Stagiaires postdoctoraux au site Université Laval

Par ordre chronologique décroissant.


Rondeau, Frédéric

Date : janvier 2011 – décembre 2013
Directeur de stage : François Dumont
Bourse : CRSH
Page web de Frédéric Rondeau

Titre : Histoire d’une opposition à la littérature. La contre-culture, la nouvelle écriture et l’impact de 1968 au Québec

Projet (résumé) : Autour de 1968, un vaste mouvement de transformation — tant au niveau politique, social que culturel — s’opère au Québec dans la foulée des événements qui ébranlent au même moment la France, mais aussi les États-Unis. Une transition fait alors passer la « poétique du pays » vers de nouvelles préoccupations esthétiques souvent empruntées à la culture française ou américaine. Deux mouvements littéraires vont incarner un esprit de renouveau au Québec : il s’agit de la contre-culture et de la nouvelle écriture. En 1968, une multitude d’appels à la « révolution » sont logés par des écrivains, que se soit la « révolution permanente » de Michèle Lalonde, la « révolution démocratique » de Gérald Godin, la « révolution intérieure » de Raoul Duguay ou encore la « révolution globale » de Nicole Brossard. Or, je soutiens que, plutôt qu’un cahier de revendications révolutionnaires, ce qui unit la contre-culture et la nouvelle écriture est une prise de distance avec la littérature elle-même. Contestant toutes deux une autorité dont elles visent la destitution, la contre-culture et la nouvelle écriture s’attaqueront à l’institution de la littérature, c’est-à-dire autant à sa signification qu’à sa structure (son enseignement, ses revues, ses critiques). Cette suspicion généralisée s’exprime par une répudiation des genres établis, mais aussi par la recherche d’un « art total ». Celle-ci se manifeste par l’abolition de toute hiérarchie culturelle, notamment par l’intégration de divers médiums artistiques dont les arts dits « mineurs » comme la bande dessinée. Certains, jugeant que la tradition littéraire est complètement dépassée, éviteront d’utiliser le terme « littérature » pour le remplacer par « écriture » ou par « pratique textuelle ». Les romanciers, quant à eux, critiquent la tradition romanesque en empruntant à l’épopée, à la poésie ou encore à la composition cinématographique et utilisent une panoplie de procédés typographiques. Finalement, le soupçon littéraire s’étendra au livre lui-même. Les poètes intègrent alors des coupures de journaux, des photographies et s’orientent vers la « poésie visuelle » et le poème-affiche. Par l’analyse d’un vaste corpus, ce projet vise à identifier les différents aspects et manifestations de cette méfiance à l’égard de la littérature que l’on peut observer entre 1968 et 1980.


Lepage, Mahigan

Date : janvier 2011 – décembre 2012
Directeur de stage : René Audet
Bourse : CRSH
Page web de Mahigan Lepage

Titre : La mobilité du présent dans le récit de déplacement contemporain

Projet (résumé) : Ce projet de stage prolonge ma recherche doctorale sur le temps et le mouvement dans la littérature narrative contemporaine. Dans ma thèse (François Bon : la fabrique du présent, UQAM/Université de Poitiers, 2010), je montrais comment l’auteur contemporain François Bon construit, dans ses proses narratives, une temporalité radicalement présente ou présentiste. À revers des poétiques de la mémoire dont fait souvent état la critique contemporanéiste, certains auteurs français contemporains, s’inscrivant dans la continuité des explorations spatiales et urbaines de Georges Perec, reportent leur attention esthétique sur le présent et sur l’instant.
 
