ailleurs vecteur de l’identité nationale s’exhibe dorénavant le découragement (Biron, Dumont et Nardout-Lafarge) devant la réduction de la légitimité de cette littérature, sa précarité et sa marginalisation dans la culture. Cette attitude (accablement, déception voire condamnation) mérite qu’on s’y attarde et justifie ma recherche dans la mesure où il importe d’analyser les forces et les tensions non convertibles à cette évolution, de lire dans cette négation une lucidité capable d’innover à nouveau. Dans cette recherche, il s’agira d’explorer les pulsions négatives d’écrivains québécois devant l’uniformisation littéraire, le repli nationaliste, d’explorer les antagonismes entre les tentatives d’affirmation identitaires et l’évolution de la littérature québécoise dans le champ d’une culture contemporaine mondialisée. La marchandisation du savoir et de la création provoque des nœuds de résistance où la revendication d’une autonomie créative côtoie refus, absences et silences. Au Québec, quelques écrivains (Jean-Pierre Issenhuth, André Beaudet) ont considéré que la trahison était dorénavant installée au cœur de la littérature, d’autres (Michelle Drouin, Jean-Paul Martino) ont préféré une créativité autre que celle d’une écriture qui se dérobe. Leur mise à nu de la littérature n’est pas sans éveiller la possibilité de son élimination au profit d’un appétit de réalité, conséquence de la remise en cause radicale d’une littérature dépourvue d’impact dans l’espace public et qui participe de la mystification générale (Debord). Se trahir pour exister en tant qu’écrivain, constater l’invalidation du poétique, aliéner ses capacités créatrices pour maîtriser l’art du compromis afin d’être publié : l’expérience de la sincérité n’épargne pas le champ de la littérature. La conscience nationale a fourni une image de la création littéraire où la littérature francophone a été constamment positivée pour la servir dans sa poétique propre, et soutenir le fait même de son existence. Son éclat, défauts et qualités, contribuait à en désigner la portée pour légitimer son histoire et son présent, son évolution et sa spécificité parce que le seul point de vue de sa présence était sa garantie (André Belleau). L’impression vraie de vivacité et de dynamisme qui en a résulté à la fin des années 60 (Aquin, Blais, Ducharme) s’est perdue et ses thèmes actuels réduisent ce que les perspectives d’une littérature québécoise affirmaient de conquêtes autrefois décisives. Une littérature de la visibilité a assigné aux écrivains à douter de la nécessaire dimension du chaos (Nepveu : « il faut insuffler du chaos dans la critique littéraire »), à ne pas comprendre le prestige de « l’anarchie resplendissante », à ignorer le corrosif et « sauvage besoin de libération » (Borduas/Refus global). Une approche ordonnée de la négativité libérera – peut-être – une radicalité endiguée, dégagera les dissonances extrêmement mouvantes de la création authentique du prévisible immobile. Le corpus sera constitué des écrivains suivants : Jean Pierre Issenhuth, André Beaudet, Michelle Drouin, Jean-Paul Martino, Philippe Haeck, les signataires du Refus Global.
Année : 2011-2012
Directeur de stage : Karim Larose, CRILCQ – Université de Montréal
Bourse : CRILCQ – Université de Montréal
Page web d'Evelyne Gagnon
Titre : Mélancolie contemporaine et persistance critique : tonalité et spatialité dans la poésie québécoise actuelle
Projet (résumé) :
Au cours de cette recherche postdoctorale, j’étudierai la poésie québécoise actuelle en abordant deux axes majeurs de la production contemporaine, soit les questions de tonalité et de spatialité. On sait combien le genre poétique s’est développé à partir d’un travail constant sur les régimes énonciatifs. Depuis le tournant des années 1980, on remarque à ce titre, autant en France qu’au Québec, un retour en force de tonalités lyriques non dépourvues de puissance critique. À cela s’ajoute l’exploration de nouvelles spatialités (les espaces urbains ou mondialisés, les lieux intimes, les non-lieux de la surmodernité définis par Marc Augé) qui influencent les formes, les figures et les paysages poétiques. En s’intéressant au concept de négativité littéraire, qui marque une large part du corpus québécois, on verra comment les esthétiques et le discours critique des poètes réinterrogent la pratique poétique au tournant du XXIe siècle. Une sélection de recueils importants sera analysée, œuvres qui proposent des tonalités oscillant entre l’intimisme et le politique, entre le mélancolique et la distance critique. Parmi ces recueils, parus depuis 1980, certains méritent d’être relus à la faveur des théories récentes (Nicole Brossard, Denise Desautels, Pierre Nepveu) et d’autres n’ont pas encore fait l’objet d’études substantielles (Carole David, Jean-Marc Desgent, Paul Chanel Malenfant). Si l’on peut aujourd’hui concevoir les formes singulières du lyrisme, au Québec, ce sera en regard de tonalités lyriques en mode mineur. Cela s’explique par trois aspects singuliers au contexte québécois, qui seront explorés dans cette recherche, soit : 1) l’évolution de l’adresse, entre autres dans la lyrique amoureuse ; 2) le rapport à la tradition, différent du contexte européen; 3) l’énonciation des lieux où se rencontrent une Amérique urbaine, dépaysante et, plus encore depuis 1990, l’ouverture intersubjective à une citoyenneté planétaire.