La prédominance du temps présent est particulièrement sensible dans la forme du « récit de déplacement », c’est-à-dire dans ces narrations d’itinéraires effectués via des modes de transport ou de locomotion. Les exemples de récit de déplacement abondent depuis deux décennies. Dans l’ensemble, les auteurs exploitent la totalité des modes et des infrastructures de déplacement du monde contemporain : le train de banlieue dans les Passagers du Roissy-Express de François Maspero (1990) ou Ferroviaires de Sereine Berlottier (2009) ; le train à grande vitesse dans Ce monde en train de Pierre Vinclair (2009) ou la Mancha d’Arnaud Maïsetti (2009) ; l’avion dans le Jardin des Plantes de Claude Simon (1998) ou Daewoo de François Bon (2004) ; les autoroutes et les périphériques dans Lac de Jean Echenoz (1989) ou Tigre en papier d’Olivier Rolin (2002) ; les routes américaines dans Lieu commun : le motel américain et l’Éblouissement des bords de route de Bruce Bégout (2003 et 2004) ; les trajets mégapolitains (en métro, en tramway, en taxi, en monorail, à pied…) dans Cybermigrances et Mégapolis de Régine Robin (2004 et 2009); et ainsi de suite. Évidemment, le récit de déplacement est aussi vieux que la littérature elle-même (pensons seulement à l’Odyssée d’Homère). « Tout récit est un récit de voyage », disait Michel de Certeau. Néanmoins, les changements récents du monde, en particulier l’évolution des modes de transport et les bouleversements urbains du dernier demi-siècle, ont modifié profondément nos rapports au temps et à l’espace. Dans Non-lieux , Marc Augé parle d’un retrait de l’histoire au profit du présent : « Les itinéraires ne vont pas sans horaires, sans tableaux d’arrivée et de départ qui font toujours une place à la mention des retards éventuels. Ils se vivent au présent. Présent du parcours, qui se matérialise aujourd’hui dans les vols long-courrier sur un écran où s’inscrit à chaque minute la progression de l’appareil ». Le déplacement s’effectue sous le régime temporel du transitoire, du passager. Or, c’est précisément ainsi que Heidegger définit, dans ses Chemins qui ne mènent nulle part, l’immédiat présent : « Le présent présent, écrit-il, séjourne à chaque fois pour un temps. Il séjourne en arrivée et départ ». On peut donc penser – et c’est là mon hypothèse – que la narration itinérante représente un moyen privilégié de saisie de l’aspect immédiat, transitaire et déshistoricisé du monde présent.
 
Le problème qui se pose est le suivant : comment faire récit, c’est-à-dire continuité narrative (Jean-Paul Goux, la Fabrique du continu), d’espace-temps fugitifs, discontinus, sans passé ni avenir? Pour explorer cette question, je prendrai notamment appui sur les théories de Gilles Deleuze ( l’Image-mouvement et l’Image-temps), qui permettent de poser les rapports entre mobilité et temporalité, ainsi que sur les travaux récents de Marie-Pascale Huglo ( le Sens du récit), qui fournissent des outils conceptuels pour penser la question de l’enchaînement narratif et les tensions entre discontinuité et fluidité qui l’informent.


Grzybowska, Aleksandra

Date : mars 2010 – décembre 2012
Directrice de stage : Marie-Andrée Beaudet
Bourse : Gaston-Miron
Page web de Aleksandra Grzybowska

Titre : Le personnage labyrinthique dans la prose française et francophone depuis 1990

Projet (résumé) : La mort du personnage littéraire annoncée par certains critiques ne s’est pas produite. Le personnage littéraire suscite encore bien des discussions malgré le brouillage définitionnel et se trouve à l’origine de nombreuses recherches théoriques. Cette notion occupe une place de choix dans la théorie et la pratique littéraires actuelles, surtout dans la compréhension et l’interprétation des textes. En effet, la production romanesque de vingt dernières années dans la littérature française et francophone témoigne du polymorphisme du personnage. En me référant aux différentes approches théoriques (anthropomimétique, textuelle et pragmatique), mon but est de présenter et de définir des procédés discursifs de construction et les modes du fonctionnement du personnage qui sont propres aux romans et aux nouvelles français et francophones depuis 1990. J’entreprends de les inscrire dans la perspective analytique de la figure du labyrinthe qui ordonnera plusieurs axes dans l’approche de l' homo fictus. Provenant de l’Antiquité, le labyrinthe est une figure bien opératoire qui offre de multiples possibilités analytiques et interprétatives. Des constructions spatiales dans les romans de Kafka et de Joyce ou des techniques discursives chez Borges, Butor et Robbe-Grillet réécrivent la figure du labyrinthe. Les références intertextuelles dans les textes de Barthes, de Calvino et d’Eco apportent d’autres exemples des configurations labyrinthiques. Compris comme métaphore existentielle et épistémologique, le labyrinthe exprime l’ordre et le désordre du monde et la complexité qui en découle. Il  permet de saisir l’essence de la condition humaine, surtout la condition de l’homme moderne perdu dans la multitude des choix, des valeurs et des lieux.

Ce projet se déploie suivant deux axes étroitement reliés. Le premier, essentiellement théorique, se penche sur les divers procédés nécessaires à la constitution et à l’individuation du personnage qui sont propres aux œuvres de forme longue ou brève identifiées à l’extrême contemporain. Mon étude relèvera surtout des acquis de l’approche sémiologique et anthropologique. Pour définir les modes d’apparition du personnage, j’aborderai les catégories de l’être et celles du faire proposées par Philippe Hamon.  En premier lieu, les analyses s’articuleront autour de la topique de la personne : les noms, le portrait physique et moral, le langage qui contribuent à créer des figures anthropomorphes.  Les recherches préliminaires permettent de décrypter les appellations hybrides, l’intériorité fragmentaire et en devenir, le parcours erratique, le langage chaotique et brouillé des personnages des textes de l’extrême contemporain qui entrent en dialogue avec l’esthétique du labyrinthe. En second lieu, j’analyserai les catégories du faire qui concernent les actions du personnage. Cette perspective analytique permet d’identifier les thèmes (la quête identitaire, la recherche d’un centre, le dédoublement, la rencontre avec le double), la vision du monde portée par le personnage (le vide existentiel, le malaise identitaire, la multitude des labyrinthes intérieurs, le sentiment de l’enfermement). Ces procédés de descriptions mettent en relief les combinaisons narratives grâce auxquelles il est possible de distinguer une hiérarchie entre les personnages.

Le deuxième volet analytique consistera à cartographier les figures de la spatialité urbaine dans les descriptions métonymiques des personnages. Je ne soumets à l’étude que les romans et les nouvelles dits urbains. Mon choix de l’esthétique urbaine est dicté par mon intérêt pour la poétique du personnage labyrinthique, la ville constituant avec son aménagement et son architecture la forme labyrinthique par excellence. Le personnage dans la production littéraire de vingt dernières années est souvent évoqué au milieu de la ville et dans ses multiples espaces privés et publics. Il est nécessaire d’étudier et de catégoriser les représentations des tissus urbains (les lieux anthropologiques ou les quartiers et les rues identitaires, historiques et référentiels; les non-lieux ou les points de transit, l’espace public) qui complètent considérablement les portraits des héros citadins. Ces analyses aboutiront éventuellement à une typologie de personnel urbain (à titre indicatif : le flâneur, la prostituée, le marginal, le consommateur, l’étranger).


Doyon, Nova

Date : septembre 2010 – septembre 2012
Directrice de stage : Chantal Savoie
Bourse : CRSH
Page web de Nova Doyon

Titre : L’invention d’une américanité française : traces et fragments d’un nouvel imaginaire dans le roman canadien-français de l’entre-deux-guerres

Projet (résumé) : Mon projet de recherche vise à étudier comment, à une période de grands bouleversements sociaux, politiques, culturels et économiques, marquée par « l’avènement de la modernité culturelle » (Lamonde et Trépanier 1986), se manifeste dans les œuvres l’inscription continentale de la culture canadienne-française. Il s’agira en somme de saisir l’expression, par le roman canadien-français des années 1920 à 1950, d’un nouvel imaginaire, celui d’une « américanité française », lequel redéfinit les rapports à la métropole culturelle française et au continent américain, en plus d’ouvrir sur de nouvelles formes d’interaction entre individus, entre hommes et femmes ou entre culture populaire et culture lettrée. Même si, dans certains discours, l’américanité est associée à des valeurs négatives, elle ne se réduit pas à cette représentation manichéenne de la société étatsunienne. Aussi, ce qui importe ici, c’est le travail du texte sur le social (Angenot 1989 ; 1992), sur ces traces d’américanité : même dans l’expression d’un « anti-américanisme », il y a inscription de la réalité nord-américaine dans l’imaginaire canadien-français. Postulant que les textes travaillent sur les discours et les segmentent, les découpent et les réassemblent, sans que cela soit un travail conscient ou explicite, je partirai des éléments qui, à l’époque, étaient associés dans l’opinion publique à l’américanité, ainsi que des personnages, traits ou récits assimilés à l’imaginaire de l’américanité.