Année : 2010-2011
Directrice de stage : Johanne Lamoureux et Micheline Cambron, CRILCQ – Université de Montréal
Bourse : CRILCQ – Université de Montréal
Page web de Stéphanie Danaux
Titre : Apparition de l’enfance dans la presse francophone au Québec : les bandes dessinées humoristiques de La Presse et La Patrie, 1904-1909
Projet (résumé) :
L’objectif général de cette recherche postdoctorale est de procéder au dépouillement et à l’analyse d’une série de bandes dessinées humoristiques, parues dans les suppléments de fin de semaine des journaux La Presse et La Patrie entre 1904 et 1909, qui présentent la particularité d’aborder des thèmes traditionnellement rattachés au monde de l’enfance à une époque où il n’existe pas encore d’imprimés ludiques spécialement destinés à la jeunesse canadienne-française et où la jeunesse elle-même constitue un sujet inédit de l’humour visuel. Nous souhaitons dégager les caractéristiques formelles, textuelles et iconographiques de cette production, c’est-à-dire analyser le discours et les mécanismes de sa relation à l’image, tout en portant attention aux conventions du genre, ainsi qu’au style graphique et à ses sources.
Année : 2009-2010
Directrice de stage : Martine-Emmanuelle Lapointe
Bourse : CRILCQ
Page web de Mathilde Barraband
Titre : Figures de l'écrivain dans l'essai au Québec depuis 1980
Projet (résumé) : La recherche que je propose de mener autour de l'essai québécois des trois dernières décennies se veut plus largement une participation à une archéologie des représentations contemporaines de la littérature. Il s'agit de faire apparaître les figures saillantes de l'écrivain et de son activité qui ressortent de ces essais, et de se demander dans quelle mesure elles constituent les substrats d'un héritage. La lecture des essais sera ainsi orientée par la recherche de représentations types dont aura d'abord été constitué un inventaire. L'enquête comportera ainsi deux temps : à partir d'un vaste corpus théorique et critique (sur la figure de l'écrivain aux États-Unis, en France, et au Québec, notamment), elle constituera un répertoire des figures de l'écrivain ; puis, à partir d'un corpus d'essais québécois publiés entre 1980 et 2008, elle s'attachera à montrer ce que l'imaginaire des écrivains contemporains québécois sélectionne au sein de ce répertoire. Plus généralement, il s'agira de cerner le processus de la construction d'une figure d'écrivain, ses modes et ses motivations. Le postulat de ce projet est que les représentations de l'écrivain qui émergent des essais québécois contemporains se construiraient de manière privilégiée à partir ou contre des représentations qui se sont fixées dès les débuts de la littérature canadienne-française. S'il est essentiel de souligner, comme s'attache souvent à le faire la critique, qu'un dialogue contradictoire et structurant a eu lieu sur le long terme avec d'autres espaces culturels (la France, les États-Unis, notamment), il importe aussi d'interroger la fixation et la transmission, au sein de la littérature canadienne-française puis québécoise, de catégories et de problèmes spécifiques
Année : 2009-2010
Directrice de stage : Louise Vigneault
Bourse : PHVC
Page web de Stéphanie Danaux
Titre : Naissance et développement des imprimés illustrés pour la jeunesse de l’entre-deux-guerres au Québec
Projet (résumé) : Ce projet postdoctoral s'inscrit dans le cadre des travaux de l'Équipe de recherche « Penser l'histoire de la vie culturelle » (PHVC) rattachée au CRILCQ. L'objectif général de ce projet est de répertorier et d'analyser les imprimés illustrés – livres et revues – produits pour la jeunesse francophone du Québec au cours de l'entre-deux-guerres. Si les enjeux littéraires de ce type d'artefacts culturels ont déjà été étudiés, les questions liées à leur contenu matériel et esthétique – constitution, fonction et apparence de l'image – restent inexplorées. L'édition spécifiquement destinée à la jeunesse au Québec est apparue au tournant des années 1910 et 1920, suite au lancement par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal de la collection Les Contes