Tillard, Patrick

Date : septembre 2009 à août 2011
Directeur de stage : René Audet
Bourse : FQRSC
Page web de Patrick Tillard

Titre : Les écrivains négatifs et la littérature québécoise

Projet (résumé) : Après avoir analysé dans ma thèse les modes de décréation et de refus des écrivains négatifs dans une coupe transversale de la littérature occidentale moderne (Robert Walser, Magloire Sainte Aude, Colette Peignot, Paul Nougé, Macedonio Fernandez, Herman Melville), cette recherche s'attachera à discerner les modes de la négation et les formes de l'absence de quelques écrivains québécois. La littérature québécoise, à travers ses oeuvres, me semble hantée elle aussi, par plusieurs tensions négatives et des impulsions vers l'absence. Les formes spécifiques de refus et d'absence de certains écrivains expriment-elles seulement les doutes et le manque de confiance dans leur écriture où interrogent-elles aussi leur littérature et selon quelle radicalité ? En effet, refus et silences scandent selon leurs modes singuliers le développement de la littérature québécoise : Saint-Denys Garneau et Nelligan ont laissé le flux du silence les envahir comme horizon unique et Réjean Ducharme est encore entier dans son anonymat, sans oublier un symptôme emblématique, culturellement et socialement, celui du Refus global (1948).

Avec la gravité d'une ligne de démarcation, les écrivains négatifs ont dénoncé ailleurs le fait brut d'une littérature voguant à la surface de la vie. Il est alors probable qu'à l'intérieur de la littérature québécoise se cachent de profondes résistances à son évolution, aux formes et aux objets de sa présence avec leurs parts d'implications sur sa dynamique même. Le constat brutal d'une logique éditoriale qui ne permet plus d'exprimer l'espérance d'un langage commun avec une écriture elle-même culturellement en débandade, rejoint peut-être d'autres tensions présentes dans cette littérature québécoise qui se construit. Cette dimension est à explorer sans omettre rien de l'écrivain lui-même : bilan, substance, tentative narrative et langage exécuté à perte.

Pour les écrivains tentés par la négation, l'exil de la littérature est pluriel, que ce soit à cause de l'absence de vérité de l'expérience créative littéraire (Giorgio Agamben) ou par suite de l'impossibilité de l'émancipation liée à la connaissance (Theodor W. Adorno). Figures tutélaires, « Bartleby » le personnage de Herman Melville et « Lord Chandos » de Hugo von Hofmannsthal signifient respectivement l'impossibilité du langage à exprimer les choses les plus simples devant la complexité du monde pour Lord Chandos, alors que pour le scribe Bartleby, l'agraphie définitive est préférable à l'aride répétition. La distance que ces écrivains ont constatée entre l'écriture, la littérature et la vie prouvent qu'une tendance non scripturale mais issue de l'écriture peut jouer un rôle décisif dans son évaluation. Kafka affirmait que « le positif nous est déjà donné », c'est alors la dimension subversive, cruellement absente dans la littérature actuelle, de l'ensemble des tensions du « négatif » que quelques véritables créateurs apostrophent par leur retrait. Si Rimbaud, mais aussi Robert Walser et Fernando Pessoa, ou même Herman Melville, devenu inspecteur des douanes au Port de New York, sont quelques-uns de ces écrivains habités par une défiance profonde de la littérature, la scène littéraire québécoise produit également des écrivains proches de l'exil comme Jean-Pierre Issenhuth (« Rêveries », Boréal, 2001) et d'autres qui, comme Michelle Drouin (« La duègne accroupie », 1960), ont entamé un retrait définitif de la littérature.

Alors que la littérature occidentale contemporaine prend partout le risque de s'épuiser dans une simple mécanique de la valeur d'échange, c'est l'analyse de ce qu'elle suscite comme négations au sein de la littérature québécoise que je tenterai de cerner. Cette approche permettra peut-être d'identifier la ou les figures littéraires présentes dans la littérature québécoise à même de symboliser, à l'instar de Bartleby, une des figures tutélaires des écrivains négatifs dans les lettres québécoises comme pourrait l'être le personnage de Jacques Brault dans « Agonie » (1984).


Scheppler, Gwenn

Date : janvier 2009 à décembre 2010
Directeur de stage : Denis Saint-Jacques
Bourse : FQRSC
Page web de Gwenn Scheppler

Titre : Les pratiques orales du cinéma et la culture populaire au Québec entre 1930 et 1960 : à la confluence des sphères publiques alternatives et des institutions