historiques et de la revue L'Oiseau bleu, deux publications caractérisées par un profond mimétisme textuel et graphique avec les imprimés pour adultes. Pressentant l'ampleur du marché, plusieurs éditeurs soucieux de contribuer à la promotion de la littérature nationale – et encouragés par le vote de la Loi Choquette en 1926 – se lancent dans ce nouveau secteur. Leur action favorise une phase d'autonomisation portée par l'introduction de nouveaux auteurs et par l'oeuvre prolifique de l'illustrateur James McIsaac, véritable pionnier du secteur jeunesse. L'essor de cette production aboutit, dans les années 1930, au renouvellement des techniques, du style et de l'iconographie grâce à une nouvelle génération d'illustrateurs et d'éditeurs ouverts à la modernité. Le projet de recherche comprend plusieurs étapes. Il importe tout d'abord de quantifier et de dépouiller les imprimés illustrés produits pour la jeunesse dans l'entre-deux-guerres au Québec afin d'en dégager les caractéristiques plastiques (mise en page, iconographie, orientation stylistique, rapport texte-image et idéologie véhiculée) et d'en décrire l'évolution. Il s'agit ensuite d'identifier les modèles étrangers et la manière dont ils sont transformés et adaptés aux besoins locaux. Ces deux étapes permettront de préciser les interactions entre les divers médiateurs de ce secteur, tout en documentant la vie et l'œuvre des principaux illustrateurs pour la jeunesse actifs au cours de cette période.
Année : 2008-2009
Directeur de stage : Gilbert David
Bourse : CRILCQ
Page web de Hervé Guay
Titre : Le dialogisme hétéromorphe dans la dramaturgie québécoise contemporaine
Projet (résumé) : Le texte dramatique n’occupe plus dans les pratiques scéniques actuelles la place centrale qui était la sienne autrefois. Il subit au contraire la concurrence de formes artistiques et médiatiques qui l’obligent à s’adapter à un dialogisme scénique de plus en plus hétéromorphe. Mais l’auteur dramatique n’est pas non plus sans ressource et choisit souvent d’intégrer dans son écriture cette propension du théâtre contemporain à s’ouvrir à des formes hybrides. Cette recherche vise donc à étudier les mutations que fait subir au texte dramatique l’irruption de ce nouveau dialogisme scénique et cherche à mesurer dans quelle mesure le texte de théâtre actuel opère une rupture avec les dialogues traditionnels, surtout centrés sur les relations entre les personnages. Les travaux de Bakhtine, Todorov, Dort, Féral et Carlson sont à la source du concept de « dialogisme hétéromorphe » que nous avons élaboré pour expliquer le fonctionnement des pratiques scéniques actuelles. Ce dialogisme s ’éloigne des dialogues caractéristiques du modèle aristotélicien, mis à mal à partir du XIXe siècle. Nous postulons que les changements majeurs qui touchent le théâtre actuel mènent à une reconfiguration de la dramaturgie contemporaine et, plus précisément, à une nouvelle combinatoire entre le dramatique, l’épique et le lyrique au sein du drame. En se recomposant, le spectacle – et par conséquent, le texte – se trouvent à déplacer l’accent de la sphère intrapersonnage à une interaction plus directe avec le spectateur ou encore s’ouvre à une pluralité de voix distinctes comme, par exemple, dans les poèmes scéniques de Robert Wilson. En outre, les productions actuelles mettent très souvent à contribution d’autres systèmes de signes (autres arts, nouvelles technologies, etc) qui modifient la nature de la relation avec le spectateur. Cependant, quelle est l’influence de ce nouveau dialogisme scénique dans la dramaturgie québécoise actuelle ? Nous tenterons d’en repérer les traces dans En anglais comme en français, it’s easy to criticize (1998), Hippocampe (2002 et 2007), La Noirceur (2003) de Marie Brassard et Norman (2007) de Michel Lemieux et Victor Pilon. Les analyses porteront à la fois sur le texte, la représentation et le processus créateur étant donné la nature particulière de ce nouveau dialogisme, qui est de tenter d’intégrer la scène et ses potentialités, y compris le processus de création du spectacle, dans l’écriture dramatique.