Projet (résumé) : Les « pratiques orales du cinéma » (Lacasse, 2007) désignent des formes de projections cinématographiques accompagnées de discussion, de conférence ou de prêche, où la participation active du public est requise par le dispositif et où la parole in praesentia guide le sens du film. Ces pratiques se développèrent au-delà de l’avènement du son au cinéma et constituèrent une alternative à la normalisation des formes de projection. Souvent elles étaient aussi le signe d’une négociation des discours modernistes véhiculés par le cinéma. Au Québec, bien qu’aucune étude spécifique n’y ait été consacrée, de nombreuses pratiques orales du cinéma coexistèrent entre 1930 et 1970. Les principales que nous ayons relevées sont les prêtres-cinéastes, les représentants de l’Office National du Film, les circuits de cinéma éducatif du Service de Ciné Photographie provincial et les ciné-clubs de l’Action Catholique. Chacune d’entre elle avait son propre mode de fonctionnement, et leurs objectifs étaient souvent contradictoires, voire opposés. Cette profusion nous fait supposer qu’il s’agit là d’un trait distinctif de l’histoire du cinéma dans la province, supposition renforcée par le fait que les films québécois des années ultérieures étaient fortement marqués par l’oralité. Nous voulons donc documenter et décrire ces pratiques, et en étudier les implications esthétique et culturelle, mais aussi sociologique et politique.

Dans une perspective historique, nous allons documenter et décrire les pratiques orales du cinéma du Québec entre 1930 et 1960 ; nous voulons mettre en évidence le lien de ces pratiques avec la culture orale sous-jacente et puissante du Québec.

Ensuite, dans la perspective de l’histoire politique et idéologique du Québec, nous voulons analyser la façon dont ces pratiques sont réparties selon des enjeux liés aux institutions qui les promouvaient : les prêtres-cinéastes répondaient aux impératifs du sacerdoce du clergé canadien-français et de la directive papale « Vigilanti Cura » ; le Service de Ciné-photographie dépendait des impératifs des gouvernements provinciaux ; les représentants de l’Office National du Film obéissaient aux programmes modernistes et propagandistes mis en place par leur institution ; les ciné-clubs étudiants étaient pour leur part influencés par toutes ces formes et obéissaient aux visées contradictoires de l’Action Catholique au Canada.

Enfin, dans une perspective sociologique, nous voulons mettre en évidence le fait que ces pratiques recouvrent des attitudes différentes des groupes sociaux qui les adoptent par rapport aux valeurs et discours de la modernité véhiculés habituellement par le cinéma, et montrer que ces pratiques forment des « sphères publiques alternatives » (MacKenzie, 2004) où l’on débat des représentations sociétales traditionnelles. Nous voulons particulièrement étudier la façon dont les pratiques orales du cinéma interagissent avec les discours idéologiques et culturels généraux (sur la langue, le devenir de la société et de la religion) qu’on trouve dans les grands débats de société entourant la littérature, qui se répandent et se transforment de 1930 jusqu’à la Révolution Tranquille.


Stasinopoulou, Maria

Date : septembre 2009 à mars 2010
Directrice de stage : Irène Roy
Page web de Maria Stasinopoulou

Titre : Stratégies de mise en scène dans le théâtre québécois actuel

Projet (résumé) : Ma thèse de doctorat visait une analyse sémiologique des représentations de pièces de Molière effectuées par des troupes grecques. Le but était de révéler les affinités des systèmes de signes afin de dévoiler la vision des metteurs en scène dans le contexte social et culturel grec.

Mon projet postdoctoral a pour objet de prolonger cette recherche dans le but d’étudier des stratégies de mise en scène du théâtre québécois actuel. En fait, je désire analyser et approfondir un large éventail d’approches de mise en scène. Citons, à titre d’exemple, la création collective via l’utilisation des Cycles Repère, l’utilisation de l’hémicorps comme technique de jeu, le théâtre de l’image et le théâtre jeune public.

Ces stratégies de mise en scène seront abordées à travers l’espace scénique, le corps de l’acteur et les nouvelles technologies comme facteur d’enrichissement d’une représentation. L’objectif final est de découvrir les points communs et les variantes qui caractérisent ces visions de la création théâtrale québécoise. Par ailleurs, il serait intéressant de vérifier si ces pratiques artistiques ont des correspondances dans la création théâtrale hellénique, ou pourraient y trouver un lieu d’expérimentation.

La méthodologie consiste à faire des entrevues avec des metteurs en scène québécois, entrevues qui seront par la suite complétées par un matériel optiacoustique et des critiques de spectacles. J’espère que l’analyse de ce corpus permettra d’éclairer les étapes de leur méthode de création afin de mieux faire apparaître la richesse des stratégies de mise en scène qui se développent dans le théâtre d’ici.