Années : 2007-2009
Directrice de stage : Élisabeth Nardout-Lafarge
Bourse : CRSH
Page web de Sandrina Joseph
Titre : La banalité dans les pratiques autobiographiques contemporaines au Québec
Projet (résumé) : La banalité, qui appartient à la collectivité – au commun –, participe chez plusieurs écrivains de l’attestation de leur individualité – du particulier. Je tenterai donc de montrer comment le travail autobiographique qui traduit fatalement un désir d’unicité s’accomplit néanmoins souvent par la mise en récit du banal qui, paradoxalement, « contrarie les aspirations du Je au renouvellement original, personnalisant, de son expérience. » (Jerphagnon, Lucien. 1965. De la banalité. Essai sur l’ipséité et sa durée vécue : durée personnelle et co-durée. Paris : Vrin, p. 96.) Les différentes manifestations de la banalité dans les récits autobiographiques québécois des vingt dernières années explicitent en fait une tendance marquée chez leurs auteurs à raconter leur existence en faisant l’économie de l’événement, si ce n’est en y renonçant; or, toute entreprise autobiographique est portée par la nécessité d’attribuer un quelconque signe distinctif à son vécu, de telle sorte que ce refus du pathos et du singulier n’en reste pas moins un appel à la sensibilité et à l’expérience du lecteur. Dans ces conditions, comment le je autobiographique peut-il s’imposer à la fois comme un sujet distinct, exceptionnel et un individu reconnaissable, à la limite de l’ordinaire? En quels termes, sous quelles formes se joue le recours récurrent à la banalité dans les textes autobiographiques québécois parus depuis 1985 ?
Année : 2007-2008
Directeur de stage : Robert Schwartzwald
Bourse : CRILCQ
Page web de Guillaume Lafleur
Titre : La rencontre interculturelle dans la modernité cinématographique québécoise.
Projet (résumé) : Le cinéma-direct constitue une étape décisive dans l'entreprise filmique d'ethnographie du Québec contemporain. Premier jalon de la définition identitaire par le cinéma au courant des années 1960, il propose une prise de conscience culturelle et nationale, synchrone avec le tournant de la modernité d'alors. [...] Donner à voir une communauté et la responsabilité du cinéaste qui en découle peuvent devenir une entreprise risquée que notre projet va chercher à comprendre à travers l'analyse de ses diverses étapes. Puisque notre corpus [films d'Arthur Lamothe], est constitué d'œuvres montrant la rencontre entre cinéastes occidentaux et autochtones, nous chercherons à en exposer les conditions de possibilité, par le dispositif de la mise en scène qui se manifeste avec le choix des hommes et des femmes en présence, leur temps de parole, leurs gestes et la disposition des angles de caméra. L'ensemble de la réflexion, si elle peut témoigner de la responsabilité des cinéastes face à leur dispositif, impliquera à la suite de poser la question de l'effectivité du dialogue, car l'un n'assure pas la présence de l'autre. Nos recherches aborderont aussi la portée des modalités d'interaction que produit le film ou si l'on préfère, l'interrelation qu'il peut y avoir entre la place accordée à la communauté et la place laissée à la libre interprétation du spectateur.
Année : 2006-2007
Directrice de stage : Élisabeth Nardout-Lafarge
Bourse : CRILCQ
Page web d'Audrey Camus
Titre : Les formes contemporaines de la ménippée.
Projet (résumé) : Dans un ouvrage initialement publié en 1929 et traduit en France en 1970, Mikhaïl Bakhtine situe la poétique de Dostoïevski dans la tradition du genre carnavalesque qu'est la satire ménipée, caractérisée par la polyphonie et le mélange générique. [...] Or, s'il a consacré un ouvrage au grotesque carnavalesque, Bakhtine ne traite cependant de la ménippée que dans ces quelques pages de sa Poétique de Dostoïevski, et il semble en outre que, cette forme ayant été délaissée par les critiques au profit du mode satirique englobant en raison de son caractère protéiforme et instable, on n'ait guère considéré depuis la question de ses manifestations modernes. [...] Il s'agira donc d'étudier les éléments qui rattachent ces textes [ceux de Daniel Danis et d'Antoine Volodine] à la tradition ménippéenne, ce qu'ils lui empruntent, ce qui les en distingue, tout comme ce qui les rapproche et les différencie entre eux, pour comprendre la signification spécifique d'une telle résurgence dans la littérature québécoise aujourd'hui.