Concernant les Cycles Repère, j’ai choisi d’investiguer cette approche de création avant tout parce qu’elle se fonde sur la sensibilité des artistes et les émotions. De plus, les partitions élaborées par les utilisateurs des Cycles se transforment en signes linguistiques et paralinguistiques qui invitent le spectateur à faire de multiples interprétations des signes théâtraux mis en évidence par le metteur en scène. Enfin, j’ai la possibilité d’approfondir ce cheminement de création sous la supervision de la professeure Irène Roy, chercheure au CRILCQ et spécialiste de cette approche.

En résumé, l’objectif de ma recherche s’inscrit dans un cadre plus large d’analyse théorique de la science de la mise scène qui vise à familiariser le public grec avec certains principes de la création artistique québécoise, source d’inspiration particulièrement riche et prometteuse.    


Roy, Nathalie

Date : janvier 2009 à décembre 2010
Directeur de stage : René Audet
Bourse : FQRSC
Page web de Nathalie Roy

Titre : Narrativité contemporaine et épistémologie romantique : aux fondements philosophiques du roman actuel

Projet (résumé) : Volontairement ambitieux, le titre de ce projet reflète non pas une volonté de poser un regard synthétique sur une production romanesque extrêmement riche et diversifiée, mais plutôt d'examiner le roman d'aujourd'hui à l'aune des travaux de ses tout « premiers théoriciens » (Lukács, 1968). Les fondements philosophiques dont il est question sont ceux qu'ont développés les esthéticiens du premier romantisme allemand. Je pars du postulat que, dans plusieurs oeuvres contemporaines, on retrouve des réminiscences de la conception romantique de la finalité du romanesque, réminiscences qu'il s'avère très utile d'étudier pour saisir certains enjeux du roman actuel. Si plusieurs chercheurs se sont penchés sur la postérité de la pensée du premier romantisme et ont constaté ses contributions importantes dans des domaines variés (théories du sujet, mouvements d'avant-garde, théorie postmoderne, etc.), ceux-ci ont généralement conçu la philosophie romantique comme une source plus ou moins lointaine. Je cherche au contraire à retrouver dans cette philosophie un filon vivace et de montrer ainsi le caractère opérant d'une pensée méconnue - notre « véritable inconscient romantique » (Lacoue-Labarthe et Nancy, 1978) -, qui informe encore de façon déterminante l'écriture d'aujourd'hui.

Ce projet vise à rendre compte d'une démarche de réflexion propre au roman, qui hérite d'une théorie spéculative de la littérature, et plus particulièrement de l'idée selon laquelle l'écriture se fait quête d'un savoir autre, voire d'un savoir extatique. Je propose que la narrativité et les modulations actuelles du récit dans certains romans contemporains révèlent une posture paradoxale semblable à celle qui a amené F. Schlegel et Novalis (notamment) à poser la littérature comme solution aux apories de la pensée spéculative. Reposant sur une visée épistémologique nourrie de la conscience aiguë d'une irréductible pluralité, cette posture n'abandonne pas pour autant le rêve d'exprimer quelque chose qui échappe à la contingence inévitable des représentations. Il y aurait, autrement dit, dans les avatars contemporains d'une perspective née chez les romantiques une attitude par laquelle on prend acte de l'échec de toute tentative de d'illustrer l'expérience comme une totalité cohérente, sans pour autant y renoncer. La littérature contemporaine, redevenue « transitive », se livre selon ce point de vue à un jeu de reformulation constante de la complexité, qui repose sur le fantasme d'une cohérence retrouvée. Le corpus d'étude est français (Michon, Rolin, Quignard) et québécois (M.-C. Blais, S. Jacob).


Boisclair, Antoine

Date : septembre 2007 à août 2009
Directrice de stage : Marie-Andrée Beaudet
Bourse : CRSH
Page web d'Antoine Boisclair

Titre : Les écrits sur l'art et l'histoire littéraire au Québec depuis 1918

Projet (résumé) : Ce projet postdoctoral est consacré aux écrits sur l'art publiés par des écrivains québécois depuis 1918. L'objectif principal de ce travail consiste à évaluer dans quelle mesure ce corpus peu étudié converge ou diverge par rapport aux discours véhiculés par la critique sur l'histoire littéraire québécoise. Il s'agit dans un premier temps de recenser des essais, des articles, mais aussi des textes de fiction et des poèmes rédigés par différents auteurs (Robert Élie, Gilles Hénault, Pierre Vadeboncoeur, pour en nommer quelques-uns) dans lesquels est développé un propos sur les arts visuels. Dans un deuxième temps, ce projet vise à analyser les textes en question sous l'angle de l'histoire littéraire et de l'esthétique. Quelques questions guideront alors mes recherches : quels concepts ou quelles métaphores permettent aux écrivains de nouer des liens esthétiques entre les arts visuels et la littérature ? Qu'est-ce qui caractérise le genre littéraire des « écrits sur l'art » par rapport à la critique d'art professionnelle ? Quels rôles les écrits sur l'art ont-ils joué dans le développement de la modernité littéraire québécoise ?


Caumartin, Anne

Date : septembre 2006 à juin 2008
Directeur de stage : François Dumont
Bourse : FQRSC
Page web d'Anne Caumartin

Titre : Conception de la culture québécoise contemporaine et modalités de non-filiation. L’essai en revue(s) au tournant au XXIe siècle.

Projet (résumé) : Les études littéraires au Québec démontrent un intérêt certain pour l'évolution récente de la culture. Les plus importants travaux sur le sujet se penchent principalement sur son élaboration synchronique (métissage, écriture migrante, etc.) et négligent la perspective diachronique qui permettrait de brosser un portrait d'ensemble des mécanismes conduisant à la conception actuelle de la culture québécoise. Ce projet de recherche propose donc de combler cette lacune en montrant, par le biais des essais littéraires parus en revue entre 1995 et 2005, comment la représentation de la culture résulte de tensions à la fois synchroniques, par les rapprochements et les antagonismes entre les sociabilités littéraires, et diachroniques, par les filiations intellectuelles qui se voient perpétuées ou réorientées.


Glinoer, Anthony

Date : septembre 2005 à août 2006
Directeur de stage : Denis Saint-Jacques (projet Vie littéraire au Québec)
Bourse : (bourse conjointe) CRILCQ - site UL et Vie littéraire au Québec
Page web de Anthony Glinoer

Titre : Lieux de la bohème québécoise (1890-1918)

Projet (résumé) : Le présent projet tâchera d’analyser et d’évaluer la transmission des pratiques de la Bohème au Québec ainsi que les modes de transferts culturels que met en jeu cette réappropriation: en fonction de quelles lectures, au prix de quelles tensions se dit-on bohème à Montréal à la fin du XIXe siècle ? (...) L’objectif central sera de comprendre et d’expliquer les modes de circulation, de reproduction et de transformation de cette pratique sociale, de ce positionnement littéraire et de ces imaginaires d’écrivains entre 1890 et 1918.


Hein, Fabien

Date : septembre 2005 à août 2006
Directeur de stage : Serge Lacasse
Bourse : CRILCQ - site UL
Page web de Fabien Hein

Titre : La littérature dans le rock. Le rock dans la littérature. Une étude comparative des pratiques littéraires au Québec et en France

Projet (résumé) : Le rock est un phénomène artistique et culturel majeur depuis la seconde moitié du 20e siècle. Il a produit une littérature aussi foisonnante que méconnue. Je propose, dans ce projet de reccherche, d’en explorer les différentes formes en poursuivant deux objectifs complémentaires. Premièrement, identifier et rendre compte du corpus de cette production littéraire au Québec en prenant appui sur la presse spécialisée locale. Deuxièmement, en examiner le fonctionnement en mobilisant une sociologie des réseaux. De manière à augmenter le potentiel heuristique de cette étude, j’entends l’inscrire dans une démarche comparatiste avec la production littéraire rock française.


Larose, Karim

Date : septembre 2003 à août 2005
Directrice de stage : Marie-Andrée Beaudet
Bourse : CRSH


Brissette, Pascal

Date : septembre 2003 à août 2004
Directrice de stage : Marie-Andrée Beaudet
Bourse : CRILCQ - site UL