Années : 2005-2007
Directrice de stage : Élisabeth Nardout-Lafarge
Bourse : FQRSC
Page web de Sandrina Joseph
Titre : Elles parlent pour (ne rien) dire : les banalités conversationnelles dans le roman contemporain des femmes en France et au Québec
Projet (résumé) : Les femmes s'expriment avec la langue qui est mise à leur disposition, « la langue commune, la langue dominante [...], ce qui explique que la langue des femmes soit perçue comme déviante ». (Marina Yaguello, 1978, Les mots et les femmes , p. 10) L'hypothèse sur laquelle repose ma réflexion postdoctorale cherche de fait à cerner un de ces modes d'usurpation de la langue par les femmes : le recours à diverses formes de banalités langagières (le cliché, le ragot, le préjugé, etc.) dans la conversation se pose en effet pour certaines énonciatrices comme un moyen de parler autrement, bien qu'elles soient justement aux prises avec la langue de la doxa. Loin d'être socialement perçue comme une stratégie discursive de la dissidence, la banalité langagière est bien au contraire conçue comme un mode de communication par le biais duquel les locuteurs endossent la doxa, ce que Ruth Amossy souligne en avançant que « [l]e déjà-dit est la marque de la banalité; il est aussi celle de la soumission à l'idéologie dominante. » (1991, Les idées reçues , p. 30) Or, ces « images de seconde main » (Ruth Amossy, 1991, Les idées reçues , p. 26) que s'approprient les femmes qui conversent sont parfois détournées, remaniées, transformées par les locutrices qui, loin d'accepter l'idéologie véhiculée par les paroles qu'elles prononcent, élaborent plutôt, sous le couvert de la banalité, une critique - discrète ou véhémente - des normes sociales qui leur sont imposées. La conversation, qui est le mode de communication par excellence, s'offre de fait à ces locutrices comme un moyen de s'approprier par la parole une langue qu'elles usurpent pour ensuite communiquer leur désobéissance à leurs interlocuteurs.
Date : septembre 2005 à août 2007
Directrice de stage : Catherine Mavrikakis
Bourse : FQRSC
Titre : Synthèse de la réception de l'œuvre de Claude Gauvreau et amorces d'une recherche biographique
Date : 2005-2006
Directrice de stage : Catherine Mavrikakis
Bourse : CRILCQ
Titre : L'exploration du roman familial dans la production littéraire française et québécoise des vingt dernières années
Projet (résumé) : « Au sein de ce surinvestissement du biographique comme matière à questionner par le littéraire, le roman familial occupe une place centrale, en tant que tissage d'un héritage transgénérationnel rendu signifiant par le discours, et lui-même fait de discours : de récits mais aussi de lectures, d'une pluralité d'histoires et d'un rapport singulier au langage. [...] On souhaite interroger comment est en jeu chaque fois, à travers les divergences et convergences des poétiques comme des inscriptions historique et culturelle respectives [québécoise et française], la restauration d'un chaîne signifiante singulière, par la mise au jour des stratégies, enjeux et relations du récit mythologique puissamment influent qui a façonné l'histoire familiale, avant d'édifier au présent les conditions d'une subjectivation spécifique. »
Date : 2004-2005
Directeur de stage : Pierre Nepveu
Bourse : CRILCQ - site UdeM
Titre : Patchwork urbain et intertextualité : le roman montréalais à l'ère contemporaine
Projet (résumé) : Le premier objectif de ce projet de recherche consiste à élucider les rapports que le roman montréalais entretient avec la réalité urbaine contemporaine. Se dédoublant sans cesse entre une réalité et une image, entre l'événementiel et le textuel, le Montréal littéraire semble osciller entre fiction et réalité. Si l'on peut constater que le monde urbain apparaît dans la plupart des récits comme un lieu de communication, cette ouverture au monde constitue-t-elle pour autant une réelle caractéristique du roman montréalais ? Les auteurs contemporains interrogent-ils vraiment la réalité de Montréal, sont-ils capables de percevoir de manière critique ce que la ville représente ? Et, d'autre part, la culture montréalaise accède-t-elle à une existence littéraire autonome dans la fiction contemporaine ? Le roman réussit-il à proposer une archéologie de la ville et de sa culture ?
Date : 2003-2004
Bourse : CRSH
Titre : Figures et roman chez Germaine Guèvremont
Projet (résumé) : Cette recherche porte sur l'œuvre de la romancière québécoise Germaine Guévremont. Poursuivant sa réflexion entamée dans des recherches sur Louis-Ferdinand Céline, il tente dans ses travaux de montrer l'importante influence exercée par les genres et les figures sur l'imaginaire de l'auteure. Ses recherches l'ont amené à constater la richesse et l'importance de l'oeuvre non publiée de Guèvremont.
Dernière mise à jour : 30 janvier 2012
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