Titre : Fréchette et Nelligan: le making of

Projet (résumé) : Je me propose d’étudier, dans le cadre de la présente recherche, les stratégies déployées par deux écrivains canadiens-français du XIXe siècle en vue de s’approprier ces figures de la malédiction littéraire, et, à travers celles-ci, le capital de légitimité dont elles sont porteuses. Ces écrivains sont l’auteur de La voix d’un exilé, Louis Gréchette, et celui du « Vaisseau d’or », Émile Nelligan, tôt reconnus l’un comme le grand poète national, l’autre comme le premier poète maudit du Canada français. À partir d’analyses ciblées de textes (intimes, poétiques, critiques) et d’images (gravures, photographies), je chercherai à comprendre à quelles conditions et en vertu de quel travail rhétorique ces figures, forgées dans des discours étrangers et correspondant à des états spécifiques du développement de l’institution littéraire française, ont pu être réemployées dans la sphère littéraire canadienne, dont le processus d’autonomisation et de structuration est loin d’être achevé au XIXe siècle. L’hypothèse centrale de cette recherche est qu’en dépit des résistances nombresuses à l’instauration au Canada français d’un régime de la malédiction littéraire (le malheur de l’écrivain comme signe de la valeur de son oeuvre), certains littérateurs autochtones sont tout de même parvenus à tirer leur épingle du jeu et à s’appropier, en leur faisant subir un travail rhétorique important, des représentations de l’écrivain nées dans des conjonctures socioculturelles tout à fait différentes de celles du Canada français du XIXe siècle.


Vanderpelen, Cécile

Date : mars 2003 à octobre 2003
Directeur de stage : Denis Saint-Jacques (projet Vie littéraire au Québec)
Bourse : (bourse conjointe) CRILCQ - site UL et Vie littéraire au Québec

Titre : Littérature et catholicisme. Une comparaison entre la Belgique francophone et le Québec (1900-1950)

Projet (extrait) : Comme les historiens, politologues et historiens culturels ont pu le montrer, les structures politiques et sociales du Québec et de la Belgique offrent des points de comparaison qui, objectivés, permettent de développer de nouvelles perspectives de recherche ou d’éclairer d’une lumière neuve des caractéristiques structurales homologues aux deux systèmes socio-politiques. Parmi ces points de comparaison, le catholocisme est sans doute l’un des plus remarquables: Belgique et Québec ont une histoire profondément marquée par le poids de l’Église. Cette dominante religieuse induit, dans els deux cas, une articulation singulière entre la littérature et la religion. C’est cette articulation que je souhaiterais interroger grâce à une comparaison méthodique des structures et des lignes de force des champs littéraires des deux pays dans la première moitié du XXe siècle. Les études systématiques menées sur ces champs littéraires permettent enfin aujourd’hui ce type d’approche.


Xanthos, Nicolas

Date : septembre 2002 à août 2003
Directeur de stage : Richard St-Gelais (projet Dynamique des genres)
Bourse : CRSH

Titre : Défamiliarisations fictionnelles, pour une définition conceptuelle de la fonction cognitive de la fiction

Projet (extrait) : Le projet de recherche comprenait deux volets: d’une part, affermir les fondements théoriques et méthodologiques de l’hypothèse de base, c’est-à-dire articuler solidement théories pragmatiques de la lecture et jeux de langage wittgensteiniens; d’autre part, procéder à l’analyse du corpus littéraire à partir des principes précédemment établis. Mon année de recherche a été consacrée essentiellement au premier volet, avec quelques coups de sonde dans le corpus. Le coeur de cette entreprise théorique a consisté en une relecture wittgenstienienne de Temps et Récit de Ricoeur, où il s’agissait de monrer 1) que le récit dont parle Ricoeur est un exemple parmi d’autres de jeux de langage par lesquels on représente et donne sens et 2) que dès lors la plupart des observations de la trilogie consacrées au seul récit possèdent en réalité une validité qui s’étend à un nombre indéfini de jeux de langage.


Pierron, Sylvie

Date : septembre 2002 à août 2003
Directrice de stage : Andrée Mercier
Codirectrice de stage : Marie-Andrée Beaudet
Bourse : CRELIQ et BDR - Université Laval

Titre: Littérature et dictionnaire: les écrivains québécois actuels et la langue (1985-2003)

Projet (extrait): L’objectif de notre projet de recherche est de réinterroger la question du rapport à la langue des écrivains québécois actuels, non plus en termes de principes politiques comme dans les années 1960-1970, mais en termes de pratique d’écriture. Le biais que nous choisissons pour aborder cette question est celui de l’usage du dictionnaire, en tant que celui-ci manifeste, emblématise, impose la langue de tous une idée de langue standard, comme norme. Quelle part prend l’usage des dictionnaires de langue dans les pratiques d’écritures littéraires actuelles et nomamment dans les pratiques d’hybridation linguistique ?

Dernière mise à jour : 24 septembre 2010

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